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Comment réguler l’empreinte carbone des nouvelles technologies ?

Geoffrey Lopes
Publié le 1 mars 2022 à 10h34
Comment réguler l’empreinte carbone des nouvelles technologies ?

Source : iStock

Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, TF1 INFO vous éclaire pendant un mois autour de la thématique : "Quel rôle pour la tech dans la transition écologique ?"
Demander des comptes, encourager ou changer les comportements. L’État s’intéresse au bilan carbone des entreprises du numérique.
Des lois leur demandent davantage de sobriété et de respecter des objectifs. La French Tech soutient les plus prometteuses d’entre elles.

De 2 à 4 % des émissions de gaz à effet de serre sur la planète. Selon plusieurs études, il s’agit de l’empreinte carbone du numérique. Au pire, elle équivaut au double des émissions du transport aérien mondial. "Les centres de données et les réseaux de données utilisent ensemble environ 2 % à 2,5 % de la consommation mondiale d’électricité", mesure l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les infrastructures numériques consomment de 200 à 250 térawattheures (TWh) par an, soit l’équivalent de la moitié de la production nucléaire annuelle française. Un rapport du Sénat calcule qu’en France, en 2019, les émissions du numérique ont atteint 15 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par an, soit 2 % du total des émissions dans l’Hexagone. Raja Koduri, un des principaux dirigeants du géant américain Intel, prévient qu’un univers virtuel, accessible par des milliards d’êtres humains, demandera une puissance informatique mille fois supérieure à celle d’aujourd’hui.

Le numérique, et à fortiori les nouvelles technologies, ne fonctionnent pas d’elles-mêmes. Elles nécessitent récepteurs et transmetteurs pour rendre exploitables les données qu’elles collectent. Ces terminaux de tout ordre (smartphones, ordinateurs, caméras intelligentes, panneaux solaires, drones, robots connectés, etc.), coûtent cher à produire pour la planète. Ils requièrent des métaux rares, semi-conducteurs et matériaux qu’il convient d’extraire non sans générer beaucoup de dégâts environnementaux. En Europe, même si certaines études en évaluent la présence, les États, soutenus par d’importants collectifs de citoyens, se refusent pour l’instant d’exploiter leur sous-sol.

En France, ministres et parlementaires semblent prendre conscience du problème. Un dispositif réglementaire vient d’entrer en vigueur en janvier 2022. Au programme : promouvoir la croissance verte, éliminer l’obsolescence programmée et accélérer la sensibilisation des acteurs et utilisateurs des nouvelles technologies. Avec un objectif simple : atteindre la neutralité carbone.

Des objectifs ambitieux

Les entreprises françaises pour le climat, soutenues par l’État, visent la neutralité carbone à l’horizon 2050. Il s’agit pour elles de réduire au maximum leurs émissions de gaz à effet de serre avant de compenser l’intégralité des émissions restantes. Elles se disent également prêtes à "mettre au cœur de leur activité les solutions face au climat." Le ministère de la Transition écologique a publié, en octobre dernier, une feuille de route pour rendre le numérique plus responsable. "La transition écologique sans le progrès numérique est impossible, et la transition numérique doit s’inscrire dans l’exigence écologique", énonce le rapport. Le ministère cherche à mesurer l’impact des nouvelles technologies sur l’environnement et soutenir un numérique plus sobre sans pour autant cesser d’innover.

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Des lois pour changer les comportements

Trois lois soutiennent ce défi majeur avec aux commandes l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep).

- L’autorité doit d’abord collecter auprès des entreprises du numérique leur empreinte environnementale. Sont visés les opérateurs télécoms, les services en ligne, les hébergeurs, les data centers, les prestataires de cloud, les fabricants de terminaux (smartphones en tête) et les éditeurs de systèmes d’exploitation. Attention, la loi reste incitative et ne leur impose pas (encore) de réduire leur empreinte environnementale.

- L’Arcep met en place un "observatoire des impacts environnementaux du numérique". Elle a pour mission de comparer les acteurs numériques entre eux, distinguer les pratiques les plus vertueuses et encourager le "numérique soutenable". Un baromètre permettra aux entreprises et aux particuliers de privilégier les acteurs les plus écologiques et se détourner des plus pollueurs.

- Une troisième loi antigaspillage impose, depuis le 1er janvier, aux opérateurs télécoms de communiquer à leurs abonnés fixe et mobile "la quantité de données consommées et leur équivalent en émissions de gaz à effet de serre" au moins "une fois par mois".

L’Arcep se destine à sensibiliser les utilisateurs à des comportements écoresponsables. Utiliser une connexion Wi-Fi plutôt que la 5G chez soi pour regarder des films en streaming par exemple, ou l’extinction de sa box en cas d’absence font partie des recommandations. Walter Delage, responsable RSE chez Iliad, se réjouit de ce frémissement : "Cet affichage aurait dû arriver bien avant dans tous les secteurs. On doit pouvoir aller plus loin et accéder à la consommation sur toute la durée de vie des outils. J’ai l’impression qu’il y a un décalage entre l’engagement de l’entreprise et la réalité perçu par l’utilisateur, ce n’est pas toujours concernant."

Le député Loïc Prud’homme veut faire de l’obsolescence programmée un principe inaliénable. Il a proposé en avril 2021 d’étendre la durée minimale de garantie légale de 2 à 10 ans. "Les produits sont faits pour durer, au moins le temps de la garantie, sans quoi le constructeur ou le distributeur devront prendre à leur charge les coûts de la réparation", estime le député de Gironde. Cette proposition de loi encore non votée reste en discussion.

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La French Tech en soutien

Depuis 2013, la French Tech, soutenue par le ministère de l’Économie, accompagne les start-ups et peut financer jusqu’à 60 % d’un projet. Clara Chappaz, sa directrice, évoque avec enthousiasme le rôle de son administration : "Aujourd’hui, 1 million de personnes travaillent autour des entreprises mises en avant par la French Tech. Nous avons l’ambition d’accélérer et de fluidifier l’entreprenariat industriel." Ancienne entrepreneuse dans l’économie circulaire aux États-Unis, elle entend faire de la French Tech un moteur de la transition écologique : "Les nouvelles technologies jouent un rôle clé pour trouver des solutions aux problèmes de demain à l’image de la transition écologique. Le programme Green20 offre des solutions et des potentiels de croissance dans ce domaine. Nous soutenons des entreprises qui optimisent des flux énergétiques, améliorent la gestion des déchets ou développent de l’hydrogène." Elle affirme que la French Tech s’intéresse à l’impact des start-ups qu’elle soutient en prenant en compte leurs critères ESG. "Le plan d’investissement France 2030 nous impose de réserver 50 % de nos projets à des solutions dédiées à la transition écologique", conclut-elle.

L’État n’encadre pas, mais soutient le développement de technologies propres. Les lois encouragent sans pénaliser. Est-ce suffisant pour diminuer nos émissions carbones et atteindre nos objectifs ?

Appel à projets !

Comme chaque année, Entreprises pour l’Environnement (EpE), LCI/TF1 et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de plus de 15 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : Tech et transition écologique -Du low-tech au high-tech, quelles technologies pour réussir ? Greentech, Agtech, Fintech, Biotech, Foodtech, Medtech, Tech4good… les appellations dans les métiers des technologies fleurissent, boostées par le dynamisme du secteur en pleine croissance. De plus en plus ancrées dans notre quotidien, les innovations technologiques offrent des nouveaux services aux sociétés mais leurs impacts environnementaux posent question. Le débat est maintenant largement ouvert : la transition écologique viendra-t-elle de la tech ou plutôt de changements de comportements et d’usages moins énergivores ? Entre durabilité du high-tech et désirabilité du low-tech, les avis de toutes les parties prenantes sont nombreux et contradictoires. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Envoyez vos idées inédites ou solutions concrètes pour concilier transition écologique et technologies : prix.epe-lci@epe-asso.org. Dépôt des dossiers jusqu’au 18 mars 2022. 

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié.


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