MaPrimeRénov' : un milliard d'euros en moins, qu'est-ce que ça va changer ?

Publié le 19 février 2024 à 19h21, mis à jour le 20 février 2024 à 10h47

Source : JT 20h Semaine

Sur les 10 milliards d'euros d'économies annoncés par le gouvernement, un milliard sera pris sur le budget de MaPrimeRénov'.
L'exécutif doit détailler début mars les conséquences de ces restrictions.
Les rénovations performantes pourraient en pâtir, contrairement aux mono-gestes.

Cet automne, le gouvernement affichait ses ambitions en matière de rénovation énergétique des logements. Objectif : 200.000 rénovations d'ampleur en 2024 contre 80.000 en 2023. Et un budget de 5 milliards d'euros, en hausse de 1,6 milliard par rapport à 2023.

Mais quelques mois plus tard, le discours a changé. Car le dispositif n'échappe pas à la rigueur imposée par le déficit public. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, l'a annoncé sur TF1 dimanche 18 février au soir : sur les 10 milliards d'euros d'économies à faire en 2024, un milliard d'euros sera pris sur l'enveloppe de MaPrimeRénov'. 

Des réponses attendues début mars

Concrètement, le budget va augmenter, mais moins que prévu : la hausse est limitée à +600 millions d'euros. "Le gouvernement continue de porter une forte ambition et un effort sans précédent pour massifier et accompagner la rénovation énergétique des logements", assure toutefois le cabinet de Guillaume Kasbarian, ministre du Logement. "On refroidit la machine (…). Cela ne veut absolument pas dire que nous renonçons à nos ambitions climatiques", défend aussi Bercy.  Avec un argument : la totalité du budget n'avait de toute façon pas été dépensée l'an dernier, faute de demande des Français. "Le gouvernement part donc du principe que ça aurait été la même chose en 2024, mais qui peut l'affirmer ?", s'interroge une source.

Qui va être impacté ? Quel type de travaux ? Toutes les primes rénov' (rénovations d'ampleur, remplacement du chauffage seul, copropriétés) seront-elles concernées par ce rabotage de la hausse  ? La répartition des catégories de revenus sera-t-elle la même ?

Il faudra attendre début mars pour connaître les détails. Car selon nos informations, tous les services, y compris du côté de l'ANAH - l'agence qui gère les dossiers de demande d'aides - n'étaient pas au courant de l'annonce avant de l'entendre sur TF1 dimanche soir.

Des mono-gestes finalement financés

Si on regarde les chiffres de l'Observatoire national de la rénovation énergétique, l'aide MaPrimeRénov' était d'environ 3300 euros par logement en 2022. Sur cette base, cela ferait théoriquement jusqu'à 300.000 petites rénovations en moins (trois milliards d'euros de travaux en moins). Mais pour connaître les conséquences réelles de cette modification de budget, reste à connaître l'ampleur des rénovations aidées.

En attendant, une certitude : le gouvernement va finalement continuer à financer certains "mono-gestes" (un seul type de travaux) alors qu'il avait annoncé vouloir mettre l'argent seulement sur les rénovations d'ampleur pour les logements classés F et G.

En effet, selon le guide de l'ANAH publié en début d'année, le seul remplacement du chauffage (passage d'une chaudière à gaz à une pompe à chaleur électrique, par exemple) peut continuer à être financé par le biais de ce dispositif. Mais ce n'est pas tout : après des réunions la semaine dernière avec la Fédération française du bâtiment et celle des artisans, le gouvernement a aussi acté que d'autres mono-gestes soient encore financés, comme l'isolation.

Par ailleurs, la définition de "rénovation d'ampleur" est nettement réduite. Elle ne concerne que deux gestes de rénovation, sur 25% de la surface seulement. Quand la loi définit "la rénovation performante", elle, comme des interventions sur six postes de travaux : isolation des murs, de la toiture, du plancher bas, remplacement des menuiseries extérieures, systèmes de ventilation et de chauffage. 

Simplifier le dispositif, c'est simplifier la fraude.
Nicolas Desquinabo, expert en évaluation des politiques publiques

Par ailleurs, le secteur, qui réclamait des simplifications, a également obtenu la suppression du recours obligatoire à Mon Accompagnateur Rénov' pour les rénovations d'ampleur : celui-ci ne sera obligatoire que pour les ménages les plus modestes et les plus gros travaux. Une manière de débloquer les dossiers (trop peu d'accompagnateurs en France) mais aussi de réaliser des économies. 

"Simplifier le dispositif en supprimant l'obligation d'avoir un accompagnateur, c'est simplifier la fraude", alerte toutefois Nicolas Desquinabo, expert en évaluation des politiques publiques, rappelant que les pratiques frauduleuses explosent dans ce secteur. Un avis partagé par Vincent Legrand, directeur général de Dorémi, une entreprise spécialisée dans la rénovation performante : "Au lieu de renier un milliard d'euros sur le budget, le gouvernement ferait mieux de vérifier que son argent est bien utilisé." 

Par ailleurs, ces mono-gestes sont peu efficaces sur la consommation énergétique et donc, sur les factures. "En installant une pompe à chaleur dans une maison pas isolée, vous augmentez la précarité énergétique du foyer, les factures augmentent et en plus, vous créez une pointe de demande électrique colossale, observe Vincent Legrand. Si vous baissez le budget tout en ouvrant les mono-gestes, au final, ça va réduire les rénovations d'ampleur. Tout est mis en place pour ouvrir une autoroute à la seule pompe à chaleur, et un Everest pour la rénovation d'ampleur. À la fin de l'année, on fera le constat qu'on n'a pas fait les rénovations d'ampleur imaginées et on en conclura que les Français n'en veulent pas. Alors que c'est la politique publique qui est boiteuse."

Depuis 2019, le dispositif a été modifié au moins une dizaine de fois, ont dénombré plusieurs sources. "C'est un mauvais signal envoyé aux entreprises et aux banques, car il n'y pas de pérennité, commente encore le directeur de Dorémi. En deux mois, le gouvernement vient de bouleverser tout ce qui a été décidé en fin d'année. Si vous voulez tuer la rénovation performante, vous ne vous y prenez pas autrement."


Marianne ENAULT

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