Comment s’adapter au changement climatique ?

Publié le 8 février 2023 à 8h30

Source : JT 20h Semaine

Inondations, sècheresses, tornades… Les climatologues assurent que les catastrophes naturelles se feront de plus en plus nombreuses et destructrices à travers le monde.
Nous devons adapter notre comportement et notre environnement pour éviter d’en subir les lourdes conséquences.
Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, TF1 INFO vous éclaire pendant un mois autour de la thématique : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables ?"

Une comète géante fonce à toute vitesse vers la Terre et menace de la détruire. Le pitch de "Don’t Look Up, déni cosmique", devenu le 2e film le plus vu de l’histoire de Netflix, ne laisse pas la place à l’interprétation : les astronomes avertissent une population qui ne les croit pas. Si la réalité nous préserve de cette bombe spatiale, les climatologues considèrent comme manifeste cette satire du réchauffement climatique.

Impossible de leur donner tort. Une très forte mousson a englouti une grande partie du Pakistan l’été dernier. L’ouragan Ian, avec des rafales de vent allant jusqu’à 250 km/h, a balayé la Floride en septembre. Une sécheresse sans précédent a étouffé l’Europe entière tandis que de fortes tempêtes de grêle ont détruit de nombreuses cultures agricoles autour de la Méditerranée. Au total, en 2022, le réassureur allemand Munich Re dénombre 11 000 morts et évalue les pertes matérielles à 270 milliards de dollars dans le monde. Résultat, partout, des bâtiments et infrastructures publiques anéantis, des récoltes disparues, des commerçants démunis et des familles jetées sur les routes migratoires pour fuir des zones entières dévastées.

Autant de données anxiogènes qui ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC) certifie dans ses rapports que l’Homme est désormais le premier responsable de la très forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette concentration de gaz nocifs accélère le réchauffement, la fonte des neiges, l’acidification des océans ou encore génère de violentes tempêtes. Quoi qu’il arrive, les événements climatiques extrêmes vont se multiplier. Tous les ans, à l’occasion des Conférences des parties (COP), le monde entier tente donc de s’accorder pour réduire nos émissions de GES et atténuer ce réchauffement. Mais il faut surtout s’adapter. Préserver la santé de la population et des animaux, préserver les cultures maraîchères, solidifier les réseaux ferrés ou encore protéger les villes en développant des îlots de fraîcheur et de nouvelles canalisations.

Atténuer ou s’adapter au réchauffement climatique, qu’est-ce que ça signifie ?

La transition climatique s’appuie sur deux piliers fondamentaux : atténuer nos émissions de GES pour limiter l’ampleur du changement climatique et s’adapter en réduisant notre vulnérabilité aux impacts climatique. Le climatologue italien Filippo Giorgi ne pouvait pas trouver une meilleure formule : les politiques d’atténuation visent à "éviter l’ingérable", tandis que les politiques d’adaptation consistent à "gérer l’inévitable". Dans le premier cas, il s’agit de trouver des solutions techniques pour voyager, produire, consommer ou se chauffer en baissant drastiquement nos émissions de GES. Dans le second, il faut anticiper, prévenir les désastres climatiques, protéger la biodiversité et identifier les problèmes directement posés par le réchauffement sur les différents territoires.

Faut-il privilégier l’un sur l’autre ?

En France, depuis 2001, l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC) guide les décisions du gouvernement. Marie Carrega, adjointe du Secrétaire général de l'ONERC, regrette que l’adaptation reste en déficit de notoriété, même si elle note du progrès : "Les rapports temporels et géographiques du GIEC donnent un horizon lointain à la population. Lorsque notre équipe allait dans le Nord de la France, les personnes que nous rencontrions ne comprenaient pas ce qu’un ou deux degrés de plus allait changer. La répétition des événements climatiques et les victimes directes de plus en plus nombreuses font réagir, les personnes se rendent compte que ce n’est pas normal." L’ingénieure environnement de formation reconnaît qu’il faut encore progresser sur le chemin de l’adaptation.

Aujourd’hui, l’État s’attache à atténuer et à s’adapter de conserve. "Il y a encore quelques années, l’adaptation avait mauvaise réputation : on disait que s’adapter, c’est renoncer à limiter les émissions de GES et laisser filer le réchauffement", se souvient Marie Carrega. Atténuer et s’adapter mobilisent  les mêmes canaux de politique publique. La représentante de l’État assure que les deux actions demeurent aussi importantes l’une que l’autre et qu’au ministère, ses représentants échangent en permanence. "Nous devons atténuer sinon nous ne pourrons pas nous adapter. Or, même si nous limitons nos émissions, nous aurons quand même des impacts. Par exemple, nous protégeons la forêt et l’adaptons aux fortes chaleurs. Son puits de carbone contribue à atténuer ce réchauffement."

Comment s’adapter ?

Si l’atténuation du réchauffement ne dépend pas de nous, l’adaptation nous fait jouer un rôle majeur. Pour atténuer, il faut organiser des politiques globales. Pire, chaque région du monde reste interdépendante des autres si elle compte progresser. S’adapter suppose en revanche de comprendre le territoire sur lequel on se trouve et donne les clés à chacun de nous. Dans son dernier rapport, l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) se réjouit que les experts identifient des solutions pour s’adapter. Il s’agit essentiellement de "solutions qui relèvent plutôt du bon sens sans forcément y ajouter de la technologie. Mettre des volets aux fenêtres, par exemple." Partout en France, les initiatives se multiplient pour se défendre contre le recul du trait de côte, les dômes de chaleur en ville ou la fonte des neiges en montagne. Le rapport cite l’exemple de la métropole nantaise dont le plan local d’urbanisme prend en compte depuis plusieurs années le risque inondable. "Pour avancer encore plus vite, il faudrait mettre en place un réflexe adaptation pour toutes les politiques à tous les niveaux hiérarchiques. Il faut systématiquement se poser la question des conséquences du climat futur sur les activités", conclut le rapport.

Concrètement, il faut adapter nos infrastructures et nos modes de production au climat à venir : végétaliser les villes, isoler les logements non plus seulement du froid, mais aussi de la chaleur, protéger les réseaux de transport et d’énergie contre les canicules, stopper les constructions en zone inondable, déplacer les cultures agricoles, etc. Individuellement, nous pouvons également adapter notre mode de vie : verdir notre régime alimentaire, nos déplacements, nos loisirs ou nos vacances. Objectif, anticiper d’éventuelles catastrophes climatiques et sensibiliser les citoyens pour les entraîner dans ce mouvement. Beaucoup de petits gestes qui peuvent rapidement se traduire par du concret : depuis la communication du gouvernement pour faire baisser notre consommation de gaz et d’électricité, démarrée à l’automne, l’agence de la maîtrise de l’énergie enregistre une chute de 11,2 % d’utilisation du gaz entre août et janvier par rapport à 2018-2019.

Attention à la mal-adaptation

Les personnes handicapées ou fragiles ne peuvent pas gérer l’urgence. Les assureurs risquent de ne plus indemniser les désastres trop coûteux. Nos systèmes de santé s’exposent à des problèmes sanitaires sans précédent impossible à gérer. Nos terres pourraient manquer d’eau pour faire pousser certaines semences. Autant de raisons qui nous obligent à nous adapter, en limitant nos gaz à effet de serre. Les chercheurs préviennent que certains choix d'adaptation peuvent mener à des consommations massives d'énergie (généralisation de la climatisation, dessalement de l'eau de mer, déploiement de canon à neige…) Vincent Viguié, économiste spécialiste du changement climatique, déplore que ces mauvaises adaptations fassent "courir le risque d'un cercle vicieux dans lequel le changement climatique contribue lui-même à la hausse des émissions".

Plusieurs vidéos du ministère de l’Écologie, intitulées "Chez nous aussi le climat change", donnent aux Français un bon aperçu des impacts de l’augmentation progressive des températures. Marie Carrega constate qu’elles intéressent : "Elles durent une vingtaine de minutes, mais les internautes les regardent jusqu’au bout. On est sur un fil mais on doit proposer des solutions. C’est sans doute la fin d’un monde, mais pas la fin du monde. À nous de le transformer collectivement".

Appel à projets !

Comme chaque année, Entreprises pour l’Environnement (EpE), TF1/LCI et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de 19 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "Relever le défi de l’adaptation au changement climatique : quelles solutions sobres et durables". Visant à limiter les impacts du changement climatique et les dommages associés, l’adaptation doit être sobre et durable, afin de répondre aux enjeux climat, ressources et biodiversité. Entre l’autonomie ou la transformation d’un système, les avis de toutes les parties prenantes sont nombreux et diversifiés. Et vous, qu’en pensez-vous ? Envoyez vos idées inédites ou solutions concrètes pour concilier transition écologique et technologies : prix.epe-lci@epe-asso.org. Dépôt des dossiers jusqu’au 20 mars 2022. 

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié.


Geoffrey LOPES

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