Enquête ouverte autour des rejets d'eau douce d'EDF dans l'étang de Berre

par Annick BERGER avec AFP
Publié le 4 mai 2023 à 11h44, mis à jour le 4 mai 2023 à 12h12

Source : Sujet TF1 Info

Le parquet de Marseille a ouvert une enquête sur les rejets d'eau douce d'EDF dans l'étang de Berre, près de Marseille.
Ils sont accusés d'affecter l'écosystème de la plus grande lagune méditerranéenne de France.
En 2018, ces rejets avaient provoqué une importante crise écologique.

C'est un casse-tête environnemental difficile à résoudre. Depuis des années, les rejets d'eau douce d'EDF dans l'étang de Berre, près de Marseille (Bouches-du-Rhône)? sont accusés d'affecter l'écosystème de la plus grande lagune méditerranéenne de France. Une eau puisée dans la Durance et issue des neiges alpines que la compagnie énergétique turbine dans sa chaîne de centrales allant des Alpes à Saint-Chamas, en Provence, pour produire de l'hydroélectricité. Une eau douce non polluée qui est ensuite rejetée dans l'étang de Berre, composé d'eau salée.

En 2004, la Cour européenne de justice avait condamné la France dans cette affaire, et les quantités d'eau déversées dans le bassin par EDF avaient été limitées à 1,2 milliard de mètres cube par an - l'équivalent de 300.000 piscines olympiques - contre plus de deux milliards auparavant. Une quantité qui reste trop élevée pour les associations de défense de l'environnement et certaines collectivités, et qui a poussé le pôle santé publique et environnement du parquet de Marseille à ouvrir une enquête pour "rejet en mer ou en eau salée de substance nuisible pour le maintien ou la consommation de la faune et de la flore".

"Avant on se faisait tous la guerre"

"Comme il y a une différence de densité entre l'eau douce et l'eau salée, l'eau douce reste en surface, l'eau salée au fond. Il peut se créer une barrière de sédimentation de sel et les eaux ne se mélangent plus, même avec du vent. Les eaux de profondeur peuvent connaître un phénomène d'anoxie, manque d'oxygène" qui asphyxie faune et flore, relève Didier Khelfa, membre du Groupement d'intérêt public pour la réhabilitation de l'étang de Berre (Gipreb). L'organisme, qui regroupe des collectivités locales, avait demandé en 2022 au tribunal judiciaire de Marseille qu'EDF soit reconnu coupable "des rejets d'eau ayant conduit à l'été 2018 à une crise écologique" ayant entraîné la mort de poissons et d'herbiers. 

Le tribunal s'était alors déclaré incompétent et le parquet de Marseille s'est saisi de l'affaire. Si une enquête va être menée, une phase de médiation a toutefois été engagée pour tenter de trouver une solution. "Avant, on se faisait tous la guerre, mais maintenant, on essaie de prendre en compte toutes les dimensions : préserver l'étang de Berre, mais aussi continuer à produire de l'énergie verte dont on a besoin", relève Didier Khelfa.

La question de l'eau comme "déchet"

Cette affaire intervient alors que les enjeux autour de l'eau sont devenus cruciaux en Provence, frappée par des épisodes de sécheresse liés au réchauffement climatique. Au-delà de la destruction des écosystèmes, le rejet "comme un déchet" de centaines de millions de mètres cube d'eau douce dans l'étang de Berre interroge sur une meilleure valorisation de cette précieuse ressource. D'autant qu'avec le changement climatique dû aux activités humaines, elle devrait diminuer de 15% d'ici 2050 dans tout le bassin de la Durance, qui alimente en eau potable trois millions de personnes, permet d'irriguer 100.000 hectares de terres agricoles et de faire tourner des industries.

Si en 2022, EDF était prête à réduire la quantité d'eau turbinée dans ses centrales issue de la Durance, la guerre en Ukraine et les tensions sur le marché de l'énergie ont poussé l'électricien à maintenir sa production. Mais au-delà de cette question, la perspective de pouvoir "récupérer" l'eau plutôt que de la déverser dans l'étang de Berre est une piste étudiée par les collectivités. Le sujet est tel que de folles rumeurs avaient circulé sur la récupération de cette eau, avec notamment un supposé échange contre du pétrole au Moyen-Orient. 

"La seule destination acceptable de l'eau, c'est de la donner là où on en a besoin dans la région", avait alors résumé René Benedetto, président de l'association écologiste L'étang nouveau. Une des pistes étudiées serait la création d'un canal partant de la centrale de Saint-Chamas pour desservir l'industrie et renforcer les nappes phréatiques. Un projet qui s'avère toutefois extrêmement coûteux, certains évoquant près d'un milliard d'euros d'investissements nécessaires.


Annick BERGER avec AFP

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