Impact positif

Écologie : la France aussi dépasse les bornes !

Fabrice Bonnifet
Publié le 9 mai 2022 à 16h41, mis à jour le 9 mai 2022 à 16h51
Écologie : la France aussi dépasse les bornes !

Source : istock

La date symbolique du "jour du dépassement", à partir de laquelle nous consommons davantage de ressources que la Terre ne peut en produire, est tombée la semaine dernière pour la France.
Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, nous livre son édito.

Le 5 mai dernier, sans tambour ni trompette et dans l’indifférence des médias, la France a consommé tout ce que la nature est en capacité de régénérer comme ressources en une année. Depuis le début de la civilisation thermo-industrielle, l’empreinte écologique de quasiment tous les pays continue de se dégrader dramatiquement et les conséquences sur la biodiversité sont catastrophiques. Comment pourrait-il en être autrement tant que polluer pour l'économie rapportera plus que de ne pas polluer ? Mais jusqu’à quand ? Alors que la sécheresse due au changement climatique qui s’annonce va tuer des millions d’arbres, déclencher des incendies gigantesques et abaisser dangereusement les rendements agricoles. 

En 2022, le jour du dépassement mondial, selon l'ONG américaine Global Footprint Network, arrivera pendant l’été avec encore quelques jours d’avance par rapport à l’an dernier. La France figure dans le peloton de tête des pays qui d’une part, contribuent à dégrader le plus les écosystèmes du simple fait des importations de produits fabriqués sans aucune précaution sérieuse environnementale ni sociale, et d’autre part, exploitent le plus les ressources naturelles de la planète. Ce qui nous vaut de faire partie des pays écocides qui dépassent les bornes de l’écologie le plus précocement. Et comme le rappelait Alphonse Allais : "Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites" dans la démesure et l’inconscience.

 

À l’annonce de ce triste classement, on entend déjà les mal informés jouer les vierges effarouchées et évoquer avec véhémence notre peu de poids dans l’impact environnemental global, sous-entendu : grâce à notre formidable et rayonnante électricité nationale bas carbone. Certes, c’est un avantage incontestable au regard de l’urgence climatique, mais il est utile de rappeler que cette électricité "décarbonée" a surtout été développée à l’insu de notre plein gré, car jamais le programme nucléaire lancé en 1954 par Pierre Mendes France ne visait de près ou de loin une contribution au péril climatique, mais seulement notre indépendance énergétique pour la seule électricité. Rappelons au passage que 70% de l’énergie primaire consommée en France est d’origine fossile, il n’y a donc pas lieu de pavoiser, et surtout quid des autres limites planétaires ? 

 

Et notre droit environnemental alors ! "N’est-il pas parmi les plus stricts au monde ?", pourraient renchérir ceux qui ont du mal à admettre notre impéritie écologique ! En effet, si les lois et les normes environnementales qui s’appliquent en Europe et donc en France sont exigeantes, elles le sont surtout en comparaison de tous les autres pays qui ne font pas grand-chose. Mais s’entendre dire que "c’est pire partout ailleurs dans le monde" pour justifier notre inaction chronique, c’est comme refuser d’aider à éteindre l’incendie de l’appartement du voisin du dessous, sous prétexte que nous ne sommes pour rien dans son déclenchement. Nous finirons par étouffer ensemble. Déplorons plutôt qu’aucune régulation environnementale n’est encore alignée avec les limites planétaires. À partir de là, il est illusoire de penser que nous pourrons un jour endiguer notre déclin social qui suivra de près l’effondrement du vivant. Le prétexte classique de la "fin du mois d’abord, fin (faim ?) du monde après", est surtout un aveu d’impuissance et de dépendance face à un système qui n’a plus lieu d’être. 

 

Pour illustrer en un seul exemple récent la fausse réputation de rigueur environnementale de l’Europe, rappelons que le Parlement européen a appelé à restreindre la pêche au chalut, accusée de ravager les fonds des mers. Or l'amendement visant à l'interdire dans l'ensemble des zones marines protégées vient juste d’être... rejeté. Notamment par les députés européens français. Fermez le ban….de poissons !

 


Fabrice Bonnifet