Sécheresse : 2022, une année historique

Pourquoi l'Isère et la Bretagne sont à leur tour confrontées aux incendies

Idèr Nabili
Publié le 8 août 2022 à 13h33, mis à jour le 8 août 2022 à 13h44
JT Perso

Source : JT 20h WE

Plusieurs centaines d'hectares sont partis en fumée dans des incendies en Bretagne et en Isère.
Ces deux territoires sont pourtant habituellement épargnés par ces risques.
Sécheresse, équipement des forêts, absence de Canadairs à proximité... Plusieurs raisons expliquent la virulence des feux.

Ce sont des scènes habituellement réservées au sud de la France, qui s'installent depuis le début de l'été aux quatre coins du pays. Après un incendie dans les Monts d'Arrée, en Bretagne, en juillet, le feu a de nouveau pris ces derniers jours dans la région, ainsi qu'en Isère, deux territoires généralement épargnés par les flammes. Depuis vendredi, un incendie s'est déclaré dans le massif de la Chartreuse, au nord de Grenoble, tandis que plusieurs centaines d'hectares sont partis en fumée dans le Finistère et le Morbihan.

En cause, en premier lieu, la sécheresse historique que connaît la France. "Avec l'état généralisé de la sécheresse sur tout le territoire national, des départements historiquement peu concernés par le risque de feux de forêt le sont beaucoup plus cette année", explique à TF1info Christophe Chantepy, expert défense des forêts contre l'incendie à l'Office national des Forêts (ONF). Après un mois de juillet quasiment sans pluie, "la végétation est sèche partout, dans le sud comme dans les endroits septentrionaux".

Une réglementation pas si adaptée

Toutefois, "ce n'est pas l'état de sécheresse qui fait l'incendie", poursuit Christophe Chantepy, qui pointe les comportements des habitants. En Bretagne, en Isère, mais aussi dans les Deux-Sèvres ou en Dordogne, "la population est peut-être moins sensibilisée aux risques de feux de forêt que dans le sud lorsqu'elle fait des travaux, un barbecue, ou jette un mégot de cigarette", assure-t-il. "Ces actes involontaires étaient anodins il y a quelque temps sur une végétation humide, ils le sont beaucoup moins sur une végétation sèche."

La réglementation dans ces territoires n'est également pas la même. "Dans le sud de la France, il existe des réglementations pour imposer le débroussaillement aux abords des maisons et des routes : les obligations légales de débroussaillement", indique Christophe Chantepy. Ces zones sont souvent à l'origine des départs de feux, avant que ces derniers ne se propagent dans la forêt.

Des massifs forestiers difficilement accessibles pour les pompiers

L'équipement forestier est d'ailleurs, lui aussi, dans le viseur. "Dans le sud, il existe une politique de défense de la forêt contre l'incendie pour les massifs forestiers", continue l'expert de l'ONF. Ces derniers "sont équipés de voiries, pour que les pompiers puissent y accéder facilement, avec des points d'eau régulièrement répartis". Ce qui n'est pas le cas en Isère ou en Bretagne. "À ce niveau, les départements du sud de la France ont une grosse avance sur ceux situés plus au nord. Les pénétrations dans les massifs forestiers pour les pompiers sont ainsi rendues plus difficiles, les pistes n'ont pas été pensées pour cela et les points d'eau ne sont pas forcément installés."

Pour les sapeurs-pompiers de ces départements, la lutte contre des feux de forêt demeure également une activité inhabituelle. À tel point que les engins mobilisés pour venir à bout des flammes manquent. "Dans ces endroits, nous ne pouvons pas engager massivement des dizaines d'avions, des milliers de pompiers et des centaines de camions comme c'est le cas dans le sud de la France, ce serait beaucoup trop coûteux", estime Sébastien Lahaye, coordinateur de projets européens autour de la gestion des feux, au micro de franceinfo.

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"Si la France basait des Canadairs dans le Finistère, il y en aurait moins ailleurs", met-il en garde. "Ce n'est absolument pas une stratégie tenable."


Idèr Nabili

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