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G20 : des dirigeants ont-ils vraiment jeté des pièces dans la fontaine de Trevi pour sauver le climat ?

Caroline Quevrain
Publié le 1 novembre 2021 à 11h46
JT Perso

Source : TF1 Info

L'essentiel

ROME - S’appuyant sur une photo, plusieurs responsables politiques, comme Sandrine Rousseau ou Raphaël Glucksmann, ont critiqué le fait que les dirigeants du G20 jettent des pièces de monnaie dans la fontaine de Trevi, à Rome, pour lutter contre le changement climatique. Un geste qui relève en réalité de la tradition et non d’un vœu pour le climat.

Face au péril climatique, peut-on s’en remettre à la chance pour sauver la planète ? Une photo montrant les dirigeants des pays riches, en déplacement à Rome pour le sommet du G20, a laissé entendre que oui. L’image, publiée dimanche sur Twitter par Bruno Maçaes, un consultant portugais et ancien secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, montre plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, dont Narendra Modi, Angela Merkel ou Emmanuel Macron, positionnés dos à la célèbre fontaine de Trevi et jetant une pièce de monnaie dans l’eau. "Les dirigeants mondiaux lancent une pièce à Trevi pour se porter chance dans la lutte contre l’urgence climatique", a simplement commenté Bruno Maçaes, alors que s’ouvrait le même jour la COP26, la grande messe annuelle sur le climat. 

Aussitôt, de nombreux politiques français et militants environnementaux ont réagi à ce tweet, y voyant une occasion de dénoncer l’inertie des décideurs en matière de climat. À l’instar de Cécile Duflot, présidente d’Oxfam France, qui n’a pas caché son indignation sur Twitter. Ou de Manon Aubry, qui a interprété ce geste comme un "résumé de la politique des leaders mondiaux contre le réchauffement climatique". "Ils parient sur la chance. Nous, nous demandons un changement de modèle", a poursuivi la députée européenne LFI. 

Plus d'un million d'euros récoltés chaque année

Un lancer de pièces également vu comme de "l’indécence" par Sandrine Rousseau, tandis que Raphael Glucksmann a surtout retenu le "symbole" de "l’impuissance volontaire des hommes de pouvoir en une image". "Très belle mise en abyme de l’inaction climatique de nos dirigeants", a taclé à son tour Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France. Posté dimanche vers midi, le tweet de Bruno Maçaes a depuis été partagé plus de 6500 fois, suscitant à chaque fois de l'étonnement, voire de la sidération. Sauf que le geste a simplement été mal interprété.

En réalité, le jeté de pièces de monnaie dans la fontaine de Trevi relève d’une tradition ancienne, pratiquée chaque année par des milliers de touristes. La coutume veut que jeter une pièce de la main droite, dos à la fontaine de Trevi et les yeux fermés, garantit de revenir dans la capitale italienne et d’y retrouver sa pièce. Celle-ci est d'ailleurs bien connue des visiteurs étrangers, qui n'hésitent pas à faire un détour par la place de Trevi pour y réaliser un vœu. Selon des estimations, 1 à 1,5 million d’euros sont ainsi lancés par des superstitieux chaque année dans la fontaine. Ce butin est ensuite récolté par l’Église, qui le verse à des associations caritatives.

Les dirigeants du G20 n’ont d'ailleurs jamais fait allusion à un quelconque vœu en faveur du climat. Et ont même renvoyé à cette coutume. "Ce moment signifiait beaucoup pour moi. La tradition veut que jeter une pièce de monnaie dans la fontaine de Trevi assure un retour à Rome", a souligné Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sur son compte Twitter. Une formule également reprise dans ces termes, photo à l'appui, par le compte officiel du G20 en Italie.

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