Impact positif

Le Forum de Davos, méga-conseil des sages ou des fous ?

par Fabrice BONNIFET
Publié le 23 janvier 2023 à 15h29
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Au forum de Davos, rendez-vous annuel des élites internationales, hommes politiques, grands patrons, chercheurs et militants ont débattu de la façon de lutter contre le dérèglement climatique.
Pour un quelconque résultat ?
Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, nous livre son édito.

À l’instar des COP qui n’aboutissent à rien, les éditions du Forum Économique de Davos s’enchainent et continuent de produire des beaux rapports alarmistes sur l’état du monde, qui ne sont soutenus par aucune action concrète de la part des acteurs qui y participent. Greta Thunberg qualifie même ce forum "d’endroit où sont les gens qui alimentent le plus la destruction de la planète". Comment objectivement la contredire lorsque les partisans du "business as usual" ne cessent de se justifier qu’à l’aune de règles économiques passéistes, qui n’avantagent qu’un petit nombre d’acteurs : ceux qui les maintiennent. 

Ainsi, la Présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), Christine Lagarde, s’est-elle réjouie que les marchés du travail "n'ont jamais été aussi dynamiques", assurant que "nous pouvions faire preuve d’optimisme sur le retour de la croissance". Mais de quelle croissance parlez-vous, Madame la Présidente ? De celle dénoncée par Al Gore, l’ancien vice-président des États-Unis, qui a précisément fustigé la Banque mondiale et le lobbying de l’industrie des énergies fossiles, pour leur attitude écocide à vouloir maintenir leur prédominance dans le mix énergétique mondial ?

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Parce que s’il s’agit de croître économiquement, sans décroître sur le plan des émissions mondiales de GES, à quoi va bien pouvoir servir la croissance, si ce n’est à alimenter le réchauffement climatique vers le pire des scénarios du GIEC ? Sachant que depuis le début de la civilisation thermo-industrielle, tous les points de croissance ont été corrélés à l’augmentation de la concentration en ppm (partie par millions) de CO2 dans l’atmosphère... En 150 ans, nous sommes ainsi passés de 280 ppm à 417 ! Oh, bien sûr, Madame Lagarde, comme la plupart des autres participants au Forum, soutient forcément une croissance sans carbone. C’est là que la face sombre de cette belle fable doit être révélée : non, il n’a jamais été constaté de découplage significatif entre la croissance économique, qui mélange le meilleur et le pire, et les pressions environnementales. Habituellement, c’est à ce moment que le mot transition apparaît comme une ode à la magie. L’évidence pour les accros à l’illusion, c’est que le techno-solutionnisme combiné à l’efficacité énergétique devrait nous permettre de toujours grandir, avec toujours moins d’énergies sales et toujours plus d'énergies propres. 

Ne faudrait-il pas enfin faire preuve de lucidité, et accepter de cesser de nous focaliser sur le seul PIB, en le remplaçant par un corpus d'indicateurs de prospérité sobre et inclusive au service du vivant ?

Fabrice Bonnifet

Question : est-il seulement plausible, sans effet rebond, de pouvoir remplacer les 83% d’énergies fossiles du mix énergétique mondial par des ENR, dans les 26 ans et 11 mois qu’il nous reste pour devenir neutre en carbone ? Non, c’est impossible. Ne serait-ce, entre autres, parce que le CO2 n’est pas notre unique problème, parce que la contrainte sur la biodiversité serait extrême et que les ressources minérales planétaires pour réaliser ce mythe n’existent pas.

Ne faudrait-il pas enfin faire preuve de lucidité, et accepter de cesser de nous focaliser sur le seul PIB, en le remplaçant par un corpus d'indicateurs de prospérité sobre et inclusive au service du vivant ? En faisant émerger une nouvelle économie de la post-croissance basée sur la génération du besoin du non-besoin de superflu, qui compose l’essentiel des achats de ceux qui ont trop et qui participe à priver de ressources ceux qui n’ont pas assez pour vivre dignement. Oui, il est urgent de faire advenir une économie de l’abondance frugale pour laquelle notre boussole deviendrait le remboursement de notre dette écologique, dont notre avenir dépend, plutôt que de vouloir, coûte que coûte, contenir une dette économique irrationnelle, génératrice d’inégalités sociales qui laminent les démocraties. L’économie est une convention humaine, il est possible d’en changer les règles, alors que l’écologie s’appuie sur des faits scientifiques avec lesquels il n’est pas possible de négocier. Ainsi, si l’édition de Davos 2023 est déjà obsolète quant à sa capacité à répondre au défi du siècle, voici peut-être une ambition pour Davos 2024...


Fabrice BONNIFET

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