Urgence climatique : le syndrome du "Rubik's cube"

par Fabrice BONNIFET
Publié le 18 mars 2024 à 12h15, mis à jour le 18 mars 2024 à 12h26

Source : Sujet TF1 Info

Barack Obama a inauguré la semaine dernière un sommet sur la transition énergétique à Paris.
Pour Fabrice Bonnifet, vouloir relever le défi climatique par le seul angle de la décarbonation, comme le fait l'ancien président américain, est une "erreur majeure".
Le président du C3D, le collège des directeurs du développement durable, nous livre son nouvel édito.

Lors du récent POwR Earth Summit à Paris, l’ex-Président Obama n’a pas cassé la baraque lors de son intervention à propos de l’urgence climatique. Certes, il semble préférer habiter sur Terre plutôt que sur Mars, reconnait qu’aux États-Unis, les voitures et les réfrigérateurs sont trop gros, ainsi que les Américains. Mais comme tous les techno-solutionnistes, il considère que l’humanité, pour se décarboner, doit investir davantage dans les énergies renouvelables, les voitures électriques et le numérique pour toujours plus d’efficacité. Et avec cela, l’humanité sera sauvée ? 

Non, non et non, Monsieur le Président. Envisager la résolution du défi climatique par le seul angle de la décarbonation représente une erreur majeure. Car s'il s’agit bien de la mère des batailles environnementales, le focus carbone actuel est en train de reporter la pression sur les autres limites planétaires déjà bien mal en point. 

Ainsi, l’électrification massive de l’économie mondiale, en réponse aux projections des industries de tout secteur, va induire une demande en métaux sans précédent. En gros, la quantité de métaux* à extraire si l’on souhaite réussir la "transition" dans les 25 ans à venir, équivaut à la quantité de métaux extraits depuis l’Antiquité ! Qui peut croire qu’il va être possible de mobiliser suffisamment de capitaux et de moyens pour construire les infrastructures minières associées en si peu de temps ? Sans compter les conflits d’usage qui ne manqueront pas de survenir, dont notamment ceux liés à l'accès à l'eau. 

Pour résoudre simultanément toutes les faces du cube de notre planète ronde, il va falloir adopter une autre méthode que celle du "en même temps"
Fabrice Bonnifet

Et quand bien même nous y consacrerions nos dernières forces, nous allons devoir composer avec une réalité physique indépassable relative aux pénuries annoncées de certaines matières premières critiques qui sont d’ores et déjà en stade avancé de déplétion, avec une baisse constante des taux de concentration (exemple le cuivre et le nickel). 

Bref, à l’instar du Rubik’s cube avec lequel il est facile de faire une face de couleur homogène, la prise en compte de la biocapacité planétaire pour espérer maintenir les conditions de la vie requiert une approche systémique qui exige d’intégrer dans l’équation de la transition, non seulement la contrainte carbone, mais l’ensemble des autres limites planétaires. Pour résoudre simultanément toutes les faces du cube de notre planète ronde, il va falloir adopter une autre méthode que celle du "en même temps", réduire nos émissions tout en continuant d’investir dans le non essentiel. Et dans les pays à haut revenu qui chérissent encore l’insoutenable American way of life du Mister Président, nous devons urgemment faire émerger des nouveaux imaginaires positifs pour faire advenir une politique d’abondance frugale, basée sur une sobriété désirée et choisie démocratiquement.

* Source à retrouver ici


Fabrice BONNIFET

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