L'une des deux dernières centrales à charbon de France, située en Moselle, a recommencé à produire de l'électricité en plein épisode de froid.
Un choix qui a été fait par l'opérateur en raison des opportunités créées sur le marché par une plus forte demande, et non pas en raison d'un possible black-out.
De fait, le signal EcoWatt est au vert et RTE assure qu'il n'y a pas "d'alerte particulière pour la sécurité d'approvisionnement".

À Saint-Avold, en Moselle, la centrale à charbon a redémarré dans la nuit de lundi à mardi ; et est désormais en capacité de produire de l'électricité. De fait, elle est "annoncée, par son exploitant, au programme de production à 19 heures" mercredi, précise RTE, le gestionnaire du réseau de haute tension en France. 

Qui décide de redémarrer les centrales à charbon et pourquoi ? Car GazelEnergie, l'exploitant de la centrale Emile Huchet, a indiqué mardi avoir repris son activité "à la demande de RTE pour répondre à la vague de froid", laissant entendre qu'il existait une tension sur le réseau électrique en France en raison des températures négatives sur le territoire.

Le charbon moins rentable

Mais en réalité, il n'en est rien. "Ce n'est pas RTE qui demande spécifiquement à ce que la centrale produise", explique ainsi Coline Assaiante, chez RTE. Pendant les épisodes de froid, le gestionnaire du réseau demande en fait à tous les producteurs d'électricité en capacité de le faire - et quels qu'ils soient - d'être disponibles. 

Ensuite, c'est l'état du marché qui vient leur dire s'il existe, ou non, une opportunité à produire de l'électricité. "Les centrales à gaz et à charbon fonctionnent selon les besoins et les opportunités offertes par le marché", précise ainsi RTE. La France compte encore deux centrales à charbon, à Cordemais en Loire-Atlantique, et donc Emile Huchet à Saint-Avold en Moselle.

"Compte tenu des conditions du marché, il était opportun pour Saint-Avold de fonctionner aujourd'hui, précise ainsi Coline Assaiante. Mais avec le retour progressif du parc nucléaire à meilleure fortune et le développement continu des énergies renouvelables, ces centrales ne fonctionnent plus que de manière épisodique en France (0,6% du temps en 2022 au plus fort de la crise, beaucoup moins depuis)."

Au-delà des raisons environnementales évidentes - les centrales à charbon sont très fortement émettrices de gaz à effet de serre et Emmanuel Macron a assuré que les deux dernières en activité en France seraient converties à la biomasse d'ici à 2027 - ce sont donc aussi des raisons économiques qui pousseront les producteurs d'électricité issue du charbon à renoncer, car elle sera trop chère à produire.

Signal EcoWatt vert, pas d'alerte

Ensuite, la centrale de Saint Avold a-t-elle redémarré en raison d'un risque de black-out sur le réseau ? Pas du tout, répond encore RTE. D'ailleurs, le signal EcoWatt, la fameuse météo de l'électricité lancée dernier quand une partie des réacteurs nucléaires étaient en maintenance, est vert ce mercredi, comme les jours précédents.

"Cette journée de hausse des consommations est classée EcoWatt vert, sans alerte particulière pour la sécurité d'approvisionnement, insiste le gestionnaire du réseau. Si les consommations sont plus élevées que les semaines dernières (reprise de l'activité économique après la période des fêtes de fin d'année, épisode de froid), elles sont habituelles pour la période de l'année et les températures."

47 réacteurs nucléaires fonctionnent

RTE rappelle par ailleurs que les niveaux de consommation "restent en retrait par rapport à la période de référence 2014-2019, au mois de janvier, y compris en période de froid". Les bonnes habitudes de sobriété prises l'an dernier au plus fort de la crise énergétique semblent en effet perdurer : selon RTE, la baisse observée l'hiver dernier est confirmée, avec -7,5% de consommation d'électricité nationale au 31 décembre 2023 (avec un mois de décembre très doux, toutefois).

Par ailleurs, l'état du parc nucléaire français est très différent cet hiver de l'hiver dernier, quand jusqu'à 25 des 56 réacteurs nucléaires étaient à l'arrêt. "Dans la nuit de mardi à mercredi, un réacteur nucléaire supplémentaire a été couplé au réseau de RTE, précise le gestionnaire. Ce sont désormais 47 réacteurs nucléaires qui sont disponibles avec une production de plus de 50 GW, soit cinq réacteurs nucléaires de plus qu'en janvier 2023."

Dernière question : la France continue-t-elle à importer de l'électricité pour couvrir ses besoins, malgré tout ? Oui, mais seulement au moment du pic de consommation, quand tout le monde rentre chez soi et fait fonctionner appareils et chauffage, à la mi-journée et le soir.

"La France devrait importer environ 5 GW d'électricité à 12 heures et plus de 3 GW ce soir à 19h", rapporte RTE, précisant qu'il s'agit d'une "situation normale en période hivernale". "Sur le reste de la journée, la France devrait être à l’équilibre ou légèrement exportatrice", dit encore le gestionnaire, avec, par exemple, plus de 3 GW de production éolienne prévus à 19 heures mercredi.


Marianne ENAULT

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