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Le ticket de caisse dématérialisé, une mesure pas si écolo ?

Publié le 16 mai 2023 à 19h43

Source : TF1 Info

Repoussée à deux reprises, la fin de l'impression systématique des tickets de caisse est prévue au 1er août.
Cette mesure ne serait toutefois pas très efficace sur le plan environnemental, soulignent certains détracteurs.
Des affirmations hasardeuses puisqu'il n'existe aucune étude d'impact solide sur le sujet.

Moins de papier, est-ce forcément synonyme de point positif pour l'environnement ? La question se pose alors que l’impression automatique du ticket de caisse est censée prendre fin le 1er août 2023. Repoussée à deux reprises, cette mesure prévoit que les consommateurs gardent le choix d'obtenir un ticket papier, ou qu'ils puissent bénéficier d'une version dématérialisée envoyée par SMS ou e-mail. 

Pour le sénateur LR Alain Houpert, le "bilan carbone du ticket dématérialisé" serait "désastreux". Il explique que ce dernier entraîne le rejet de "2 grammes de CO2 en plus dans l’atmosphère" par rapport à l'émission d'un ticket papier. Il évoque ainsi une "mesure idéologique contre-productive sur le plan environnemental". Problème : il est impossible de tirer de telles conclusions, faute de données et d'études fiables relatives au sujet.

"On n'a aucune idée de l’impact réel"

La start-up GreenTicket évaluait il y a quelques années à 30 milliards le nombre de tickets de caisse émis chaque année. Soit selon ses calculs "l'équivalent de 250 millions d'arbres abattus et de 950 millions de litres d'eau". Recourir plus largement au ticket dématérialisé serait-il tout aussi problématique ? Outre Alain Houpert, le député LFI Alexis Corbière soulevait, lui aussi, la question en interpellant dans l'hémicycle le gouvernement l'an passé. "Plusieurs spécialistes, dont le collectif Green IT, estiment qu'à cause de son stockage dans un centre de données puis de sa transmission (tous deux coûteux en énergie), un ticket dématérialisé rejetterait en réalité 2 grammes de CO2 en plus dans l'atmosphère qu'un ticket imprimé", lançait-il.

Les deux grammes de CO2 supplémentaires évoqués par ces élus seraient issus de travaux menés par le collectif Green IT, créé en 2004 et qui rassemble des experts indépendants travaillant sur la quantification des impacts environnementaux du numérique. Son fondateur, Frédéric Bordage, insiste toutefois auprès de TF1info sur le fait que "les chiffres qui sont repris par tout le monde sont issus d’une étude interne (NDLR : réalisée avant le Covid) qui n’a jamais eu vocation à être publiée". Des données qui "n’ont pas la qualité ou la solidité de nos études publiques", poursuit-il, les jugeant "dépassées" et se désolant de les voir reprises si fréquemment sans le moindre recul.

Si les éléments avancés il y a plusieurs années ne sont plus pertinents aujourd'hui, c'est en partie parce que Green IT "n'avait pas anticipé à l'époque l’ajout majeur de matériel numérique qui serait associé à la disparition du ticket de caisse". À commencer par "l’ajout de l’écran destiné au consommateur, et qui n'existait pas auparavant". Sans parler de l'évolution des terminaux de paiement, ou du développement des "caisses automatiques, dotées d'écrans interactifs sur lesquels vous allez choisir ou non d’imprimer votre ticket". De fait, "il faudrait prendre en compte tout cela pour faire une évaluation aujourd’hui". Et ce, sans parler du fait que nous ne disposons pas d'une vision exhaustive des impacts environnementaux liés au papier des tickets ou aux caisses enregistreuses utilisées par les commerçants.

En clair ? "On n'a aucune idée de l’impact réel" de la dématérialisation des tickets de caisse sur l'environnement, résume le responsable de Green IT. La dématérialisation est de toute façon un sujet "tarte à la crème", lance-t-il : "Tout le monde dit que c’est bénéfique sans jamais réaliser d’étude sur le sujet."

Un envoi qui ne sera pas systématique

L'envoi d'un ticket par mail ou sur un téléphone portable n'est pas une solution idéale sur le plan environnemental, en raison notamment de la consommation en eau (méconnue) du numérique. Que ce soit pour l'extraction des métaux indispensables aux composants, leur raffinage... Les économies qui seraient réalisées par rapport à la production de papier ne sont pas aussi évidentes qu'elles n'y paraissent. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le gouvernement estime qu'il est "important de veiller à ce que cette mesure n'entraîne pas de transfert d'impact environnemental, du papier vers le support numérique". 

Puisque le choix d'obtenir un ticket ou non revient au consommateur, il s'avère toutefois "important de continuer à sensibiliser ce dernier sur les impacts de sa consommation, y compris via des supports numériques, mais aussi de travailler avec l'ensemble des professionnels sur une meilleure écoconception des services numériques".

Soulignons toutefois que l'envoi d'un ticket dématérialisé ne sera pas la norme, puisque la réglementation prévoit par défaut qu'à partir du 1er août, aucun ticket ne soit émis sans qu'un consommateur ne le demande, sous une forme comme une autre. "Évidemment, la bonne pratique au niveau environnemental revient à ne pas utiliser de ticket du tout", analyse Frédéric Bordage. Tout en laissant la possibilité aux consommateurs de disposer d'un ticket dématérialisé si nécessaire, en particulier pour les gros achats pour lesquels cette preuve d'achat permet un échange ou d'activer la garantie. 

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Thomas DESZPOT

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