Les vagues de chaleur extrêmes qui touchent actuellement le Mexique et l'Asie sont un nouveau symptôme du dérèglement climatique.
Comment ralentir nos émissions de gaz à effet de serre ?
Fabrice Bonnifet, président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, appelle à adopter "les principes des 5R" dans ce nouvel édito.

50°C à l’ombre au Mexique, des vagues de chaleur sans fin en Asie... Il serait temps d’accélérer le ralentissement des émissions de gaz à effet de serre (GES). À ce rythme d’inconséquence dans les politiques climatiques, le résultat sera juste la certitude d’aboutir à un chaos social, nourrit par des conditions d’existence qui vont devenir de plus en plus invivables. 

Et tout comme se peser ne fait pas maigrir, une entreprise qui réalise son bilan carbone ne dit rien sur sa volonté d’agir. Mieux connaître ses sources d’émissions permet juste de cibler les actions de décarbonation et de mesurer les progrès dans la durée. Seulement voilà, une fois les "low-hanging fruit" identifiés, la grande majorité des entreprises est encore très loin de pouvoir assurer la crédibilité de leur trajectoire vers la neutralité carbone planétaire. Se focaliser uniquement sur la décarbonation de ses scopes 1&2 représente une pitoyable farce lorsqu’on sait que les ¾ des émissions de GES émanent des fournisseurs et de l’utilisation des produits eux-mêmes. Se dédouaner des émissions aval en arguant que l’entreprise ne peut pas être tenue pour responsable de l’utilisation des produits qu’elle vend est aussi grotesque que de vendre des cigarettes en feignant d’ignorer les impacts sur la santé.

Pour adopter une démarche de décarbonation efficace au sens de la CSRD ("Corporate Sustainability Reporting Directive", directive européenne qui fixe de nouvelles normes et obligations de reporting extra-financier), il convient prioritairement d’adopter les principes des 5R :

1. Reconfigurer son modèle d’affaires en mettant un prix interne progressif au carbone pour faciliter notamment le déploiement de l’économie de la fonctionnalité, qui privilégie la haute intensité d’usage de produits loués, ce qui permet d’en fabriquer moins (donc moins d’énergie grise, moins d’extraction de matières premières ...).

2. Renoncer à rendre "plus verts" des produits qui ne devraient plus exister dans un monde qui va devoir protéger l’essentiel pour tous et non l’accessoire pour quelques-uns.

3. Restaurer le capital nature en régénérant les puits de carbone et biodiversité (@Rejeno). Pour cela, il convient de financer des projets certifiés existants ou futurs par l’achat de crédits carbone. Ou encore investir au capital d'entreprises porteuses de solutions de décarbonation (@TeamForThePlanet).

4. Rassembler les entreprises de son secteur d’activité et celles de sa chaine de valeur pour établir des coalitions dans le but de co-investir et de collaborer pour faire émerger des solutions bas-carbone intersectorielles (économie circulaire, écologie industrielle, génie climatique …).

5. Refuser que les solutions d’atténuation ne prennent pas en compte simultanément des solutions d’accompagnement au sevrage aux énergies fossiles des clients utilisateurs et d’adaptation au changement climatique, car décarboner en absolu en intégrant une éventuelle croissance organique ne peut être que l’aboutissement d’une approche systémique.  


Fabrice BONNIFET

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