Face à l'urgence écologique et au risque d'épuisement des ressources naturelles, c'est la question que pose Fabrice Bonnifet, président du C3D, le collège des directeurs du développement durable.
Et la réponse est oui.
Découvrez son nouvel édito.

Et si nous nous mettions vraiment à créer de la valeur à stock constant de ressources ? L’une des causes primaires du désastre écologique est d’avoir considéré à tort que les matières premières étaient illimitées et les écosystèmes inaltérables. Nos systèmes comptables et financiers ont d’ailleurs ignoré l’importance vitale du capital naturel dans l’économie. Lorsqu’en 1517, Luca Pacioli a inventé la comptabilité en partie double, les ressources naturelles étaient des actifs "sans dette". Ce postulat pouvait s’expliquer par la faible empreinte humaine sur le monde à cette époque. En 1828, l’économiste Jean Baptiste Say a cru bon d’enfoncer le clou en précisant : "Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant ni être multipliées, ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques."

Le drame, c’est que cinq siècles plus tard, toutes les écoles de commerce et universités sont restées sur cette croyance archaïque après pourtant... 6 rapports du Giec, 11 sessions plénières de l’IPBES, les travaux du Club de Rome et du Stockholm Resilience Center, et des millions de rapports scientifiques qui tous s’accordent sur le même constat :  dans leur configuration actuelle, les activités humaines fabriquent de la valeur économique proportionnellement à la destruction des conditions d’habitabilité de la planète !    

La question est donc peut-on "faire de l’argent" sans détruire le monde, et mieux encore en le réparant ? La réponse est oui, et c’est tout l’objet des modèles d’affaires à visée régénérative. À date, le modèle prédateur d’économie linéaire qui domine consiste pour les entreprises à concevoir, puis fabriquer et vendre des produits pour des gens qui n’en ont pas toujours besoin, et qui parfois s’endettent pour les acquérir, tout cela pour impressionner d’autres gens qui généralement s’en moquent éperdument, avec comme exutoire final la production de déchets.  

Il s’agit maintenant de faire émerger le marché de la haute qualité d’usage qui satisfait des besoins avérés en préservant les ressources. Le modèle sous-jacent est celui de l’économie de la fonctionnalité qui consiste pour une entreprise à vendre uniquement l’usage de ses produits à ses clients. L’avantage est triple pour les entreprises qui adoptent ce modèle : elles anticipent la pénurie de matières premières et limitent les effets de la volatilité de leurs coûts, elles entretiennent une relation très étroite avec leurs clients ce qui leur permet d’améliorer les fonctionnalités utiles et enlever celles qui n’ont pas d’utilité, elles favorisent le recyclage in fine de chacun des composants pour minimiser les pertes de ressources.

Parmi les trop rares entreprises pionnières qui savent compter ce qu’elles gagnent, sans oublier ce qu’elles doivent à l’essentiel, le constructeur de scooteurs électriques Mobion fait figure de référence, car non seulement le service de mobilité est rendu, mais il est moins cher que la concurrence chinoise, le tout avec une pérennité programmée. Qui dit mieux ?


Fabrice BONNIFET

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