Changement climatique : faut-il croire au nouveau plan d'adaptation de la France ?

par Fabrice BONNIFET
Publié le 19 février 2024 à 12h18

Source : Sujet TF1 Info

La France élabore son troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, qui vise à se préparer à une augmentation moyenne de la température de + 4 °C à la fin du siècle.
Attention aux fausses bonnes idées, prévient Fabrice Bonnifet.
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C’est parti, la France a mis en chantier son 3ᵉ Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), qui vise à préparer le pays à un réchauffement moyen de +4°C à l’horizon 2100. Convenons que l’hypothèse de départ est discutable. Au rythme actuel des émissions de GES (gaz à effet de serre) mondiales, il est hautement probable que nous serons bien au-delà de ce seuil très optimiste, qui suppose que les États respectent leurs engagements de réduction, ce qui est encore moins crédible qu’une promesse électorale.

Certes, essayer de s’adapter va se révéler indispensable, tant que nous pourrons le faire, car il y a des limites physiologiques qui ne pourront pas être dépassées. Mais attention aux fausses bonnes idées. Dans la tête des partisans du statu quo, s’adapter, c’est continuer comme avant... tout en dépensant encore plus de ressources et d’énergie ! Ainsi les canons à neige en zone de montagne où il ne gèle plus, les méga bassines d’eau pour arroser des cultures inadaptées à un climat qui se réchauffe ou encore les climatiseurs individuels dans les villes minérales ne sont que quelques exemples d’une "mal adaptation" qui va nous précipiter encore un peu plus vite vers le chaos.

La première mesure à prendre pour mieux s’adapter au changement climatique en cours, c’est réduire drastiquement nos émissions de GES ! Au-delà de cette évidence oubliée, les mesures à déployer en urgence pour lutter contre les effets de la surchauffe planétaire imputable à l’inefficacité des politiques environnementales du passé, sont pourtant simples à énumérer : 

• Prévoir dans les villes denses : de rénover thermiquement les bâtiments, de peindre les toits en blanc, d’imposer des ombrières à tous les propriétaires et bailleurs, de créer des zones humides riches en biodiversité pour l’évapo-transpiration et des corridors urbains pour faciliter la circulation de l’air, de désartificialiser en renaturant massivement les espaces publics encore occupés à 50% par les voitures individuelles, alors qu’elles ne transportent que 10% des habitants.

• Développer la résilience des chaînes d’approvisionnement et de distribution en développant le fret ferroviaire. L’électrification ou "l’hydrogénation" des camions devant rester marginale pour économiser les ressources minérales.

• Concevoir des infrastructures en mode bioclimatique et des solutions technologiques à base de low-techs plus résistantes aux températures extrêmes.

• Anticiper les plans de continuité des activités, non pas en faisant travailler la nuit les salariés qui vont subir les canicules estivales, ce qui va les épuiser et provoquer des accidents, mais en renonçant à défier l’intolérable...

Le temps presse, mettons rapidement en œuvre le PDCA pour Prévoir, Développer, Concevoir, Anticiper, qui ne doit pas signifier "Please Don’t Change Anything", sinon notre troisième PNACC sera surtout l’acronyme de "Pour Notre Ambition Chimérique de Changement !".


Fabrice BONNIFET

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