Logement et transports : comment ces secteurs doivent s’adapter au changement climatique ?

Publié le 2 mars 2023 à 10h13, mis à jour le 2 mars 2023 à 15h34

Source : JT 20h Semaine

L’été, le réchauffement climatique insécurise les rails des trains et peut transformer nos logements en sauna.
Pour éviter la surchauffe et s’adapter à un environnement parfois hostile, nous devons changer nos habitudes. Quelles solutions pour les secteurs gros émetteurs de gaz à effet de serre ?
Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, TF1 INFO vous éclaire pendant un mois autour de la thématique : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables ?"

Sur le podium des émissions de gaz à effet de serre (GES), les secteurs du transport et du bâtiment figurent sur les deux plus hautes marches. En France, ils représentaient respectivement 31 % et 25 % des émissions en 2019. Aucun Français ne peut pourtant dormir à l’abri et rejoindre les lieux de vie sans se servir de ces secteurs très consommateurs d’énergie. Il faut chauffer ou refroidir des bureaux la journée, cuisiner ou se divertir le soir et se déplacer, parfois entre des lieux très éloignés. Au 1er janvier 2021, la France comptait 37,2 millions de logements pour environ 4 millions de mètres carrés de bureau, sans compter les commerces, les musées ou bâtiments publics. Les Français privilégient encore largement la voiture pour rejoindre leur travail. Sur les 38,3 millions de véhicules en circulation en 2022, moins de 1 % fonctionnaient avec une batterie électrique. L’été, dans les métros parisiens, le mercure dépasse parfois les 50 degrés entre les usagers entassés.

Atténuer les émissions de ces deux mastodontes de la vie quotidienne n’a rien d’évident. Jean Carassus, professeur à l'École des Ponts ParisTech, montre l'ampleur de la tâche : "Entre 1990 et 2015, en vingt-cinq ans, les émissions du secteur des bâtiments ont diminué de 4 %. Pour atteindre la décarbonation en 2050, elles doivent diminuer de 49 % entre 2015 et 2030." Or, pour l’instant, la baisse des émissions du secteur du bâtiment reste trop timide, alerte le Haut Conseil pour le Climat. "Les politiques d’adaptation souffrent d’un manque d’objectifs stratégiques, de moyens et de suivi", insiste l’autorité indépendante. Entre 1994 et 2019, les GES émis par les transports ont progressé de 2,7 %, alors que tous les autres secteurs ont réduit les leurs. 

S’adapter au réchauffement climatique semble plus simple. Quelques petits gestes pourraient soulager nos organismes.

Adapter la taille des logements aux occupants

Construire 500 000 nouveaux logements par an. En France, cet impératif fait l’unanimité : remplacer des logements vétustes où loger de nouveaux habitants. Mais pour The Shift Project, il faut prioriser la rénovation énergétique, moins émettrice de CO2 que la construction neuve. Rémi Babut, Chef de projet logement du think tank en faveur d'une économie libérée de la contrainte carbone, reconnaît que la tâche s’annonce compliquée : "La majorité des 58 % de Français propriétaires ne cherchent pas à limiter l’empreinte carbone de leur logement. Les bailleurs sociaux font en revanche beaucoup d’effort." L’ancien ingénieur en bâtiment enjoint l’État et les collectivités locales à prendre leurs responsabilités : "Il faudrait multiplier les types de réponses aux demandes de rénovation pour que les différentes situations trouvent leur accompagnement financier. La région Île-de-France donne un mauvais signal en réorientant l’activité d’IDF Énergies, destiné aux rénovations des copropriétés, vers le tertiaire. Il faudrait augmenter les obligations à contribuer aux fonds travaux."

The Shift Project regrette que les futurs propriétaires n’aient pas suffisamment d’informations au moment d’acheter leur logement : "Le diagnostic de performance énergétique (DPE) commence à donner des informations qualitatives sur le confort d’été (ventilation, inertie). Mais il ne dit rien sur l’état des sols ou les risques d’inondation. Seuls les logements neufs disposent d’un carnet d’information obligatoire (coffre-fort numérique)", commente Rémi Babut.

En attendant la nécessaire rénovation d’un million de logements par an, The Shift Project suggère d’adapter la taille des logements aux occupants. "Notre parc de logement n’a pas un taux d’occupation optimal", commente Rémi Babut. Les chiffres du logement, publiés par le ministère de la Transition écologique, montrent que 10 % des logements se trouvent suroccupés, environ la même proportion de logements "normalement occupés" et environ 4 logements sur 5 sous occupés. "Il s’agit de résidences secondaires, logements vacants ou d’habitations trop grandes pour les occupants (plus d’une pièce par personne). Cette situation survient lorsque les enfants quittent le cocon familial", ajoute le consultant qui déplore un manque de roulement. Moralité, l’État doit construire davantage de nouveaux logements pour s’adapter à l’émergence de familles.

Le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) conseille de repeindre les bâtiments dans des couleurs très claires. Les surfaces blanches renvoient jusqu’à 90 % des rayons du soleil et absorbent moins la chaleur. Les propriétaires pourraient enfin partager des outils ou gros électroménagers. "Dans beaucoup de villes, on trouve des laveries pour le linge. Il existe des chambres d’amis partagés entre plusieurs personnes", confirme Rémi Babut. Des acteurs réfléchissent à de nouvelles structures de cohabitation, pièces partagées et autres infrastructures collectives.

Transports collectifs et individuels : quelles mesures ?

Les réseaux de transport (routiers, ferrés, portuaires, maritimes, aéroportuaires, etc.), restent au cœur de la vie des territoires. Ils font face à de nombreux aléas climatiques : route coupée par un éboulement en montagne, port envahi par les eaux, rails de train déformés par la chaleur… En juin 2019, en pleine canicule, Élisabeth Borne admettait que "notre réseau ferroviaire n’a pas été conçu dans la perspective de telles températures". La ministre chargée des Transports de l’époque recommandait à ceux qui le pouvaient de reporter leurs déplacements. Des "feux de talus, causés par des étincelles créées par le frottement des roues des trains sur les rails lors d’un freinage", peuvent interrompre la circulation des trains, précise la SNCF. Si la température extérieure grimpe à 37 °C, celle du rail peut dépasser les 55°. Le rail se compose à 95 % d’acier, un matériau sensible aux variations de température. Quand il chauffe, il se dilate et s’allonge. "La caténaire, composée de cuivre, se détend également lorsqu’il fait très chaud. Elle risque de s’arracher", note encore la SNCF. Réduire la vitesse des trains devient alors la seule solution pour continuer à rouler en toute sécurité. À Paris, la RATP a réduit l’été dernier la vitesse de certains RER, métros et tramways circulant à l’air libre. Sur les lignes A et B, par exemple, les RER ont roulé à 60 km/h maximum au lieu de 100 km/h habituellement. La RATP dit avoir "bien conscience de la gêne occasionnée pour les usagers", mais assume ces mesures "exceptionnelles" : "Une diminution de la vitesse pendant deux heures [de 15 h 30 à 17 h 30] sur l’ensemble de l’épisode caniculaire reste très raisonnable."

Si vous ne pouvez pas vous en passer, partagez votre voiture. Trouvez dans votre entreprise, dans votre immeuble ou même dans votre quartier des voyageurs qui cherchent à réaliser peu ou prou le même trajet. Entretenez votre voiture (vérifiez régulièrement vos freins notamment), optez pour une voiture légère et adoptez l’écoconduite. Le principe, mettre en place différents réflexes qui pourraient réduire jusqu’à 15 % votre consommation de carburant : diminuer votre vitesse, limiter votre climatisation, vérifier la pression des pneus, vider votre coffre… 72 % des Français continuent à se servir de leur voiture quotidiennement. Plus de la moitié des trajets effectués ne dépassent pas les 5 km. L’Agence de la transition écologique (Ademe) recommande de les effectuer à vélo ou à pied.

La question des émissions de CO2 dans le domaine du tourisme est enfin un sujet qui peut soulever une question. Avec 8 % des émissions mondiales, c’est l’un des secteurs qui émettent le plus GES avec une troisième place derrière le logement et les transports, deux secteurs dont dépend le tourisme, sans parler de celui de l’alimentation. Là encore, difficile de limiter les déplacements de chacun, mais on peut recommander d’adopter des pratiques qui tendent à réduire son impact carbone : par exemple, partir loin et plus longtemps ou regarder aussi des destinations un peu plus proches de son domicile. La prise de conscience que chacun peut à sa manière limiter les émissions de GES est déjà un pas en avant.

Appel à projets !

Comme chaque année, Entreprises pour l’Environnement (EpE), TF1/LCI et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de 19 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables". Visant à limiter les impacts du changement climatique et les dommages associés, l’adaptation doit être sobre et durable, afin de répondre aux enjeux climat, ressources et biodiversité. Entre l’autonomie ou la transformation d’un système, les avis de toutes les parties prenantes sont nombreux et diversifiés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Envoyez vos idées inédites ou solutions concrètes pour concilier transition écologique et technologies : prix.epe-lci@epe-asso.org. Dépôt des dossiers jusqu’au 20 mars 2022. 

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié.


Geoffrey LOPES

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