Impact positif

Défi climatique : quand l'effet rebond ruine tous les efforts

Fabrice Bonnifet
Publié le 8 mars 2021 à 18h20
Défi climatique : quand l'effet rebond ruine tous les efforts

Source : istock

ÉDITO - Connaissez-vous "l'effet rebond" ? Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, nous explique pourquoi la recherche de l’efficacité énergétique est vaine tant que cette notion n'aura pas été comprise et prise en compte.

Tous les engagements de neutralité carbone ou de réduction de l’intensité énergétique pris par des entreprises ou des États n’auront aucune valeur, ni surtout aucun effet sur la préservation de la planète, tant que la notion d’effet rebond n’aura pas été comprise et prise en compte. Qu’est-ce-que l’effet rebond ? Lorsque les progrès technologiques permettent, pour quel que produit que ce soit,  une meilleure efficacité dans un processus de production et qu’ils diminuent les coûts globaux par unité produite, la conséquence universelle est l’augmentation de la demande pour ces produits. Et ce constat se décline à l’infini tous secteurs confondus. 

Ainsi, les moteurs des véhicules (voitures, avions…) n’ont jamais été aussi sobres, mais les gains d’efficacité sont immédiatement effacés par une augmentation des fonctionnalités et du volume des véhicules mis en service. C’est pour le secteur informatique que ce phénomène est le plus caricatural. Les progrès en matière d’efficacité énergétique du numérique peuvent aller pour certains composants jusqu’à 20% par an (plus de capacité de calcul pour moins de ressources consommées), ce qui est exceptionnel, mais dans le même temps la croissance des "volumes" numériques initiée par les acteurs de l’IT varie de 10% à 50% par an. Résultat : la consommation d’énergie primaire de ce secteur augmente de 9% chaque année !

Mais le problème est encore plus complexe qu’il n’y paraît. Prenons l'exemple d'une personne utilisant son vélo plutôt que sa voiture pour aller au bureau ou télétravaillant 2 à 3 jours par semaine. Si les gains économisés sont réinvestis dans un voyage familial à l’autre bout de la planète ou dans l’achat d’un appareil électronique, le bilan global in fine sera nul, voire pire. Bref : rechercher à être toujours plus efficace en tout domaine, sans se fixer de limite, revient en réalité à accélérer notre chemin vers l’effondrement. Dans le paradigme économique actuel, ce mécanisme machiavélique ne sert qu’à optimiser l’écocide.

Si nous n’acceptons pas de réduire notre consommation d’énergie en absolu, c’est-à-dire au-delà des fausses économies que nous procurent les progrès technologiques, nous ne pourrons jamais résoudre le défi climatique. 

Il est essentiel de souligner que l’analyse de l’évolution du mix énergétique mondial montre que, malgré la montée en puissance des énergies renouvelables, ces dernières ne se substituent pas aux énergies fossiles : elles s’y empilent, sans freiner l'utilisation des énergies les plus carbonées. Laisser croire que tôt ou tard les énergies renouvelables remplaceront l’usage des énergies fossiles (avec le même volume d’utilisation qu’aujourd’hui) qui composent plus de 80% du mix mondial est un mensonge éhonté. Alors, que faire pour concilier l’économie en général avec les économies d’énergie ? La première chose à décider est de réduire chaque année de plus de 5% tout ce qui émet du CO2, c’est-à-dire tous les systèmes de production à base de pétrole, de gaz et de charbon. 

La seconde chose est de flécher le génie humain pour compenser, avec prioritairement de la sobriété énergétique, ce que l’augmentation du volume d’utilisation des énergies fossiles ne pourra plus permettre.

Si nous faisons cela dans cet ordre, nous pourrons enfin considérer la recherche de l’efficacité énergétique comme un moyen pour contrer l’effet rebond et initier le mouvement vers un modèle de société basé sur l’effet débond ! Qu’est-ce-que l’effet débond ? Celui qui consiste à profiter des gains d’efficacité en limitant, voire en réduisant les besoins. La conjugaison de ces deux facteurs (efficacité et limitation des besoins) amène alors un gain en termes de confort, de temps gagné pour les loisirs ou de prélèvement de ressources naturelles non-renouvelables. Ainsi, par exemple, si l'achat d'un logement plus sobre ne conduit pas à une augmentation significative de sa surface, il en résulte une réduction effective de l’énergie globale pour à la fois le construire et l’utiliser. Plutôt que d'investir l'économie réalisée sur d'autres postes de consommation, il sera alors possible de choisir de réduire son temps de production, pour jouir plus simplement du plaisir gratuit de se resynchroniser au vivant. 

Cela tombe bien, il fait beau, pourquoi ne pas passer vos prochaines deux heures de libre à admirer le printemps qui revient, au balcon, en forêt ou dans un parc, tout simplement ? Voilà du temps bien investi. L’économie qui promouvra l’effet débond est encore une utopie, mais il n’y a pas de grande réalisation qui n’ait été d’abord utopie.

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Bienvenue dans le podcast "Impact positif", dédié à celles et ceux qui veulent changer la société et le monde. Devant l'urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d'avance, l'audace de croire qu'ils peuvent apporter leur pierre à l'édifice. Ils sont ce que l'on appelle des Changemakers.


Fabrice Bonnifet

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