COP28 : ce que signifie vraiment le projet d'accord dévoilé à Dubaï

Publié le 11 décembre 2023 à 17h16, mis à jour le 11 décembre 2023 à 17h25

Source : JT 20h WE

Un nouveau texte a été rendu public lundi à Dubaï, à la veille de la clôture prévue de la COP28.
Âprement débattu, ce projet d'accord n'évoque pas la sortie des énergies fossiles, mais "une réduction de la consommation et de la production".
S'il apparait comme un compromis, il ne marque pas encore la fin des débats, loin de là.

Après quelques heures de suspense, un nouveau projet d'accord a été dévoilé lundi à Dubaï, à la veille de la clôture supposée de la COP28. Les énergies fossiles sont bel et bien mentionnées dans ce texte. Les déclarations des derniers jours, notamment de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Arabie saoudite et Irak en tête, faisaient craindre qu'elles en soient absentes ; car l'accord final doit être adopté par consensus par les 195 parties. 

Mais les débats ne sont pas pour autant terminés. "Nous avons encore beaucoup à faire", a d'ailleurs aussitôt commenté Sultan Al-Jaber. Rassemblés en session plénière, les États et groupes vont maintenant s'exprimer sur ce projet d'accord. Et les échanges s'annoncent houleux, à l'image de la réaction des petits États insulaires qui le jugent "totalement insuffisant".

Ce sont les intenses négociations des dernières heures qui ont tracé la voie d'un compromis, entre la sortie des énergies fossiles et l'absence totale de référence. "Dans ce texte, il y en a pour tout le monde", résume Lola Vallejo, directrice Climat de l'Institut des relations internationales et du développement durable (Iddri) depuis Dubaï. Et ce n'est pas forcément une bonne chose.

En l'état, le projet d'accord appelle à la "réduction à la fois de la consommation et de la production des énergies fossiles d'une manière juste, ordonnée et équitable, de façon à atteindre zéro net (neutralité carbone) d'ici, avant ou autour de 2050, comme préconisé par la science"

La réduction de la production de pétrole mentionnée pour la première fois

Des termes qui impliquent plusieurs choses :

- D'abord, tous les pays n'auront pas à aller au même rythme pour réduire leur dépendance aux fossiles ("d'une manière juste, ordonnée et équitable"). Un vocabulaire qui devrait satisfaire les pays en développement notamment ou encore l'Afrique du Sud, dont la production d'électricité dépend à 90% du charbon. "Cette idée de justice et de reconnaissance de rythmes différents suivant les circonstances de chaque pays est un point positif", observe Lola Vallejo. "Mais tout dépend de ce qu'on met derrière le mot réduire. En général, quand on dit réduire, ce n'est pas de 95%. Or c'est ce que dit l'Agence internationale de l'énergie pour respecter les objectifs de l'Accord de Paris."

- Ensuite, le texte fait à la fois référence à la consommation et à la production d'énergies fossiles : les deux devront être réduits, et donc l'effort portera à la fois sur les producteurs de pétrole, mais aussi sur les consommateurs. En somme, tous les pays. "C'est la première fois qu'on parle de réduction de la production de pétrole et c'est une avancée", analyse encore Lola Vallejo.

Sur le charbon, le projet d'accord appelle à "réduire rapidement le charbon sans captage de carbone" ainsi qu'à des "limites sur les permis accordés pour de nouvelles centrales au charbon" sans captage de carbone. Une formulation qui est considérée comme faible, alors que de nombreux pays, dont la France, appelaient à un arrêt des investissements privés dans les centrales à charbon. "La rédaction sur le charbon correspond à un retour en arrière sur ce qui avait été fait à Glasgow durant la COP26", commente la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, depuis Dubaï.

Ce texte est insuffisant
Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique

À ce stade, ce projet d'accord peut-il être considéré comme un échec ou un succès ? "Ce texte est insuffisant", estime Agnès Pannier-Runacher. "Il y a des éléments qui ne sont pas acceptables et c'est une déception." La ministre cite par exemple l'absence de référence explicite à une sortie des énergies fossiles. "Aujourd'hui, ce ne sont pas les décisions que le monde attend pour que nous puissions transformer cette COP28 en jalon pour tenir notre objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré", poursuit-elle. "Je pense qu'on est capable d'aller chercher un accord historique."

Pour le réseau d'ONG Climat Action Network, si le texte reste tel quel, il s'agirait d'"une régression importante par rapport aux versions précédentes", pointe Harjeet Singh, chef de la stratégie politique mondiale du groupe. Et pour cause, le dernier projet d'accord dévoilé vendredi incluait l'option d'une sortie des énergies fossiles, parmi quatre autres scénarios. 

"Finalement, le problème, est que ce texte envoie des signaux contradictoires puisqu'il évoque un peu tous les thèmes et tous les sujets. On perd en clarté", juge Lola Vallejo. Si les compromis font marcher la diplomatie, c'est un peu moins vrai pour les résultats concrets : cette COP est censée envoyer un signal politique fort aux États qui devront prendre, d'ici à 2025, de nouveaux engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Une grande place réservée à la technologie

Ce projet d'accord laisse en outre une large place à la technologie, autre preuve d'une recherche de compromis. Sont ainsi mentionnées les technologies de captage et de stockage de carbone, perçues par les pays producteurs de pétrole et de gaz comme la solution à tous leurs problèmes puisqu'elle leur permettrait tout simplement de continuer à pomper des hydrocarbures.

En réalité, ces systèmes sont encore balbutiants, et sur 30 projets qui existent dans le monde, 20 sites de stockage servent à remettre du pétrole dans le sol pour espérer préserver la durée de vie des puits. Leur stockage ne représente par ailleurs que 0,1% des émissions de CO2, soit l'équivalent de celles de la Suède. Des chercheurs de l'université d'Oxford ont par ailleurs estimé qu'un scénario dans lequel la moitié des émissions actuelles seraient effectivement captées coûterait au moins 30.000 milliards de dollars de plus qu'un scénario basé sur les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et l'électrification d'ici à 2050.

Enfin, ce texte reprend l'objectif de triplement des énergies renouvelables au niveau mondial et de doublement du rythme d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici à 2030. Ce qui est considéré comme un succès par tous les observateurs. 

Ces derniers jours, les Émirats arabes unis ont été pris en étau entre les pays producteurs de pétrole, dont ils font partie, qui poussaient pour ne faire aucune référence aux énergies fossiles, et leur volonté de sortir de cette COP comme une puissance reconnue sur la scène internationale.

En l'état, si le projet d'accord devait rester ainsi, la référence aux énergies fossiles serait une première dans l'histoire des COP, seul le charbon ayant été inscrit lors de la COP26 à Glasgow. Ce serait aussi une première si la COP était réellement clôturée à l'heure mardi, les quatre dernières ayant à chaque fois débordé. 


Marianne ENAULT

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