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Le "plan eau" présenté ce jeudi par Emmanuel Macron : 4 questions pour en comprendre les enjeux

Publié le 29 mars 2023 à 17h28, mis à jour le 30 mars 2023 à 9h24
JT Perso

Source : JT 20h WE

Le gouvernement va présenter, jeudi, son plan pour améliorer la gestion de l'eau.
Un document qui doit permettre de mieux aborder les difficultés engendrées par les sécheresses et le réchauffement climatique.
Alors que seules 44% des masses d'eau de l'Hexagone sont en bon état écologique.

C'est un document très attendu en France, touchée à l'été 2022 par une sécheresse historique, suivie d'une importante sécheresse hivernale. Une situation qui a remis la gestion de l'eau au cœur des débats, provoquant de vives tensions dans l'Hexagone, dont le point culminant a été atteint lors des manifestations contre les méga-bassines de Sainte-Soline où des affrontements entre des militants écologistes et les forces de l'ordre ont fait de nombreux blessés.

C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron présentera le plan Eau du gouvernement, jeudi à Savines-le-Lac dans les Hautes-Alpes, a annoncé l'Élysée. "Avec le changement climatique, le cycle de l’eau en France a connu d’importantes modifications au cours des dernières décennies", souligne le communiqué, citant notamment la diminution du niveau des nappes phréatiques et le changement du rythme des pluies. TF1info fait le point sur les enjeux autour de cette ressource devenue hautement stratégique.

Quel est l'impact du changement climatique ?

C'est le premier enjeu de ce plan Eau. Selon les experts du climat, dans les prochaines décennies, la France connaîtra entre "moins 10 et moins 40% de disponibilité en eau" en raison du changement climatique lié aux activités humaines. Une situation qui oblige le pays à "penser une sobriété dans l'eau", avait rappelé Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique en janvier dernier. Le plan présenté jeudi va donc "s'occuper de quantité - comment on fait avec moins" et de "qualité - on n'a que 44% des masses d'eau en France qui sont en bon état écologique".

Une nouvelle gouvernance indispensable alors qu'en février, 80% des nappes souterraines de métropole affichaient des niveaux inférieurs à la normale, selon les données du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), contre moins de 50% en février 2022. Une tendance qui devrait se confirmer dans les années à venir avec un rallongement du temps de rechargement de ces nappes souterraines et la multiplication des sécheresses, anomalies qui ne sont plus des événements isolés, mais se répètent à plus brève échéance et avec davantage d'intensité, illustrant les prévisions du Giec sur les conséquences du réchauffement climatique dû à nos émissions de gaz à effet de serre.

Dans leur 6e synthèse, les experts climat de l'ONU, ont d'ailleurs averti que "les années les plus chaudes que nous avons vécues jusqu'à présent seront parmi les plus fraîches d'ici à une génération", entraînant plus de canicules, plus de sécheresse, un assèchement des sols et une évapotranspiration plus importante de l'eau. Face à ces alertes, les associations de défense de l'environnement espèrent qu'Emmanuel Macron confirmera, jeudi, un engagement pris par son gouvernement en 2019 aux Assises de l'eau : diminuer les prélèvements dans les milieux, les nappes, les lacs, les rivières de 10% d'ici 2025 et de 25% d'ici 2035, soit plus de 3 puis 8 milliards de mètres cubes d'eau douce d'économies à trouver.

L'agriculture va-t-elle devoir faire sa grande révolution ?

Dans ce contexte, la tension monte en France autour de l'utilisation de la ressource en eau, et notamment dans le secteur agricole. Les violences et tensions autour des méga-bassines, particulièrement dans les Deux-Sèvres, n'en sont qu'un exemple parmi d'autres, alors que les militants écologistes et une partie du secteur accusent l'agriculture intensive d'accaparer ce précieux liquide. Il faut dire que l'activité est particulièrement consommatrice d'eau. 

Selon les chiffres publiés par le gouvernement, les prélèvements en eau douce en France ont représenté environ 33,5 milliards de m3 par an, soit "15% de la pluie efficace" sur la période 2008 - 2018. Si l'industrie représente 59% des prélèvements, elle en rejette une grande partie dans la nature, lui permettant de contrebalancer ses usages. À l'inverse de l'agriculture, qui consomme presque toute l'eau qu'elle prélève, et représente 45% de la consommation d'eau en France. Son impact est particulièrement important en été, où elle peut représenter jusqu'à 80% de l'eau consommée. 

Le gouvernement doit ainsi trouver des solutions pour ce secteur alors que plus de 40% des volumes de l’irrigation sont concentrés sur la culture du maïs à grains et semences, 20% sur le blé, 7% sur le maïs et les fourrages, 7% sur les légumes frais, 6% sur les vergers et 2% sur les vignes. D'où la volonté du gouvernement de "tendre vers un système plus sobre, plus résilient et mieux concerté", selon le communiqué de la présidence. Des investissements importants pourraient être annoncés jeudi pour aider le secteur à opérer un important virage vers une meilleure utilisation de l'eau.

Quid des usages et du gaspillage ?

Le gouvernement souhaite également revoir son système de gouvernance "parce qu'on a aujourd'hui un système assez kafkaïen sur la gestion", avait alerté Christophe Béchu en janvier. Au cœur de la réflexion, la réglementation sur les forages qui permettent aujourd'hui "de forer et de prendre des milliers de mètres cubes avec parfois très peu d'autorisation". Un moyen de lutter contre les gaspillages de la précieuse ressource, une autre thématique particulièrement présente dans les réflexions du gouvernement.

Car actuellement en France, environ un litre d'eau potable sur cinq part dans des fuites, voire un litre sur deux dans certains territoires. Au global, on estime que 20% des eaux produites disparaissent dans les sous-sols avant d'atteindre un robinet. En cause : des réseaux vétustes et fuyards dont on ne rénove que 0,5% par an. Une situation qu'il va falloir améliorer dans un contexte où plusieurs départements français sont déjà soumis à des restrictions de l'utilisation de l'eau après le manque de précipitations de cet hiver.

Les eaux usées représentent-elles la solution miracle ?

Enfin, Emmanuel Macron doit annoncer des mesures pour augmenter le taux de réutilisation des eaux usées - les eaux grises - inférieure à 1% en France contre 8% en Italie, 14% en Espagne et même 85% en Israël. Des eaux qui étaient jusqu'à présent traitées et rejetées dans les rivières et la mer et étaient peu étudiées en raison de l'abondance de l'eau potable dans le pays, utilisée sans restriction pour laver sa voiture, arroser son jardon ou tirer la chasse. Mais aujourd'hui, les signaux virent au rouge et ces eaux grises deviennent un enjeu de taille.

Toutefois, la France manque d'équipements pour les récupérer et les rendre utilisables pour l'agriculture, l'arrosage des espaces verts ou le nettoyage urbain. Pour pouvoir miser sur ces eaux usées, il faudra donc un effort d'investissement important, notamment pour construire des canalisations permettant d'acheminer le précieux liquide nettoyé dans les zones où il est nécessaire. Dans les logements des Français, cela demande également la mise en place d'un double circuit d'eau, avec celle potable et celle recyclée, qui ne peut être utilisée que pour des usages non alimentaires. 

Le gouvernement doit aussi faire sauter quelques verrous réglementaires pour pouvoir développer ces eaux grises : pour le moment, leur utilisation pour la chasse d'eau est par exemple interdite pour des raisons de sécurité sanitaire. Mais pour trouver la solution, Paris peut s'appuyer sur ce qu'il se fait déjà à l'étranger. À Singapour, l'un des territoires les plus touchés par le stress hydrique à travers le monde, le gouvernement recycle déjà ses eaux usées pour pallier le manque d'eau potable durant la saison sèche.

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Des enjeux auxquels le gouvernement va devoir répondre jeudi s'il veut éviter que la France ne vienne à manquer d'eau dans les années à venir. Car si pour le moment son approvisionnement n'est pas menacé, il ne pourra se poursuivre de façon sereine qu'avec des politiques visant à mieux réguler les usages d'une ressource longtemps considérée comme inépuisable dans l'Hexagone. En mars, déjà, la Cour des comptes avait épinglé la politique de Paris, dénonçant une "organisation inadaptée aux enjeux de la gestion quantitative de l’eau". En 2020, la filière française de l'eau avait chiffré à 17 milliards d'euros l'investissement nécessaire dans le secteur sur cinq ans pour anticiper le réchauffement climatique.


Annick BERGER

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