L'épisode de sécheresse et les fortes chaleurs mettent à mal les vignes françaises.
Le secteur subit de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique, qui pourraient se répercuter dans nos verres comme dans nos porte-monnaie.
Entretien avec Guillaume Jourdan, expert en vins et fondateur de Vitabella Wine.

Des chaleurs intenses à répétition, une sécheresse qualifiée "d'historique" par Météo-France... Cet été 2022 met à mal les terres françaises, et les viticulteurs n'échappent pas à la règle. Depuis le début de la période estivale, les températures élevées et l'absence de pluie provoquent un dérèglement de la récolte des raisins. Celui-ci ne sera pas sans conséquence : d'après Guillaume Jourdan, expert en vins et fondateur de la société Vitabella Wine, le goût de la cuvée 2022 pourrait être différent des années précédentes. Il n'exclut pas non plus une hausse du prix des bouteilles si la situation ne s'améliore pas. Entretien.

La France subit actuellement sa quatrième vague de chaleur de l'été. Une de trop pour la viticulture française ?

La chaleur et le soleil accélèrent effectivement le cycle de la vigne, puisque le raisin arrive plus rapidement à maturité. Le 23 juillet, dans le Roussillon, un domaine a même annoncé qu'il était prêt à entamer les vendanges, alors qu'elles sont habituellement commencées autour du 7 août. C'est tout simplement du jamais vu. Avec le réchauffement climatique, l'accélération est nette.

Lorsque le volume récolté est très faible, les prix s'emballent
Guillaume Jourdan

Quelles sont les conséquences de cette accélération sur le goût des vins ?

La vigne, c'est comme la bonne cuisine : il faut une cuisson douce et lente. Si vous mettez le four à fond, cela va cuire plus vite, mais vous n'aurez jamais la cuisson attendue. Or, ce qui fait l'équilibre d'un vin blanc, ce sont ses arômes, sa rondeur, son acidité, sa fraîcheur. Si nous attendons trop longtemps avant les vendanges, il n'y aura plus d'acidité dans le raisin, trop de sucre, et donc trop d'alcool. Cela donnera un vin déséquilibré. Le phénomène est le même pour le vin rouge, avec un goût plus cuit qui manquera d'acidité.

D'autant que la sécheresse ne doit pas aider...

Tout à fait. En France, les vins d'appellation n'ont pas le droit à l'irrigation, alors leurs racines plongent au plus profond du sol pour récupérer de la fraîcheur. Mais lorsqu'il y a trop de sécheresse, comme actuellement, les vignes souffrent, ce qui provoque un stress hydrique : elles se bloquent. Le raisin ne se développe plus pour atteindre sa maturité, les feuilles sèchent, et cela donne une production beaucoup plus petite.

Sans production importante, l'équilibre financier des exploitations est en péril. Se dirige-t-on vers une augmentation des prix des bouteilles de vin ?

La rentabilité d'une exploitation est calculée en fonction du nombre de bouteilles vendues. S'il y a moins de volumes, l'exploitation viticole ne tient pas. Or, le secteur connaît un véritable bouleversement climatique : de la grêle, du gel, des périodes chaudes très intenses, des orages virulents... En conséquence, certaines années, le volume récolté est très faible. Malheureusement, comme nous le voyons en Bourgogne depuis quelque temps, les prix s'emballent.


Propos recueillis par Idèr Nabili

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