Une partie de la colère du monde agricole s'est focalisée sur l'Office français de la biodiversité, dont les agents sont, entre autres, chargés des contrôles dans les champs.
Selon un bilan que TF1 s'est procuré, une quarantaine d'attaques ont visé les agents et les locaux de l'établissement public depuis le début de l'année.
Des actions condamnées par le ministre Christophe Béchu alors que les négociations entre l'OFB et les chambres d'agriculture sur la sortie de crise sont au point mort.

"Le bilan peu joyeux." C'est en ces termes ironiques qu'un agent de l'Office français de la biodiversité transfère par mail à ses collègues le bilan dressé par la direction de l'établissement public des attaques ayant visé les locaux de l'Office français de la biodiversité (OFB) et ses agents depuis la crise agricole. 

Dépôts de fumier et de déchets, portail enfoncé, des tags "OFB fumiers" et "cowboy goudron et plume", messages de menace et de chantage au suicide, tentatives d'incendie… depuis le début de la crise agricole, une quarantaine d'attaques ont visé l'OFB, selon un bilan que s'est procuré TF1. Dernière en date : le cadenassage de locaux à Pavie, dans le Gers. Accompagné de ce message : "Une dernière sommation avant une visite plus musclée".

Des actions condamnées lundi par Christophe Béchu, dont le ministère de la Transition écologique exerce la tutelle sur l'établissement public. "Je condamne avec la plus grande fermeté les dégradations commises par la Coordination rurale sur les locaux de l’OFB à Pavie, dans le Gers, a-t-il ainsi écrit sur X. Je renouvelle tout mon soutien aux agents de l’OFB qui mènent un travail sans relâche au service de la nature. Toute tentative d’intimidation est vaine et ne saurait être tolérée."

Sur les banderoles, "Organisme frauduleux des bons à rien" pour OFB

Si ces attaques existaient avant la crise, elles ont pris de l'ampleur depuis le début de l'année, quand une partie de la colère s'est dirigée envers celles et ceux qui, entre autres missions, réalisent des contrôles de conformité, notamment aux normes environnementales, dans les champs et les parcelles. 

De nombreux agents de l'OFB, qui ont des pouvoirs de police administrative et judiciaire, et sont armés dans le cadre de leurs missions judiciaires, se sont sentis lâchés par le gouvernement quand Gabriel Attal a laissé entendre, fin janvier, que les contrôles sur les exploitations participaient à raison de la colère agricole. Disant vouloir faire retomber "la pression", il s'était ainsi interrogé : "Est-ce qu'il faut vraiment venir armé quand on vient contrôler une haie ?"

Depuis, les attaques sont régulières, avec ici des banderoles "Organisme Frauduleux des Bons à rien" et là "Office français des blaireaux". La colère a été relayée par certains hommes politiques, dont Laurent Wauquiez qui s'est, ces dernières semaines, exprimé pour la suppression de l'OFB. Dans le Gers, la Coordination rurale a, elle, promis d'aller plus loin. 

Le désarmement est une ligne rouge
Olivier Thibault, directeur général de l'OFB

Parallèlement, des négociations avaient été ouvertes entre l'OFB et les chambres d'agriculture pour définir des nouvelles modalités de contrôle. Mais celles-ci ont achoppé, notamment sur la question du port d'arme, auquel ne renoncera pas l'établissement public. Un accord avait été trouvé et même annoncé publiquement mi-mars – les agents auraient observé un "port d'arme discret" – mais celui-ci a été remis en question par le monde agricole.

Du côté de l'OFB, il n'est pas question de renoncer à cet attribut qui assure la sécurité des contrôles. "Le désarmement, pour nous, c'est non !", a ainsi déclaré Sylvie Gustave dit Duflo, la vice-présidente du conseil d'administration de l'établissement public, lors d'une audition au Sénat. Pour son directeur général, Olivier Thibault, "c'est une ligne rouge". "En quatre ans d'existence, sur les 85 fois où l'arme a été utilisée, nous n'en avons jamais sorti une devant un agriculteur", assure-t-il.

Dans ce contexte, les agents de l'OFB rencontrent des difficultés pour exercer leurs fonctions. "Les contrôles se poursuivent tant bien que mal, selon les régions, les tensions locales et l'attitude du préfet", témoigne un agent.

La réalité des contrôles ne décrit pas un monde agricole "harcelé" par des agents : sur les 21.635 contrôles administratifs menés en 2023, seuls 2 759 ont concerné les agriculteurs (sur les 400.000 exploitations françaises) ; côté police judiciaire, seules 1273 procédures ont été recensées, "soit 13 PV par an et par département en moyenne", selon un syndicat de l'OFB, EFA CGC.


Marianne ENAULT

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