Eau, pétrole, gaz : comment mieux gérer nos ressources pour s’adapter au changement climatique ?

Publié le 23 février 2023 à 9h54

Source : JT 20h Semaine

Les ressources primaires de la Terre s’amenuisent. Le réchauffement climatique et la surconsommation épuisent les matières premières.
Pour nous adapter à des ressources de plus en plus rares, nous devons apprendre à changer nos cultures, économiser et réutiliser l’eau, le pétrole ou les terres rares.
Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, TF1 INFO vous éclaire pendant un mois autour de la thématique : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables ?"

32 jours consécutifs sans pluie significative. Météo France annonçait cette semaine qu’il s’agit d’un record historique, du jamais-vu en hiver. "On parle de jours sans pluie quand le cumul des précipitations agrégé sur la France est inférieur à 1 mm", précise l’organisme de mesure du climat. Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, n’y va pas par quatre chemins : "Le pays se trouve en état d’alerte". Le rechargement des nappes phréatiques enregistre deux mois de retard en moyenne. Des mesures de restriction d’eau frappent déjà des communes des Bouches-du-Rhône, de l’Isère, des Pyrénées-Orientales ou encore du Var. Le ministre avertit : "Les deux mois devant nous conditionneront le type d'été que nous vivrons." Plus le réchauffement climatique se renforce, plus les sécheresses s’accentuent.

D’autres ressources, indispensables à notre confort, nos transports ou nos loisirs, souffrent tout autant. "La surexploitation du sable, du pétrole, du gaz ou des terres rares provoquent des conséquences environnementales désastreuses", prévient l’ONU dans plusieurs rapports. L'Organisation des Nations unies préconise de généraliser l’économie circulaire pour "optimiser nos chances d'éviter les pires effets du changement climatique". "Seuls 9 % des 92,8 milliards de tonnes de minéraux, de combustibles fossiles, de métaux et de biomasse qui entrent dans l'économie mondiale sont réutilisés chaque année", souligne un rapport de Circle Economy, un groupe soutenu par l'ONU Environnement et le Fonds pour l'environnement mondial. Or, la consommation des matériaux a plus que triplé depuis 1970 et pourrait doubler à nouveau d'ici à 2050 si rien n'est fait, met en garde le Groupe international d'experts de l’ONU sur la gestion durable des ressources. Une intensification des crises de l'eau ou des matières premières, à l’instar de l’envol du prix du gaz après le déclenchement de la guerre en Ukraine, nourrit les angoisses. Des conflits pourraient "justifier" la mise en place d’un accès prioritaire aux ressources.

Objectif de l’ONU, limiter l'extraction et la consommation de ressources vierges. Pour ce faire, les chercheurs recommandent de mutualiser, réutiliser, recycler via de nouvelles technologies et des comportements plus responsables. L’eau reste le point d’orgue de ces défis.

L’eau source de conflits

En se raréfiant, l'eau alimente les conflits d’intérêts. Des rapports de force se radicalisent à l’image des manifestations contre les bassines autour de la rivière du Mignon (Deux-Sèvres). Syndicats et partis politiques font monter la pression et les arbitrages gouvernementaux deviennent insoutenables pour les parties lésées. Les agriculteurs, victimes des sécheresses, ne peuvent plus cultiver correctement fruits et légumes de notre quotidien. Leurs détracteurs dénoncent un "accaparement de l’eau" par l’agro-industrie et estiment que cette réserve d’eau, à l’air libre, ne se retrouve plus protégée de l’évaporation. Denis Salles, sociologue à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), s’intéresse à l'adaptation et l'anticipation des sociétés face au changement climatique. Il reconnaît que les cultures restent très dépendantes de l’eau. Mais il encourage les acteurs à changer de modèle de gouvernance. "L’irrigation permet de faire des gains considérables de productivité pour l’agriculture. L’édifice agricole reste fragile et si on lui retire une toute petite pièce, il risque de s’effondrer. Mais nous ne pouvons plus négocier chacun de notre côté de l’eau pour notre usage. Il faut s’interroger sur la pertinence du stockage et sur les cultures qui en bénéficient. Aujourd’hui, la moitié de la production du maïs, plus gourmande en eau, nourrit les animaux tandis que l’autre sert aux industriels qui en font de l’amidon. Est-ce normal ?"

Le chercheur exhorte les décideurs à privilégier des activités moins consommatrices. Il suggère de redonner davantage de pouvoir aux commissions locales de l’eau où les usagers auraient réellement leur mot à dire. "Nous allons vers des pénuries : comment transformer nos modes de vie pour y faire face ? Nous avons dépolitisé ces questions techniques alors qu’elles restent éminemment politiques", regrette le chercheur. Les chercheurs de l’INRAE considèrent que nous devons tous diminuer notre consommation d’eau : faut-il systématiser les mousseurs par des aides à l’achat ? Augmenter le prix de l’eau ? Le chercheur rappelle qu’il s’agit d’un service encore très bon marché : "Le mètre cube d’eau nous revient à 3 € en moyenne. Ça reste démesuré par rapport aux investissements que le réseau requiert. D’autant que nous avons l’une des eaux la plus surveillée du monde et que beaucoup continuent à acheter de l’eau en bouteille. Nous pourrions lésiner sur la qualité de l’eau et livrer à nouveau de l’eau en bombonne", menace Denis Salles. Il faut encore rappeler que nos canalisations perdent 1 litre sur 5 d’eau potable. Des robots autonomes parcourent les canalisations, les cartographient et vérifient leur état. Ils peuvent prévenir d’éventuels dysfonctionnements. Réutiliser l’eau de cuisine ou de la douche ? L’Espagne recycle 14 % de ses eaux usées. La France reste à la traîne avec 1 %. "Nous avons un seul réseau qui achemine l’eau au robinet avec des critères sanitaires drastiques. Changer de système demande des infrastructures différentes et coûterait très cher", déplore le chercheur.

L’économie circulaire, solution miracle ?

L’économie circulaire consiste à régénérer les ressources utilisées pour réduire au minimum les émissions de gaz à effet de serre (GES). Objectif, réduire les déchets et fuites d’énergie en ralentissant et en fermant les boucles énergétiques et de matières premières. Pour y parvenir, il faut s’attacher à concevoir des biens durables, les entretenir, les réparer ou les reconditionner, les partager et les recycler. Anne Benady, responsable de marché pour l'économie circulaires et l’environnement à l’Association française de normalisation (Afnor), rappelle que c’est en réduisant l’extraction des matières que l’on limite nos émissions de GES : "La phase d’extraction des ressources génère 60 % des émissions de GES. S’adapter au réchauffement revient à modifier nos infrastructures et éviter celles qui émettent trop de GES." Par exemple, l’aluminium recyclé consomme 19 fois moins de GES que l’aluminium vierge.

Pour préserver les ressources, l’Afnor à identifier 7 critères, dont l’écologie industrielle et territoriale pour mutualiser les ressources, proposer la vente de l’usage du bien et non plus du bien ou interdire l’obsolescence programmée. "Gérer ensemble des déchets permet de faire venir un camion pour plusieurs entreprises et réduire les émissions de CO2 des camions. Partager les ressources permet de louer une perceuse qui dort dans un placard et éviter d’en acheter une", se réjouit Anne Benady. Cette consommation responsable valorise les outils, crée des rencontres et éclaire l’utilité de nos achats. "Idéalement, il faut essayer de recycler le moins possible", complète la coautrice d’un livre sur l’économie circulaire. Redonner une deuxième vie aux déchets réalimente la boucle de l’économie circulaire : "Des fabricants de béton utilisent maintenant des déchets d’aciéries dont on ne savait que faire", s’enthousiasme Anne Benady.

Or, notre économie reste inadaptée : beaucoup de produits du quotidien (pots de yaourt, smartphones, etc.) se composent de matières composites, fondues entre elles, impossible à trier et à recycler. Pire, nous restons de mauvais élèves pour trier nos déchets. 

Appel à projets !

Comme chaque année, Entreprises pour l’Environnement (EpE), TF1/LCI et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de 19 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables". Visant à limiter les impacts du changement climatique et les dommages associés, l’adaptation doit être sobre et durable, afin de répondre aux enjeux climat, ressources et biodiversité. Entre l’autonomie ou la transformation d’un système, les avis de toutes les parties prenantes sont nombreux et diversifiés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Envoyez vos idées inédites ou solutions concrètes pour concilier transition écologique et technologies : prix.epe-lci@epe-asso.org. Dépôt des dossiers jusqu’au 20 mars 2022. 

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié.


Geoffrey LOPES

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