Initiatives environnementales

Comment baisser le chauffage sans pour autant avoir froid ?

Publié le 9 décembre 2022 à 9h00, mis à jour le 9 décembre 2022 à 9h53
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Un projet de recherche, mené par une vingtaine de participants de l’université catholique de Louvain, expérimente une nouvelle méthode pour mieux chauffer en consommant moins d’énergie.
Le secret de Slowheat, chauffer directement les corps avec un radiant, une bouillotte ou un gilet chauffant et arrêter d’augmenter la température des espaces.

Black-out total. Le 19 décembre 1978, à 8 h 27, les trois-quarts de la France se retrouvent plongés dans le noir. Entreprises, commerces, trains ou particuliers ne parviennent plus à se servir de l’électricité. Près de Nancy, une surcharge électrique dans un poste EDF a court-circuité le réseau. La raison, une surconsommation des Français, certainement due à une forte utilisation des chauffages électriques pendant cette période hivernale. Si on ignore précisément qu’elle était la part de consommation de ces chauffages à l’époque, on sait qu’aujourd’hui, elle représente plus de la moitié des consommations énergétiques d'un logement (jusqu'à 66 % pour le chauffage électrique, un peu moins pour le fioul ou le gaz). Depuis cette catastrophe énergétique, qui a impacté les Français pendant près de 4 heures, le code de l’énergie impose aux consommateurs de limiter la température d'une pièce à 19 °C en moyenne. En théorie, ce texte permet aux autorités de sanctionner les contrevenants d'une amende de 1500 euros.

En 2022, avec l’augmentation exponentielle du prix de l’énergie, les gouvernements européens demandent à leurs citoyens de fournir des efforts. "Mettez des pulls et diminuer la température de vos pièces", préconise Emmanuel Macron. L’Agence pour la transition écologique affirme que baisser son chauffage d’un petit degré correspond à 7 % d'économie d'énergie. Résultat, d’après des données recueillies la semaine dernière par le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, RTE enregistre un recul de 8,3 % de la consommation électrique des Français par rapport à la moyenne des 7 années précédentes pour la même période. Cela suffira-t-il ? Difficile à dire. Le gouvernement envisage sérieusement des délestages de quelques heures courant janvier pour une bonne moitié des Français.

Il existe pourtant une méthode pour moins chauffer sans avoir froid, d’après des chercheurs belges. Il suffit de bouleverser notre approche du chauffage. Dans leur étude encore expérimentale, nommée Slowheat, ils baissent au minimum le chauffage central des pièces où ils vivent et déclenchent des foyers de chaleur très localisés pour stabiliser la température de leur corps.

Lire aussi

Chauffer les personnes et non les espaces

Aujourd’hui, nous assurons notre confort thermique en hiver en chauffant le volume d’air de nos pièces. Problème, si cette chaleur par convection se propage mieux dans l’air, elle consomme beaucoup plus d’énergie. Pire, nos bâtiments construits essentiellement avant les années 1980 demeurent des passoires thermiques et ne parviennent pas à garder la chaleur. Geoffrey Van Moeseke, chercheur en physique du bâtiment à l’université catholique de Louvain (Belgique), regrette que les architectes d’alors ne se préoccupaient pas de l’efficacité énergétique : "Gaz, fioul et électricité restaient bon marché, nous avions aucune raison de répondre au stress thermique, c’était open bar. Rénover ce parc immobilier devient un véritable chalenge." Les législations européennes nous donnent jusqu’à 2050 pour y arriver, mais le chercheur doute que les États atteignent leur objectif. Avec une vingtaine de collègues et citoyens partenaires, Geoffrey Van Moeseke répondent à un appel à projet sur la résilience et se lancent dans une baisse progressive du thermostat. "Comment faire si nous n’avons plus de gaz ? Nous avons peu de moyens pour lutter contre la précarité énergétique. Isoler, remplacer le chauffage et modifier les bâtiments prend du temps. Dans l’intervalle, nous devons trouver des pistes complémentaires et alternatives. Or, nous n’avons pas besoin de maintenir la chaleur dans l’air, ce sont nos corps qui doivent rester chauds."

Jusqu’au début du XXe siècle, nos aïeuls procédaient autrement : ils utilisaient des sources de chaleur radiatives qui réchauffaient seulement certaines parties d’une pièce (cheminée, poêle à gaz, bois ou charbon). Objectif, générer des sortes de microclimats de confort autour desquels les personnes s’agglutinaient pour partager un repas, se divertir ou se reposer. Plein d’outils modernes, beaucoup plus performants, ni trop polluants ni risqués, peuvent nous servir pour faire pareil au XXIe siècle. "C’est plus facile que ça en a l’air, même les plus frileux arrivent à baisser le thermostat", se réjouit Geoffrey Van Moeseke. Les responsables du projet SlowHeat rassurent : pas question d’imposer aux corps des températures délétères pour la santé, de vivre en ayant froid, de frissonner jour et nuit. Il faut juste combattre le froid autrement.

Lire aussi

Déplacer la chaleur avec soi

En réalité, seuls quelques watts suffisent pour réchauffer le corps. Il faut les concentrer autour de soi et faire en sorte que cette production de chaleur reste toujours auprès de nous. Gilet ou siège chauffant pour travailler au bureau, bouillotte pour maintenir un lit tiède, chaufferette pour garder des mains à bonne température, colonne radiante ou miroir chauffant dans la salle de bain à la sortie de la douche, etc. Il existe une pléthore d’outils, extrêmement efficaces et peu chers, pour venir nous aider à combattre le froid. "Nous devons acheminer la chaleur exactement au bon endroit. Les panneaux chauffants combinent une puissance de 400 watts maximum, nous devons rester à proximité de la source de chaleur pour en profiter. Il faut expérimenter pour trouver les outils qui nous conviennent le mieux et transférer la chaleur centrale vers de petits appareils très économes en énergie", conseille Geoffrey Van Moeseke. Des participants de Slowheat ont déjà réussi à diviser par dix leur facture de gaz. Le chercheur met néanmoins un petit bémol : faisons attention aux seniors et aux nourrissons qui ne réussissent pas toujours à réguler correctement leur température interne. "Nous manquons encore des données sur l’âge à partir duquel il devient un facteur déterminant de l’inconfort. Les enfants arrivent très bien à moduler leur température. Les Scandinaves font la sieste dehors bien emmitouflée, seul le nez dépasse. Compactes et plus actifs, les enfants ont un point d’équilibre plus bas et s’en sortent bien."

Nous pouvons vivre dans une pièce à 14° en moyenne. Mais Geoffrey Van Moeseke reconnaît que nous devons garder deux clés en main : l’activité et l’habillement. "Plus nous restons actifs, plus nous générons de la chaleur et mieux nous portons", ajoute le chercheur. Le pédalier de bureau, pendant que nous travaillons, peut réchauffer notre corps à moindres frais. Autant d’outils précieux que nous pouvons trouver pour quelques dizaines d’euros.


Geoffrey LOPES

Tout
TF1 Info