Le tribunal administratif de Melun a rejeté vendredi le recours déposé par Eau de Paris contre le projet de forage à Nonville.
Le juge a estimé que les travaux n'étant pas prévus avant mai 2025 - selon les affirmations de l'entreprise – il n'y avait pas de caractère d'urgence.
Les opposants craignent que ces puits ne viennent polluer la nappe phréatique qui alimente 180.000 franciliens.

Les opposants au projet de nouveaux forages en Seine-et-Marne ont perdu vendredi leur première bataille judiciaire. Le juge des référés du tribunal administratif de Melun a en effet rejeté le recours en référé-suspension déposé par Eau de Paris, l'établissement public chargé du prélèvement, du traitement et du transport de l'eau potable vers Paris.

Celui-ci visait à faire suspendre l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne autorisant le forage par l'entreprise Bridge Énergies de deux nouveaux puits sur la commune de Nonville. Mais le juge a estimé que cette demande n'était pas justifiée par une situation d'urgence. "Le juge des référés a relevé que les travaux de forage autorisés par l’arrêté du préfet de Seine-et-Marne ne seraient pas susceptibles de débuter avant le mois de mai 2025, en raison de l’indisponibilité actuelle d’une partie du matériel nécessaire à leur réalisation", précise le tribunal.

 "Les forages pétroliers à Nonville menacent les sources d'eau qui alimentent Paris et la Seine-et-Marne", a réagi auprès de TF1 Dan Lert, président d'Eau de Paris. "Notre objectif est l'abandon définitif du projet de forages pétroliers. Nous sommes déterminés à protéger nos captages d'eau potable."

Le chantier va-t-il vraiment attendre 2025 ?

Ce délai, s'il est réel, laisse en effet le temps à la justice administrative de se prononcer sur le fond du dossier. Mais les opposants, eux, craignent que les travaux ne débutent entre temps. Et redoutent une pollution de l'environnement et des nappes phréatiques. Selon Dan Lert, également adjoint chargé de la transition écologique auprès de la maire de Paris Anne Hidalgo, "ces nouveaux forages menacent l'approvisionnement en eau de 180.000 Seine-et-Marnais et Parisiens".

Ils sont en effet situés près des zones de captage pour l'approvisionnement en eau des deux zones et à proximité du Lunain, une rivière classée Natura 2000. En avril 2023, la Mission régionale de l'autorité environnementale d'Ile-de-France relevait, dans un avis, des risques "susceptibles de dégrader la qualité de l'eau"

Bridge Energies exploite déjà trois puits de pétrole à Nonville. Depuis longtemps, l'entreprise française, qui produisait, en 2021, 0,47% de la production nationale de pétrole (sur les 1% que représente la production française de pétrole pour la consommation nationale), cherche à s'agrandir. 

Pour Dan Lert, qui demande à l'exécutif d'annuler le décret d'autorisation, "le gouvernement sera comptable en cas d'accident grave de pollution sur cette zone".

Sur ce sujet, le ministre de l'Industrie Roland Lescure a défendu la semaine dernière le projet à l'Assemblée nationale. Interrogé par TF1, son collège de la Santé, Frédéric Valletoux, opposé au forage quand il était maire de Fontainebleau, avait partagé ses "réserves" avant d'atténuer ses propos.

"En tant que maire de Fontainebleau puis député, j'ai formulé à plusieurs reprises mes réserves et inquiétudes sur l'extension de la plateforme en cause au regard de l'impact environnemental et sanitaire pour le territoire, à l'unisson des maires de la commune concernée et des communes proches. C'est une conviction que j'avais en tant que député et que j'ai toujours en tant que ministre", nous avait-il déclaré. 

Puis il avait transmis cette déclaration à l'AFP quelques heures plus tard : "Depuis, la justice administrative s’est prononcée sur ce projet et l’a validé et le préfet prend au quotidien toutes les mesures pour encadrer ces travaux et garantir les intérêts de protection de l’environnement. Je me suis assuré que (...) l’Agence régionale de santé avait bien été consultée. Membre du gouvernement, je suis particulièrement soucieux du plein respect de la loi, ce qui est le cas avec ce projet. Ministre chargé de la Santé, je suivrai naturellement le déploiement effectif de toutes les mesures de protection de l’environnement et de la santé dans ce projet comme dans d’autres."


Marianne ENAULT

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