Sur terre, en mer ou dans les airs, les aléas du climat font souffrir la biodiversité. Le réchauffement bouleverse les interactions entre les espèces et les oblige à s’adapter.
Plantes et animaux migrent et modifient leur cycle de vie. Nous avons un rôle majeur à jouer pour les soutenir.
Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, TF1 INFO vous éclaire pendant un mois autour de la thématique : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables ?"

Le changement climatique menace d’extinction près d’un cinquième des espèces animales. Le constat de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ne prête plus à confusion. 41 % des amphibiens, 13 % des oiseaux et 27 % des mammifères se trouvent sur la liste rouge des espèces en péril. Le déclin brutal de la faune ébranle les plantes : la flore aurait perdu, d’après la revue Science, plus de la moitié de ses capacités à s'adapter au changement climatique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) confirme : "Le changement climatique a causé des dommages considérables, et de plus en plus de pertes irréversibles, dans les écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et océaniques." La Fondation pour la recherche sur la biodiversité estime que de 3 à 6 % des espèces animales et végétales auraient déjà disparu.

Or, la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) rappelle que nous restons très dépendants de la biodiversité. Nous continuons à utiliser quelque 50 000 espèces non domestiquées dans les secteurs de l'alimentation, de l'énergie, de la médecine, des matériaux ou encore des loisirs. Une personne sur cinq dépend des plantes sauvages, des algues et des champignons pour vivre ou se nourrir, tandis que 2,4 milliards d'êtres humains nécessitent de couper du bois pour cuisiner. Au total, l’IPBES estime que 70 % de la population pauvre du monde reste directement liée à la flore et à la faune sauvage. La biodiversité nous fournit en oxygène, séquestre le dioxyde de carbone (CO2), purifie notre eau, nous protège des tempêtes, fertilise les sols, etc. L’érosion de la biodiversité pourrait nous poser de graves problèmes économiques et sanitaires.

Jonathan Lenoir, chercheur du CNRS au laboratoire Écologie et dynamique des systèmes anthropisés, le jure, la biodiversité peut s’adapter. "Migrations, redistributions des aires de répartition des espèces, changements de comportement… Les adaptations prennent différentes formes. Les mouvements des plantes et animaux suivent les lignes du réchauffement."

Fuir l’augmentation des températures

Le principal comportement de la faune et de la flore consiste à fuir les fortes chaleurs. "Lorsque les températures dépassent le seuil de tolérance des espèces ou qu’elles ne trouvent plus de quoi se nourrir, elles fuient pour se libérer de la pression", constate Hélène Soubelet, docteur vétérinaire et directrice générale de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. En mer, Sylvie Dufour, directrice adjointe de l’Institut de l’océan et chercheuse au CNRS, observe également ces comportements : "Les animaux migrent vers le nord. Les coraux, qui ne peuvent pas se déplacer, blanchissent avec l’expulsion des algues dont la photosynthèse les protège. La majorité des espèces ne contrôlent pas leur température et restent dépendantes du réchauffement." Les plantes mettent plus de temps à se déplacer, mais les scientifiques observent qu’elles parviennent aussi à le faire. "Le stress hydrique, par exemple, pénalise certaines espèces et profite à d’autres", décrypte Hélène Soubelet.

Résultat, ces migrations bouleversent les écosystèmes. Sur terre, les bourgeons éclosent plus tôt et les feuilles jaunissent plus tard. En mer, le plancton modifie également son cycle de vie. "Les espèces dépendent les unes des autres et interagissent en permanence", décrit Sylvie Dufour. Si un manque à l’appel, les autres doivent adapter leur cycle de reproduction, trouver de nouvelles façons de se nourrir ou changer leur comportement face à de nouveaux prédateurs. "On ne mesure pas les conséquences des altérations des écosystèmes. Normalement, des espèces régulatrices rétablissent un semblant d'équilibre lorsque certaines d’entre elles prennent trop de place. Mais les interactions restent très complexes et on ne peut pas toujours en connaître les conséquences", admet Jonathan Lenoir. Ces migrations désorganisent également certaines activités humaines : "Les pêcheurs perdent d’importantes zones de prise, notamment dans les milieux tropicaux", confirme Sylvie Dufour.

Attention aux espèces envahissantes

Pour les aider à se déplacer, notamment la flore plus lente et vulnérable, Jonathan Lenoir préconise d’intervenir. "Les hommes transportent des espèces entre les continents depuis qu’ils parcourent la planète", rappelle le chercheur. Or, le réchauffement climatique favorise la prolifération d’espèces exotiques capables de se développer de manière incontrôlable, et ce, aux dépens des espèces indigènes. "Elles n’ont pas d’ennemi naturel, pas de prédateur et les espèces natives qui s’y retrouvent confrontés restent naïves et ne savent pas comment réagir", prévient le chercheur. "Elles arrivent à s’adapter à beaucoup de conditions climatiques différentes. Ces espèces prennent des places laissées vacantes ou s’attaquent à des espèces natives en difficulté", complète Hélène Soubelet. La vétérinaire illustre le phénomène avec l’exemple emblématique des frelons asiatiques : "Même en mangeant quelques dizaines d’abeilles par jour, le frelon asiatique ne fait pas peur aux ruches de 50 000 à 60 000 abeilles en bonne santé. Aujourd’hui, il décime des ruches qui ont parfois perdu un tiers de leur effectif, qui ne trouvent plus de nourriture l’hiver, n’ont pas le temps de se reconstituer assez de réserves avec quelques jours seulement de floraison, baignent dans des quantités de produits chimiques, etc. Dans ces conditions, la ruche ne peut pas résister."

Comment soulager les espèces en danger ?

Alarmants, les chercheurs n’en sont pas fatalistes pour autant. Ils n’enregistrent pas encore de disparitions massives d'espèces. Ils conviennent néanmoins de plusieurs pressions constantes sur la biodiversité. Ils exhortent unanimement les décideurs à augmenter la surface des zones protégées. "En mer, il faut mettre en place de vraies nurseries sur des zones importantes, ouvertes sur l’extérieur, mais protégées des activités humaines. Nous devons aussi faciliter l’implantation d’espèces plus adaptées et accélérer le bouturage", prescrit Sylvie Dufour. Jonathan Lenoir insiste sur la nécessité de construire des ponts entre les habitats : "N’oublions pas de laisser pousser des trames vertes (haies et autre végétation) et bleues (ruisseaux et rivières). Il faut restaurer les éléments linéaires pour connecter les habitats. Mettre sous cloche des habitats isolés, ça peut les aider dans un premier temps, mais une fois sous la cloche, les espèces deviennent incapables d'en sortir et elles finissent par s'éteindre ou n'évoluent plus." Le chercheur regrette que nous nous contentions de nous intéresser aux espèces emblématiques : "C’est bien d’assurer le gîte et le couvert aux oiseaux dans les jardins. Mais on vise une certaine catégorie de la biodiversité qui fait plaisir à l’opinion publique. On en oublie plein d’éléments. Il faut penser la biodiversité dans son ensemble. Les insectes, par exemple, font partie de notre richesse".

La nature, meilleure alliée pour s’adapter

De son côté, la nature peut également nous aider à nous adapter. Végétaliser les villes et y créer des mares a du sens. "Végétaliser diminue les îlots de chaleur urbains et génère une climatisation naturelle", certifie Jonathan Lenoir. Les arbres transpirent et les gouttelettes d’eau rafraîchissent les sols. "Ils réduisent les bruits et contribuent à notre bien-être psychique", ajoute le chercheur. La restauration de zones humides limite aussi les risques d’inondation. "Les mangroves limitent l’impact des tempêtes et abritent des milliers d’espèces", se félicite Sylvie Dufour. Objectif : trouver des solutions adaptables partout et qui absorbent du CO2.

L’Homme, premier responsable de la très forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES), doit modifier son comportement pour protéger la biodiversité. Hélène Soubelet rappelle que l’artificialisation des terres et des mers et la surexploitation des espèces restent les deux principales causes de son érosion. Face à ce défi, l’IPBES prévient que nous devons orchestrer des "changements transformateurs" vers des usages durables. La plateforme intergouvernementale recommande notamment de mettre en place des politiques inclusives et participatives, instaurer des outils et des réglementations permettant d'assurer une distribution juste et équitable des coûts et bénéfices, améliorer la surveillance et l'évaluation des pratiques ou encore adapter les mesures aux contextes locaux.

Appel à projets !

Comme chaque année, Entreprises pour l’Environnement (EpE), TF1/LCI et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de 19 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables". Visant à limiter les impacts du changement climatique et les dommages associés, l’adaptation doit être sobre et durable, afin de répondre aux enjeux climat, ressources et biodiversité. Entre l’autonomie ou la transformation d’un système, les avis de toutes les parties prenantes sont nombreux et diversifiés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Envoyez vos idées inédites ou solutions concrètes pour concilier transition écologique et technologies : prix.epe-lci@epe-asso.org. Dépôt des dossiers jusqu’au 20 mars 2022. 

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié.


Geoffrey LOPES

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