Plusieurs centaines de militants du mouvement des Soulèvements de la Terre ont manifesté, samedi 6 et dimanche 7 mai, contre un projet d'autoroute près de Rouen.
Un événement lors duquel ils ont mené plusieurs opérations pour protéger la forêt à proximité du chantier.
Et qui ont provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux.

Clouter et écorcer des arbres, créer des mares en pleine forêt... Les actions menées les 6 et 7 mai contre le projet de contournement autoroutier Est de Rouen ont créé la polémique. Durant ces deux jours, près d'un millier de militants écologistes ont mené des opérations de blocage de l'A13 et se sont rendus dans la forêt de Bord pour procéder à des actions visant à ralentir ou stopper le chantier. Des opérations - prévues pour durer jusqu'à ce lundi 8 mai - menées à l'appel des Soulèvements de la Terre, dont le gouvernement envisage la dissolution, et des associations locales Non à l’autoroute (NALA), Alternatiba-Rouen et Effet de Serre toi-même. 

Au programme : cloutage d'arbres pour empêcher les bûcherons de les abattre, écorçage pour permettre au grand capricorne (dont l'espèce est protégée) de s'installer et des trous pour faciliter la formation de mares pour les tritons. Des actions qui ont suscité un vif débat sur les réseaux sociaux quant à leur utilité, voire leur côté dangereux pour l'activité en forêt et la biodiversité, et dénoncées par la préfecture de l'Eure qui a estimé dans un communiqué qu'ils ont "gravement troublé l'ordre public".

"Stratégie assumée"

La préfecture a dénoncé des actions menées, dès mardi 2 mai par les militants en "empêchant une coupe d'arbres prévue par l'Office national des forêts (ONF) dans le cadre de l'exploitation de la forêt". Mais ce sont les actes de sabotage menés samedi et dimanche qui ont créé la polémique puisque les militants présents ont notamment procédé à une opération d'écorçage des chênes de la forêt de Bord. Une pratique qui consiste à entailler les végétaux et dénoncée par certains comme étant hautement néfaste pour les arbres, menant à leur mort. 

Une stratégie qu'assument les Soulèvements de la Terre. Sur Twitter, le mouvement a expliqué que cette opération avait été menée pour "faciliter l'installation du grand capricorne" - un coléoptère géant menacé et protégé en Europe - dont la présence pourrait retarder ou suspendre le chantier de contournement autoroutier de Rouen. Et si le mouvement reconnaît que si l'insecte "colonise l'arbre, [ce dernier] finira effectivement par mourir", il estime que l'action se justifie par le fait que "ce ne sera que dans 50 à 60 ans. Soit deux fois plus de temps que la durée moyenne d'abattage des arbres qui est en général de 20-30 ans".

Autre action largement contestée : le cloutage d'arbres. La journaliste de l'Opinion, Emmanuelle Ducros, a ainsi estimé qu'un "arbre piégé avec des clous" représentait "un bûcheron en danger de mort", qualifiant cet acte de "tout simplement criminel", d'autres pointant le risque que les clous ne fassent sauter la chaîne d'une tronçonneuse au visage du bûcheron. Dans son communiqué, la préfecture de l'Eure a d'ailleurs dénoncé une action rendant les arbres "impropres à toute exploitation".

Si les Soulèvements de la terre reconnaissent avoir implanté des petites pointes de métal dans les arbres pour représenter "un risque d'émoussage des chaînes des tronçonneuses qui tomberaient dessus", ils assurent que le cloutage a été annoncé et que les clous "sont visibles et peuvent être retirés". Ils comptent ainsi sur ce cloutage pour "ralentir le travail de coupe dans le cadre du chantier de l'autoroute". La pratique est courante chez les militants écologistes, en mars dernier déjà, l'association Extinction Rebellion avait mené une action similaire pour protester contre l'abattage d'arbres dans le parc du château de Caen (Calvados). 

Un bilan des dégâts rapidement dressé

Au-delà du risque pour les bûcherons, planter des clous peut compromettre la santé de l'arbre en perturbant sa couche protectrice extérieure. Les règles de camping en extérieur déconseillent ainsi fortement cette pratique, les sites pointant le risque pour la santé des arbres, même en cas de retrait du clou puisque ensuite, ce "trou passablement profond" n'aidera pas vraiment l'arbre à "combattre l'infection" provoquée par l'objet en métal. Face à cette possibilité, les Soulèvements de la Terre assurent que les clous ont été plantés "le plus en biais possible afin d'éviter qu'ils pénètrent profondément au cœur de l'arbre". 

Concernant la mare creusée dans la forêt pour faciliter l'installation de tritons, la journaliste du Point Géraldine Woessner a pointé sur Twitter une action qui "ravage un écosystème" via un "gros trou inutile qui, non imperméabilisé et à l'ombre, finira au mieux en flaque saumâtre, sans espoir d'y développer aucune vie". Une accusation reprise par un autre utilisateur du réseau social à l'oiseau bleu qui accuse les militants d'avoir "perturbé la forêt" pour "faire des mares sans eau ni fossé ni étanchéité, détruisant ainsi la vie du sol et les futurs arbres qui s'y trouvaient". 

Des affirmations auxquelles ont répondu les Soulèvements de la Terre, assurant que le lieu n'avait pas été choisi au hasard et était composé "de terres argileuses" qui sont "imperméables" permettant ainsi de retenir l'eau dans la forêt. De son côté, la préfecture de l'Eure a dénoncé des "trous creusés en forêt, ainsi que des filins et autres entraves installés entre les arbres" qui "constituent un danger pour les agents de l'ONF, les exploitants et l'ensemble des usagers de la forêt", assurant qu'un "bilan des dégâts sera rapidement dressé". 


A.B.

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