Changement climatique : le mirage de l'adaptation et des discours "rassuristes"

par Fabrice BONNIFET
Publié le 28 août 2023 à 11h04, mis à jour le 28 août 2023 à 12h24

Source : Sujet TF1 Info

Face aux effets dévastateurs du réchauffement climatique, les partisans d'une simple adaptation de notre modèle de développement sont nombreux.
"Une invitation déguisée à continuer à utiliser des énergies fossiles", estime Fabrice Bonnifet.
Le président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, nous livre son nouvel édito.

Chut... c’est un secret de Polichinelle, mais tout laisse à penser que la décision de laisser dériver le #réchauffementclimatique a d’ores et déjà été implicitement prise. La preuve, c’est que depuis 27 ans, le monde entier se rassemble lors des #COP pour acter de son impuissance face à l’impéritie du système économique. Parions que la 28ᵉ COP à Dubaï, qui s'ouvrira fin novembre prochain, va perpétuer la tradition mortifère et consentie du renoncement à agir. À date, rappelons que les très insuffisants engagements des États conduisent à un réchauffement de 3,2°C en 2100 ! Et lorsqu’on connaît la fiabilité des engagements en politique, on peut déjà commencer à s’alarmer. Du côté des entreprises, seules 2372 au niveau mondial ont des engagements Net Zero selon la SBTi ! Quid des près de 200 millions autres qui dans leur grande majorité n’ont même pas encore réalisé leur bilan carbone ?

À partir de là, on ne s’étonnera pas de voir les records de chaleur être battus tous les ans avec sa litanie d’événements climatiques extrêmes. Il est d’ailleurs plus que probable que l’été 2023 restera dans les mémoires comme une ode à la fraicheur par rapport à ce qui nous attend sans doute dès l’année prochaine. La cause primaire de ce dramatique constat est simplement qu’une minorité de nantis ne souhaite pas renoncer à leurs activités non essentielles pour préserver l’essentiel pour tous.

C’est pratique l’adaptation, on insinue qu’avec quelques aménagements marginaux, nous pourrions maintenir notre modèle de développement.
Fabrice Bonnifet

Comme il va être de plus en plus difficile de masquer l’inefficacité des politiques de réduction des émissions de carbone, la petite musique de l’#adaptation au changement climatique va de plus en plus se faire entendre. C’est pratique l’adaptation, on insinue qu’avec quelques aménagements marginaux, nous pourrions maintenir notre modèle de développement. Le résultat navrant de ce type de discours "climatorassuriste" est une invitation déguisée à continuer à utiliser des énergies fossiles, comme c’est étrange... Eh bien non, l’adaptation au-delà de 530 ppm eq CO2 (>2°C) dans l’atmosphère est impossible, la physiologie humaine et animale sera incapable de résister aux épisodes de chaleur humide, les arbres et les coraux en mer déjà en souffrance extrême finiront d’agonir, nombre de céréales indispensables à l’alimentation auront bien du mal à résister à un stress hydrique qui va devenir chronique... la liste est infinie.  

Bien entendu, personne ne conteste que des mesures ponctuelles d’adaptation vont être nécessaires, ne serait-ce que pour atténuer les effets dévastateurs des dérèglements climatiques déjà bien perceptibles. Mais laisser croire que, comme "par le passé", l’humanité réussira à s’adapter à l’insupportable est le comble de l’irresponsabilité. Définitivement si nous voulons nous sortir de la crise climatique, nous devons réduire immédiatement et drastiquement notre empreinte carbone et restaurer le plus possible les puits de carbone naturels.


Fabrice BONNIFET

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