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De micro-forêts urbaines font revivre et respirer les centres-villes

Geoffrey Lopes
Publié le 17 novembre 2022 à 9h00
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

L’association MiniBigForest plante des bois touffus au cœur des villes.
Les arbres poussent à toute vitesse, les riverains s’en emparent et la biodiversité investit les branches et l’humus.
Une manière idéale de rafraîchir et d’aérer des centres urbains pollués.

7,6 milliards de tonnes par an. Il s’agit de la quantité de dioxyde de carbone (CO2) absorbée par les forêts de la planète. Avec ses 4 milliards d’hectares, les forêts recouvrent environ 31 % de notre planète. Grâce à la photosynthèse, les plantes purifient l’air en permanence. Elles captent des quantités colossales de dioxyde de carbone qu’elles transforment en oxygène nécessaire à leur survie. Ses végétations concentrent le plus grand nombre de formes de vie et d’espèces. Elles façonnent, enrichissent et protègent les sols. Les feuillages, les bois, les racines et la terre retiennent l’eau de pluie, la filtre en s’écoulant dans les nappes souterraines et la débarrasse d’une bonne partie de ses impuretés. Non seulement les forêts limitent les risques de crues et de glissements de terrain, mais les feuilles des arbres relâchent une bonne partie de cette eau sous forme de vapeur.

Les forêts parviennent à réguler les conditions climatiques régionales. Elles rafraîchissent et humidifient l’air ambiant l’été et favorisent les précipitations. Mais partout, la déforestation s’accélère : commerce du bois, libération de terres pour les cultiver, urbanisation galopante, etc. Résultat, les écosystèmes forestiers se dégradent et la biodiversité souffre voire disparaît. Pire, la destruction des forêts émet de plus en plus de gaz à effet de serre et accélère le réchauffement climatique.

Atterrés par ce constat, un couple de quinquagénaires décide de tout plaquer pour fonder MiniBigForest, une association pour revégétaliser les villes à grande échelle. Jim Bouchet et Stéphanie Saliou ambitionnent de planter en ville des petites forêts 30 fois plus dense qu’une forêt traditionnelle, qui poussent 10 fois plus vite pour abriter 100 fois plus de biodiversité. Nantes et Rennes répondent déjà à l’appel.

Micro-forêts urbaines : des poumons verts aux multiples bénéfices

Pour le couple, le déclic survient en 2018 : Jim et Stéphanie assistent au festival aux arbres à Nantes tandis que quelques jours plus tard, des voisins les avertissent qu’un projet d’une quatre voies avance près de chez eux. Ils découvrent la méthode du botaniste japonais Akira Miyawaki et se lancent. Objectif : repérer les essences autour de l’endroit où l’on veut planter, choisir ces arbres autochtones, planter de manière très dense par trois à cinq au mètre carré, recouvrir le sol d’un épais paillis et laisser faire la nature. Intarissable, Jim Bouchet s’épanche sur la qualité des sols : "En ville, il faut travailler les parcelles pour stimuler un embryon de terrain forestier. Déterminants, ils doivent offrir toutes les garanties pour assurer le développement des jeunes plants grâce à son bon équilibre. Nous mélangeons sur 30 à 50 centimètres de profondeur à la terre du compost mur, du guano, du fumier de cheval ou de la matière organique avant de planter."

MiniBigForest boise collectivement. L’ancien communicant insiste sur la pédagogie et cherche à stimuler les riverains participants : "Citoyens, collégiens, professeurs plantent eux-mêmes leur ligne de micro-forêt. Nous menons un gros travail de sensibilisation dans les écoles, maisons de quartier et nous organisons des réunions publiques avec les habitants pour leur expliquer le projet et les informer des biens faits de l’arbre." Ces petits poumons verts rassemblent une trentaine d’essences locales de différentes tailles. Une course à la lumière prend forme entre les arbres et favorise leur croissance. Ces mini forêts permettent de ramener au cœur des villes de micro-écosystèmes végétaux inspirés des mécanismes d’une forêt naturelle. Jim Bouchet précise que la forêt nécessite 2 à 3 ans de soutien humain avant de s’épanouir : "Nous définissons des référents qui suivront la poussée des arbres. Tout le monde doit en prendre soin, arroser et désherber."

Micro-forêts urbaines et nouveaux espaces de vie

Résultat, des communautés se forment, les habitants s’en emparent et en font un espace à leur image. Après 25 projets en 3 ans, 30 000 arbres plantés par 4 000 bénévoles, Jim Bouchet se réjouit des liens sociaux tissés : "Nous avons vu des enfants qui refusaient de s’adresser à leur maîtresse partager les mains dans la terre leurs émotions avec elle. Des adultes pleurent en se remémorant leurs souvenirs d’enfance. Les riverains organisent des apéros après le désherbage. De beaux moments de vie prennent forme." Toutes différentes, certaines forêts offrent des chemins de méditation, d’autres du mobilier intégré et durable pour s’asseoir ou se mêlent à un jardin comestible. "Au square Pilleux de Nantes, des arbres font déjà 6 mètres de haut" (voir le résultat en deux ans ci-dessous), s’enthousiasme le cofondateur de l’association. Collectivités, écoles, universités, etc., se bousculent auprès de MiniBigForest.

MiniBigForest

Le changement climatique ne fait pas peur aux arboriculteurs. Jim Bouchet constate déjà une résilience extraordinaire des écosystèmes institués. "Tous nos projets se portent bien. Chacun suit sa dynamique de croissance et résiste très bien à la sécheresse. Chaque terrain et essence réagissent différemment : un châtaignier peut souffrir sur une surface, mais pas sur une autre. Tout dépend des sols, du vent, de l’orientation, etc." S’il refuse d’importer des espèces d’arbres originaires de régions plus chaudes à l’emporte-pièce, il ne cache pas rester ouvert à de nouvelles méthodes : "Nous restons en phase de test. Des chercheurs en botanique et l’Office national des forêts nous guident en permanence."

MiniBigForest ne prétend pas sauver la planète. Motivés, les bénévoles savent qu’ils apportent une petite solution à un problème éminemment plus complexe. "En quittant mon métier, je ne me suis pas posé la question de savoir si ça marcherait ou pas. Nous plantons une graine pour que les citoyens aident la forêt à se développer", conclut Jim Bouchet.


Geoffrey Lopes

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