Éco-anxiété : 67% des Français déclarent ressentir de la peur face à l’avenir

Virginie Fauroux
Publié le 14 septembre 2022 à 16h32
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

L’éco-anxiété, cette angoisse vis-à-vis de l’avenir de notre planète, gagne du terrain dans le monde.
Et la France n'y échappe pas, notamment après les phénomènes climatiques extrêmes qui ont touché le pays cet été.

Il y a une dizaine d'années, les Inuits de Rigolet (nord-est du Canada) ont été parmi les premiers à alerter des impacts psychologiques liés au changement climatique. Cette région, en lisière de l'Arctique, appartient aux zones où le climat se réchauffe le plus vite sur Terre. Résultat, par le passé, les gens ne pouvaient se déplacer en hiver que par avion ou motoneige ; aujourd'hui, la question se pose de doter Rigolet d'une route, ce qui modifierait considérablement le mode de vie de ces populations.

Pour la chercheuse Ashlee Cunsolo, auteure d'un rapport de l'ONU sur les conséquences du réchauffement en termes de santé, l'impact psychologique pour ces habitants est avéré : cela va d'un panel d'émotions - tristesse, peur, colère - à l'anxiété ou la dépression. Ils souffrent "du mal du pays tout y restant", dit-elle. De plus, contrairement à d'autres maladies bien visibles, cet impact est "lent et cumulé. Ça touche à l'identité", ajoute-t-elle. On parle alors d'éco-anxiété

Moins de désir d'enfant

Et n'allez pas croire que ce concept ne concerne que des peuplades lointaines, peu éduquées ou mal informées. Plus près de nous, les phénomènes climatiques extrêmes qui ont touché le pays cet été ont également eu un impact fort sur la santé mentale des Français. Ainsi, selon un sondage Ifop* réalisé pour Qare, spécialiste de la téléconsultation, 67% des Français déclarent ressentir de la peur face à l’avenir. Par ailleurs, 34% considèrent que leurs "éco-émotions" impactent leur santé mentale au quotidien, dont 11% considérablement (particulièrement chez les jeunes femmes : 15% des moins de 35 ans et même 20% des 25-34 ans disent que les éco-émotions impactent considérablement leur santé mentale).

Par ailleurs, pour plus d’un Français sur 5, les problématiques environnementales provoquent aussi des remises en question dans différentes dimensions de leur vie : vie privée (désir d’enfants, troubles du sommeil, troubles alimentaires), vie sociale (impact sur la vie sociale, frein de la capacité à agir) et vie professionnelle (perte de sens, de motivation). La vraie différence concerne les jeunes générations, pour qui les conséquences sont plus fortes dans toutes ces dimensions. En particulier, les moins de 35 ans sont presque deux fois plus nombreux que la population générale à déclarer que la crise climatique impacte leur désir d’enfant (42% des moins de 35 ans, contre 22% de la population générale).

Les jeunes femmes particulièrement touchées

Parmi les éco-émotions les plus exprimées par la population, et particulièrement les femmes, on retrouve notamment la responsabilité (74% des femmes concernées, soit +5 points par rapport aux hommes), la peur de l’avenir (73% concernées, soit 13 points de plus que les hommes), et la colère (61% concernées, soit +6 points de plus que les hommes). Selon la psychothérapeute Charline Schmerber, fondatrice du Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique (RAFUE), cela s'explique par le fait que "les femmes ont des comportements plus orientés vers l’action que les hommes : elles ressentent davantage de responsabilité - surtout les mères de famille, qui n’agissent pas pour elles, mais pour leurs enfants - mais aussi de culpabilité".

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Quant au profil des personnes qui ressentent ces éco-émotions (responsabilité, peur, motivation, combativité, colère), il est relativement similaire aux "éco-anxieux" : ce sont majoritairement les femmes (plus de la moitié des femmes se disent concernées par l’éco-anxiété, et même 55% des femmes de moins de 35 ans), les jeunes (53% des -35 ans, dont 17% tout à fait concernés), les citadins (49%), les cadres et professions intermédiaires (54%) et les parents (51%, et même 61% chez les mères de famille). Pour Laelia Benoit, pédopsychiatre et sociologue, "ces différences de genre sont en partie dues au fait que les minorités (au sens sociologique : un groupe ayant moins de 'pouvoir' qu’un autre) sont plus inquiètes du changement climatique, car directement conscientes qu’elles seront perdantes dans toutes les crises". Et d'ajouter : "cette notion de minorité peut expliquer également la différence entre génération".

* Sondage Ifop pour Qare réalisé du 27 au 29 juillet et du 10 au 12 août 2022, sur un échantillon de 2100 personnes représentatives de la population française, âgée de 15 ans et plus.


Virginie Fauroux

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