Départs de feux en série en plein hiver : faut-il s'inquiéter ?

Publié le 13 mars 2023 à 19h00

Source : JT 20h WE

Ces derniers jours ont été marqués par des dizaines de nouveaux départs de feux dans le sud de la France.
Début février déjà, une quarantaine d'incendies avaient été recensés à travers le pays au cours du même week-end.
Si leur nombre a de quoi préoccuper, les feux d’hiver ont toujours existé.

Comme une impression de déjà vu. Au cours de ce deuxième week-end du mois de mars, dans le Var, les pompiers se sont mobilisés sur une vingtaine de départs de feux, a indiqué le préfet, en appelant "chacun à la responsabilité" avec une interdiction totale de "l'emploi du feu" dans ce département en proie à une sécheresse précoce. Dans les Alpes-Maritimes, un autre feu, qualifié de "virulent" par la préfecture, s’est déclaré à Grasse. Une poignée d'autres départs de feu a été recensée, ainsi qu'un autre en Haute-Corse, à Furiani.

Le mois dernier déjà, plus de quarante départs de feux avaient été recensés au cours du seul premier week-end de février dans l'Hérault, les Bouches-du-Rhône et les Pyrénées-Orientales. Assiste-t-on cet hiver à un phénomène inédit ? Comment expliquer  ces départs de feu en série dans le sud de la France ?

"La mort de végétaux sur pied"

Si la sécheresse touche d'autres régions de France, elle est particulièrement prononcée cet hiver dans les Pyrénées-Orientales. Dans le département méditerranéen frontalier de l'Espagne, "en 2022, on a eu à la fois un manque de pluie et des températures très élevées" et, de ce fait, "une sécheresse record", a expliqué la référente de Météo-France pour le Languedoc et le Roussillon, Florence Vaysse, à l'AFP. 

Les précipitations ont été réduites de moitié par rapport à la moyenne : "C'est la deuxième année consécutive qu'on a un bilan plus bas que la normale" et "c'est l'année la plus sèche depuis 1959, depuis qu'on calcule un indicateur à l'échelle du département", précise-t-elle. Quant aux températures - déterminantes, car la chaleur accroît l'évaporation et la transpiration des plantes -, elles ont été les plus élevées depuis 1947, soit la première année enregistrée.

Le manque d'eau "entraîne la mort de végétaux sur pied", ce qui accroît la quantité de bois ou de feuilles sèches pouvant s'embraser, selon le colonel Stéphane Clerc, directeur adjoint du SDIS 66 (Service départemental d'incendie et de secours). Terre craquelée sur plusieurs hectares, lits de rivières à sec, comme l'Agly réduit à un torrent de cailloux et de roches : nombre d'autres paysages, à l'aspect inattendu à cette époque de l'année, témoignent de la pénurie d'eau dans le département qui affecte le travail des pompiers. 

Ces derniers affrontent déjà des incendies inédits alors que l'été est encore loin : en à peine plus d'un mois, entre le 1er janvier et le 6 février, le nombre de feux avait déjà doublé par rapport à la même période en 2022. La surface touchée a été multipliée par quatre, passant de sept à 28 hectares, sans compter les 60 hectares brûlés à Torreilles le 5 février dernier, "exceptionnel" à cette époque, selon le SDIS 66.  

"Ça va faire cinq ans que je suis ici et c'est la première fois que je vois un feu à cette époque-là", témoignait le mois dernier au micro de TF1 le lieutenant Laurent Rousset, chef du centre d'incendie et de secours de Barcarès. 

"Des feux d’hiver, il y en a toujours eu"

S'agissant de l'Hérault, La Chaîne Météo interrogée il y a peu par Le Figaro expliquait qu’une sécheresse exceptionnelle ajoutée à des vents particulièrement forts ont favorisé, dans le sud-ouest, les conditions idéales à la propagation de feux. "Toute la région de Montpellier est sujette depuis début janvier à une anomalie météorologique, avec des rafales importantes de Mistral et de Tramontane", a eu l'occasion de détailler Pascal Scaviner, responsable du service Prévisions. Et de poursuivre : "Sur Perpignan, il tombe en moyenne 50 millimètres de précipitations par mois en hiver. Ce dernier mois, il n'y a eu que 19 millimètres."

Ainsi, poursuit-il, "la combinaison d’une humidité très faible des sols, d’un air sec et d’un vent rapide favorise l'apparition et le développement des feux".

Pour Anthony Colin, chercheur spécialiste des incendies à l'Université de Lorraine, il va falloir s'habituer à ces feux de végétation qui risquent de se multiplier en hiver avec le réchauffement climatique. "Il y a la partie associée à la sécheresse. Il y a aussi des insectes, qui ravagent des forêts entières de sapins. Et ça fait du bois mort, comme des allumettes sur pied. Et donc malheureusement, l'action de tout ça est quand même liée globalement au réchauffement climatique", détaille-t-il auprès de Franceinfo.

Si ces feux d'hiver, particulièrement nombreux et virulents depuis un mois dans le sud de la France, ont ainsi de quoi alerter, ils ne sont pas pour autant exceptionnels, nuancent toutefois certains observateurs. "Des feux d’hiver, il y en a toujours eu", commente notamment le vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), le contrôleur général Éric Florès, auprès du Figaro. 

"À la fin de l’hiver, la sève des végétaux tombe. Dès lors que l’on voit les prémices des journées de soleil et que le vent souffle, les végétaux sont tout autant desséchés qu’en plein mois d’août, lorsqu’ils sont remplis de sève. Nul besoin d’aller chercher jusqu’au dérèglement climatique", détaille-t-il le pompier. 

Évoquant des "activités normales", ce dernier explique que "cela provient presque toujours d'activités humaines." Et de détailler : "L'hiver, les gens nettoient leurs champs, leurs futaies, leurs fossés, ils brûlent les branches, mais ne restent pas jusqu'à ce que le feu s'éteigne".


Audrey LE GUELLEC

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