La sphère climatosceptique ne cesse de prendre de l'ampleur sur Twitter.
Le mouvement français connait même un regain depuis l’été dernier.
Quitte à effacer la parole scientifique qui fait pourtant consensus.

"La fonte des glaciers ne date pas d’hier", "l’homme n’est pas responsable du réchauffement climatique", d’ailleurs "le réchauffement du climat existe-t-il vraiment ?". Voici ce qu’on peut lire de plus en plus sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter. Ces posts émanent de comptes climatosceptiques, des "climatorassuristes", qui visent à minimiser, voire à nier l’urgence climatique actuelle. 

Nous le racontions l’été dernier, ce mouvement repose sur une base traditionnelle d’élus ou de scientifiques allant à l’encontre du consensus scientifique sur le réchauffement climatique. Le géochimiste et ancien ministre Claude Allègre a par exemple contribué à propager ce discours dès les années 2010. Mais ce mouvement s’est depuis agrégé d’internautes antisystèmes, versant dans le conspirationnisme. 

Les "anti-tout" en pleine reconversion

"À partir du Covid, nous sommes entrés dans un scénario fin du monde", date Fabrice Epelboin, entrepreneur et spécialiste des réseaux sociaux. "Pour la plupart, ce sont des gens qui ne veulent pas regarder la météorite qui tombe. Pour cela, ils se réfugient dans une explication alternative du monde qui est rassurante." 

Docteur en agrométéorologie et animateur d'un compte à 60.000 abonnés, Serge Zaka se frotte régulièrement à ces internautes. Jusqu’à engager un "débat" avec l’un des meneurs du mouvement covidosceptique, aujourd’hui spécialisé dans le climatoscepticisme : Silvano Trotta et ses plus de 100.000 abonnés. "Les antivax, c’est la catégorie des anti-tout qui se reconvertissent pour garder de la visibilité, du trafic", résume Serge Zaka.

Leur mue s’est opérée depuis plusieurs mois et s’illustre dans le choix des mots. "La dictature sanitaire est remplacée par la dictature climatique, des termes comme 'confinement' sont transposés pour devenir des 'confinements climatiques' et on a même cette rumeur d'un 'pass climatique'", soulignait Tristan Mendès France au sujet de l’application Ecowatt, devenue la nouvelle bête noire du mouvement

Une série de tweets consistant à décrédibiliser le GIEC, cette entité indépendante de chercheurs travaillant sur le climat depuis plus de 30 ans
Une série de tweets consistant à décrédibiliser le GIEC, cette entité indépendante de chercheurs travaillant sur le climat depuis plus de 30 ans - Twitter (capture écran)

Un constat partagé par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui a récemment dressé le portrait-robot de ces climatosceptiques, rebaptisés à cette occasion les "dénialistes". Après avoir analysé 400 millions de tweets entre janvier 2021 et décembre 2022, ces quatre chercheurs en ont déduit que cette communauté française était "composée majoritairement de comptes ayant participé à de nombreuses campagnes de contestation antisystème/antivax pendant la pandémie" et servant beaucoup la propagande du Kremlin depuis l'invasion de l'Ukraine. 

Sur Twitter, nous sommes tombés sur un compte cochant toutes ces cases : le profil complotiste "Réseau International" (25.000 abonnés), d'habitude en veille sur les vaccins et la géopolitique et qui publie désormais des contenus niant la réalité du réchauffement climatique. 

Sur le compte Twitter "Réseau International", des publications visant à nier le réchauffement du climat sont régulièrement publiées
Sur le compte Twitter "Réseau International", des publications visant à nier le réchauffement du climat sont régulièrement publiées - Twitter (capture écran)

Parmi ces "dénialistes" du climat, certains ne sont pas réels. 4% des échanges passés au crible par les chercheurs du CNRS proviendraient de robots et seraient très actifs dans les campagnes d’astro-surfing, consistant à relayer en masse le même message et à gonfler artificiellement une tendance de fond sur Twitter. Serge Zaka l’a constaté de ses propres yeux l’été dernier, au moment du premier épisode de canicule en juin. C'est là que des centaines de comptes ont commencé à affluer sur son profil. "Les phrases et les arguments étaient les mêmes" d’un tweet à l’autre. Si le mouvement climatosceptique vivote depuis un moment en ligne, il s’est bien structuré au cours de l’été 2022 et de ses canicules à répétition. 

Une explosion au cours de l'été 2022

Pour minimiser les températures exceptionnelles, des opérations de désinformation sont alors menées, avec des comparatifs de cartes météo partagées, commentées… et relevant du montage trompeur. À l’inverse, chaque vague de froid est vécue comme une nouvelle preuve que la planète ne se réchauffe pas. Comme le fait qu'il neige en Arabie Saoudite, par exemple. Une stratégie qui consiste à confondre météo et climat et qui est utilisée volontairement depuis des années par les climatosceptiques.

Il apparait cependant que le mouvement français n’est pas encore autonome et qu’il s’inspire beaucoup ailleurs. "La plupart des comptes climatosceptiques sont des comptes relais d’informations de climatosceptiques américains", souligne Serge Zaka. "Ce sont des marionnettes, contrairement à mes collègues et moi qui produisons de l’information. Eux ne savent pas de quoi ils parlent puisqu’ils ne font que relayer des absurdités." Derrière la communauté de gros comptes comme celui de Silvano Trotta, une grande partie serait relativement inerte, avec beaucoup de vues mais peu de likes et de partages. 

Le score d’inauthenticité de la communauté dénialiste connaît une croissance accélérée à partir de février 2022 pour dépasser de +180% celui de la communauté GIEC.
Le score d’inauthenticité de la communauté dénialiste connaît une croissance accélérée à partir de février 2022 pour dépasser de +180% celui de la communauté GIEC. - ISC-PIF/Climatoscope

Mais les climatosceptiques font des remous et parviennent à attirer l’attention. C'est d'ailleurs tout leur objectif. Selon l’étude du CNRS, il apparait que cette communauté "produit ou relaie 3,5 fois plus de messages toxiques (insultes, attaques, menaces, ndlr) que la communauté GIEC". "La parole scientifique s’est effondrée avec le covid, la presse n’est pas crédible", pointe Fabrice Epelboin, laissant alors le champ libre à la désinformation sur le climat. Pour Serge Zaka, l’un des dangers à terme serait que "les climatologues se fatiguent et n’osent plus intervenir dans les médias". Une manière de réduire leur parole au silence. Lui n'a jamais été autant sollicité que ces derniers mois. 

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Caroline QUEVRAIN

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