Fonds marins : une vingtaine de pays, dont la France, appellent à une "pause" pour éviter leur exploitation

par A. Lo.
Publié le 10 juillet 2023 à 18h24

Source : JT 20h Semaine

Depuis le 9 juillet, l'exploitation minière des fonds marins est théoriquement possible.
Mais l'impact d'une telle activité sur la biodiversité et l'équilibre des océans pourrait être catastrophique.
C'est pourquoi des pays, dont la France, tentent de se mobiliser pour faire interdire cette activité.

Les fonds marins regorgent de minerais et certains pays ne cachent pas leur volonté de s'en emparer. Alors que ces écosystèmes étaient jusque-là épargnés par toute forme d'exploitation, tout pourrait changer dans les mois à venir. Car ces zones hors des juridictions nationales pourraient faire l'objet d'une activité minière dès l'année prochaine. 

De lourds impacts sur les écosystèmes

En effet, ces espaces, classés "patrimoine commun de l'humanité", étaient jusque-là protégés et les activités liées aux minerais qui s'y trouvent régulées par l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM). Seuls des permis d'exploration étaient alors octroyés. Mais depuis le 9 juillet, des demandes d'exploitation minière peuvent également être déposées. 

La faute à Nauru, un petit État insulaire du Pacifique, qui a déclenché une clause, à l'été 2021, pour obtenir un code minier sous deux ans. Ce délai étant passé sans que la rédaction du code ait été achevée, et faute de conditions réglementaires bien définies, l'État et l'entreprise Nori (Nauru Ocean Resources), filiale du Canadien The Metals Company, qu'il sponsorise, réclament le droit d'aller exploiter ces fonds marins et de débuter une activité minière en 2024.

Or les conséquences pour les fonds marins inquiètent ONG et scientifiques. Ceux-ci pointent du doigt la destruction directe d'habitats et d'espèces peut-être encore inconnus mais potentiellement capitaux pour les écosystèmes, le risque de perturber la capacité de l'océan à absorber le carbone émis par les activités humaines, ou le bruit brouillant les communications entre certains animaux comme les baleines. "Nous avons besoin d’océans en bonne santé pour un climat propice à la vie sur terre", rappelle ainsi Greenpeace dans une pétition à ce sujet.

Près de vingt États mobilisés

En mars, les 36 États membres du Conseil de l'AIFM, instance décisionnaire en matière de contrats, ont certes noté que l'exploitation commerciale "ne devrait pas avoir lieu" tant que le code minier n'est pas en place. Mais ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le processus d'examen d'une éventuelle demande ni sur l'interprétation précise de la clause déclenchée par Nauru. À nouveau réuni du 10 au 21 juillet, le Conseil doit parvenir à prendre une décision plus claire.

Par ailleurs, quatre pays, le Chili, la France, et les États insulaires du Pacifique Palau et Vanuatu, porteront pour la première fois le débat devant l'Assemblée des 167 États membres de l'Autorité, réunie du 24 au 28 juillet. Les pays devront alors discuter d'une éventuelle "pause de précaution" de l'exploitation minière. La demande est néanmoins loin de faire l'unanimité alors qu'elle rallie pour l'instant moins d'une vingtaine d'États.

Ce combat est une "question de crédibilité", a estimé auprès de l'AFP le secrétaire d'État à la Mer, Hervé Berville. L'exploitation des minerais dans les fonds marins viendraient effectivement en contradiction avec la récente adoption du premier traité pour protéger la haute mer. Les pays se sont par ailleurs fixés l'objectif de préserver 30% des terres et des océans d'ici 2030. "Une nouvelle menace pèse désormais sur l'Océan mais rien n'est inéluctable", notent également des ONG au sein d'une tribune publiée dans Les Echos, plaidant aussi pour un moratoire sur l'exploitation minière des fonds marins.


A. Lo.

Tout
TF1 Info