En 40 ans, les pertes financières à travers le monde dues aux espèces exotiques invasives sont estimées à 1200 milliards de dollars.
Un montant proche des celles liées aux tempêtes ou aux tremblements de terre.
Une étude scientifique appelle à mieux investir pour gérer davantage ces invasions biologiques.

Elles sont reconnues comme l'une des principales menaces sur la biodiversité. Selon une étude du CNRS et de l'université Paris-Saclay, publiée dans la revue Perspectives in Ecology and Conservation, les "espèces exotiques envahissantes" (EEE) coûtent très cher à la planète. Les chercheurs pointent que ces invasions biologiques ont eu des répercussions financières équivalentes à celles provoquées par les tempêtes ou les inondations sur les 40 dernières années. Elles représentent même un montant bien supérieur aux dégâts provoqués par les sécheresses et les feux de forêt combinés. Leur coût augmente même plus rapidement que celui des catastrophes naturelles.

La France particulièrement touchée

Selon la définition reconnue au niveau mondial, une EEE est une espèce introduite dans un espace, volontairement ou involontairement par l'homme, et qui représente une menace. L'étude publiée en avril s'appuie notamment sur la base de donnée Invacost, qui recense aujourd'hui plus de 13.500 coûts dus aux invasions biologiques dans le monde. Elle étudie l'impact de ces animaux ou végétaux qui, "en envahissant de nouveaux milieux (...) ont des conséquences désastreuses sur les espèces locales, les écosystèmes, mais aussi sur les activités humaines".

Dans le détail, entre 1980 à 2019, les pertes financières dues à ces organismes s'élèvent à 1208 milliards de dollars américains, soit des montants à peu près similaires aux pertes pour les tempêtes (1914 milliards de dollars de pertes), les tremblements de terre (1139 milliards de dollars) et les inondations (1120 milliards de dollars). Le coût est bien supérieur à celui des sécheresses (244,1 milliards de dollars), les feux de forêt (138,8 milliards de dollars) ou encore les températures extrêmes (84,5 milliards de dollars).

CNRS

En France, selon Invacost, les espèces invasives ont coûté environ 1,4 milliard de dollars (environ 1,2 milliard d'euros) entre 1992 et 2020 pour 98 espèces considérées comme invasives dans le pays. La France est ainsi l'un des États européens possédant le plus grand nombre d'espèces introduites et néfastes sur le plan écologique. Et la situation pourrait s'aggraver dans les années à venir avec le changement climatique dû aux activités humaines, qui étend les territoires où ces espèces peuvent vivre.

Le "cancer vert", le moustique et la fourmi

Ces EEE ont des effets dévastateurs dans les pays où elles sont importées. "Dégradations d'infrastructures, de cultures, de plantations forestières, impacts sur les rendements de pêche, la santé ou encore le tourisme, les domaines touchés sont multiples et les dégâts onéreux", pointe l'étude du CNRS et de l'Université Paris-Saclay. Par exemple, la moule zébrée, très présente en Amérique du Nord, est capable de se fixer sur de nombreux supports comme les coques des bateaux ou les canalisations de centrales nucléaires, engendrant de nombreux dégâts.

En France, par exemple, la fourmi électrique originaire d'Amérique du Sud a été détectée dans le sud il y a un an. De son nom scientifique Wasmannia auropunctata, elle a probablement été introduite lors d'un transport de plantes. Extrêmement envahissante, sa piqûre est capable d’anéantir des insectes et de provoquer la cécité d'autres animaux ou bien de les faire fuir durablement. Autre exemple : Aedes Albopictus - plus connu sous le nom de moustique tigre - signalé pour la première fois en 1999 en France métropolitaine et en plein essor aujourd'hui, engendrant la prolifération de virus comme le chikungunya ou la dengue.

Côté plantes, la France est envahie par le Miconia, un végétal originaire d'Amérique du Sud et parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde, selon la Liste Rouge mondiale des espèces menacées (UICN). Surnommé le "cancer vert", il est considéré comme la pire EEE en Polynésie française et empêche les plantes locales de pousser, ou provoque des glissements de terrain avec ses racines tentaculaires.

Extincteurs d'espèces

Des coûts importants, mais une menace toute aussi importante pour la biodiversité. Selon la dernière évaluation de la plateforme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), les espèces exotiques envahissantes font partie des cinq principaux facteurs de changements globaux, avec la destruction des habitats, la surexploitation des ressources, la pollution et le changement climatique. L'UICN pointe quant à elle que les EEE représentent la deuxième cause d'extinctions documentées d'espèces à travers la planète.

Face à ce constat, les scientifiques alertent : "À ce jour, les investissements dédiés aux dispositifs de prévention et de gestion des invasions biologiques sont dix fois moins élevés que les pertes financières engendrées par ce phénomène". Ils appellent ainsi au "déploiement de plans d’action et d’accords internationaux afin de limiter la dissémination des espèces exotiques envahissantes, analogues à ceux mis en œuvre dans le cadre des catastrophes naturelles".


Annick BERGER

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