Les émissions de CO2 liées à l'énergie battent un nouveau record... mais augmentent moins que prévu

par Annick BERGER avec AFP
Publié le 2 mars 2023 à 9h26

Source : JT 20h WE

Les émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie ont atteint un nouveau record en 2022.
Elles ont augmenté de 0,9%, selon l'Agence internationale de l'énergie.
Cette hausse est toutefois moins élevée que prévu, notamment grâce à l'essor des énergies et technologies vertes.

Les efforts sont encourageants, mais la route est encore longue. C'est ce qui ressort d'une analyse publiée jeudi 2 mars par l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Selon les chiffres de l'organisme, les émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie ont encore augmenté de 321 millions de tonnes (+0,9%) en 2022, pour atteindre un nouveau record de 36,8 gigatonnes. Mais la hausse est moins élevée qu'attendu, notamment grâce à l'essor des énergies et technologies vertes, avance l'AIE. 

"Le risque d'une croissance débridée des émissions en raison du recours accru au charbon dans le contexte de crise énergétique ne s'est pas matérialisé, l'essor des énergies solaire et éolienne, des voitures électriques, de l'efficacité énergétique et d'autres facteurs ayant freiné la montée du CO2", a souligné l'Agence dans son analyse basée sur des données nationales publiques.

Une "trajectoire de croissance insoutenable"

Selon elle, 550 millions de tonnes de CO2 ont été évitées par les infrastructures d'énergies bas carbone en 2022, année durant laquelle les renouvelables ont représenté 90% de la croissance de la production électrique. L'Agence souligne qu'en Europe, pour la première fois, la production d'électricité à partir de l'éolien et du solaire photovoltaïque combinés a dépassé celle du gaz ou du nucléaire. Une belle amélioration, alors qu'en 2021, la hausse annuelle des émissions liées à l'énergie avait atteint +6% au niveau mondial, après une année Covid exceptionnellement en retrait.

Si l'essor des technologies dites "vertes" est encourageant, les émissions dues à l'énergie gardent toutefois "une trajectoire de croissance insoutenable", alimentant le dérèglement du climat, alerte l'AIE, qui appelle les pays à agir plus fortement. Il faut dire que le CO2 des énergies est responsable à lui seul de plus des trois quarts du total des gaz à effet de serre émis à travers la planète.

Le constat est d'autant plus inquiétant que l'an dernier, les émissions ont été alimentées par un recours accru aux énergies fossiles, en raison des épisodes climatiques extrêmes comme les sécheresses et les canicules et des difficultés de fonctionnement d'un nombre inédit de réacteurs nucléaires. Les émissions générées par la combustion du charbon ont augmenté de 1,6%, portées par la consommation en Asie et en Europe, où il est venu remplacer le gaz devenu trop cher. 

Les émissions provenant de ce dernier ont d'ailleurs baissé de 1,6% l'an dernier, à la suite d'un resserrement continu de l'offre, exacerbé par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Les réductions des émissions dues au gaz ont été particulièrement prononcées en Europe (-13,5%). La région Asie-Pacifique a également connu des réductions sans précédent (-1,8%). Autre énergie problématique : le pétrole, dont les émissions sont en hausse de 2,5%. Elles restent cependant en deçà des niveaux pré-Covid, et la hausse s'explique pour moitié par la reprise du trafic aérien, précise l'AIE. 

L'Asie mauvais élève, l'Europe en progression

Si l'on observe la hausse des émissions de CO2 à l'échelle des régions, c'est l'Asie, hors Chine, qui a vu ses émissions croître le plus (+4,2%), tirée par sa croissance économique. Concernant l'Empire du milieu, le chiffre reste stable sur un an (-0,2%). Les États-Unis ont également vu leurs émissions augmenter avec +0,8% en 2022, en raison notamment d'une forte hausse de la demande énergétique liée aux températures extrêmes qu'a connu le pays. Bon élève de l'étude menée par l'Agence internationale de l'énergie : l'Europe, qui a vu ses émissions reculer de 2,5%.

L'AIE a toutefois appelé les pays à continuer leurs efforts alors que les "émissions issues des énergies fossiles continuent à croître, entravant les efforts visant à répondre aux objectifs climatiques mondiaux", a estimé le directeur de l'Agence, Fatih Birol. Il a pointé "les compagnies internationales et nationales du secteur des énergies fossiles" qui "engrangent des revenus records et doivent prendre leur part de responsabilité, en cohérence avec leurs engagements publics à l'égard du climat". Fatih Birol a ainsi appelé ces sociétés à "revoir leurs stratégies dans le sens d'une réduction réelle de leurs émissions". 


Annick BERGER avec AFP

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