Dans un rapport dévoilé par TF1, les experts du Cerema ont étudié les conséquences du recul du trait de cote sur le littoral français.
Trois échéances de temps ont été choisies : 2028, 2050 et 2100, avec, à chaque fois, le nombre de bâtiments menacés.
Dans le scénario 2100, basé sur une absence d'action pour préserver la côte et lutter contre le changement climatique, 450 000 logements sont concernés.

Pour s'adapter aux conséquences du changement climatique, encore faut-il savoir ce qui nous attend. C'est l'objet des rapports et des cartes élaborés par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema) dévoilés ce jeudi par TF1.  Les experts se sont penchés sur l'évolution du littoral français, dont le visage est modifié par l'érosion côtière. Selon le cabinet du ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, invité du JT de 20H, on parle de 74km² en moins d'ici à 2050, soit l'équivalent de 10.000 terrains de football. Toujours selon la même source, en 2100, ce sont 6100km² qui disparaîtraient, soit près de 870.000 terrains de football.  

Les chercheurs du Cerema ont donc établi trois scénarios : "Nous avons pris en compte le recul chronique du trait de côte, basé sur celui observé depuis cinquante ans grâce à notre indicateur national de l'érosion côtière, explique François Hédou, qui a coordonné ce travail. Mais nous avons aussi pris en compte le recul événementiel : c'est par exemple un recul brutal du trait de côte d'une vingtaine de mètres après une grosse tempête ou le recul d'une falaise."

À ce double recul s'ajoutent l'élévation du niveau de la mer, conséquence du changement climatique, qui va accroître le phénomène de recul ainsi que l'envahissement progressif par la mer des zones basses du littoral. Les ouvrages, type digues, influencent aussi l'évolution du "trait de côte", c'est-à-dire la limite entre la terre et la mer : tant qu'ils sont en bon état, ils empêchent son recul, mais s'ils connaissent des défaillances, ils peuvent participer à la modification du littoral. 

Dans le travail du Cerema, trois échéances de temps ont été retenues : 2028, 2050 et 2100. À chaque fois, elles reposent sur des scénarios différents. Ainsi, 2028 constitue une estimation des bâtiments touchés dans une bande de 5 mètres du littoral en prenant en compte les reculs chronique et événementiel. Dans cinq ans, un millier de bâtiments seront menacés pour une valeur vénale de 240 millions d'euros (seule est prise en compte la valeur des murs, pas celle des fonds de commerce par exemple). 

EN 2028

Les zones du littoral menacées en 2028
Les zones du littoral menacées en 2028 - Cerema

En 2028, les zones les plus exposées sont la Corse, les Pyrénées-Atlantiques, le Var, le Calvados, la Seine-Maritime, la Somme, la Martinique et la Guadeloupe.

Dans le détail, on obtient : 

- 528 logements, dont la moitié sont des résidences secondaires (valeur 167 millions d'euros)

- 340 bâtiments d'annexe

- 191 bâtiments d'activité dont 75 établissements de plage et 90 hôtels, restaurants ou villages vacances.

"Ces bâtiments sont proches de la zone de recul, explique François Hédou. C'est un scénario maximaliste : tous ne partiront pas à la mer". Car dans ce modèle, les experts ne savent dire s'il y aura d'ici à 2028 beaucoup ou peu de tempêtes, plus ou moins violentes. Or, ces phénomènes et leur fréquence influenceront fortement sur le visage du littoral en 2028.

EN 2050

Le littoral français en 2050
Le littoral français en 2050 - Cerema

En 2050, le scénario, jugé "vraisemblable", repose sur une hausse d'un mètre du niveau de la mer. Une estimation cohérente avec les scénarios du Giec, qui intègre la poursuite tendancielle du recul du trait de côte. "Il repose aussi sur la conservation de tous les ouvrages de protection du littoral", précise Julia Jordan, directrice adjointe des activités "Risques, eaux, mer" au Cerema. La France compte 16 000 ouvrages (murs, digues, murs de soutènement) disposés le long de 1 200 kilomètres de côte au total.

Dans ce scénario, 5 200 logements sont menacés dont 2 000 résidences secondaires (1,1 milliard d'euros).

- 1400 locaux d'activités, surtout des bureaux et des commerces.

- 117 campings, dont une quinzaine seront impactés sur plus de 10% de leur surface 

- 100 bâtiments publics

- 16 kilomètres cumulés de routes structurantes (avec 200 coupures) et 0,5 km de voies ferrées (13 coupures).

EN 2100

Cerema

Puis, vient le scénario 2100, qualifié de "scénario de l'inaction", et volontairement choisi tel quel par les pouvoirs publics pour inciter à l'action. "Il repose sur la disparition complète des structures de défense côtière et sur l'inondation progressive de toutes les zones topographiquement basses du littoral", peut-on lire dans le rapport.

- 450 000 logements (86 milliards d'euros) dont 290 000 résidences principales et 100 000 résidences secondaires.

- 55 000 locaux d'activité 

- Près de 1000 campings (dont 640 impactés à plus de 25% de leur surface)

- 10 000 bâtiments publics

- 1800 kilomètres cumulés de route structurante et 240 kilomètres de voies ferrées.

Sur les campings, trois départements - la Vendée, la Charente-Maritime et l’Hérault -, compteraient chacun plus de 100 sites affectés. "Au niveau national, cela représenterait près de 2 300 hectares de campings potentiellement impactés, correspondant à une atteinte moyenne de 47 % de la superficie totale de ces campings, lit-on dans le rapport. Dans ce scénario, 413 campings seraient atteints à plus de 80 % de leur surface."

Dans les Outre-mer

La situation dans les départements et territoires d'outre-mer est différente selon qu'ils soient plus ou moins protégés par leur relief, les mangroves, les barrières de corail (Guadeloupe, Martinique, La Réunion) ou qu'ils soient menacés par la présence de longs bancs de vase (la Guyane). Mais des dizaines de logements sont menacés en raison de la proximité de nombre d'entre eux avec la mer, notamment en Guadeloupe qui est l'un des trois départements les plus concernés à l'horizon 2050. Ainsi, la proportion de logements impactée en outre-mer est de 23 % en 2050 et de 4,5 % en 2100.

Quel impact là où vous habitez ?

Les résultats de ces études sont consultables de façon interactive via une interface dans laquelle il vous est possible d'entrer le nom de votre commune. Une fois la localité renseignée, vous obtenez alors  l'impact très concret de l'érosion sur les habitations et les immeubles concernés.


Marianne ENAULT

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