Sécheresse : 2022, une année déjà historique

Incendies : sécheresse et départs en vacances, un "cocktail explosif"

Propos recueillis par Annick Berger
Publié le 6 juillet 2022 à 17h13
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Le sud de la France est placé en alerte, ces prochains jours, pour les feux de forêts.
Une situation particulièrement inquiétante alors que l'Hexagone est touché par une importante sécheresse.
Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Grégory Allione, tire la sonnette d’alarme.

Plus récurrents et plus violents… Alors que la France a vécu ses mois de mai et juin les plus chauds et les plus secs jamais enregistrés, les pompiers français tirent la sonnette d’alarme. En effet, depuis le début du mois de juin, les incendies se sont multipliés dans l'Hexagone. Mercredi 6 juillet, le sud de la France a d’ailleurs été placé en alerte, la Direction Générale de la Sécurité civile recommandant "une grande prudence" en raison "d’un très fort danger d’incendies en zone méditerranéenne"

En cause : des températures très élevées, une végétation très sèche et un mistral et une tramontane assez forts. Un cocktail explosif qui renforce un risque d’incendie à son plus haut dans l’Hexagone. Depuis le début de l’année, la base de données sur les incendies de forêts en région Méditerranéenne en France, Prométhée, a ainsi recensé plus de 600 incendies rien que sur l’arc méditerranéen. 

Des feux qui, dans le futur, devraient être plus nombreux, alors qu’ils se déclarent plut tôt et sont plus violents que par le passé. La conséquence directe du réchauffement climatique, perçoit Grégory Allione, le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. 

Le Sud de la France est de nouveau placé en alerte pour risque d’incendie, quelle est la situation sur le terrain ?

Ces risques découlent directement d’une sécheresse quasi récurrente d’année en année, accentuée par le fait qu’il n’y a eu que très peu de pluie depuis le début de l’année. La zone est sous tension depuis des semaines alors que les dernières précipitations notables en méditerranée remontent à l'automne et qu'il fait, aujourd'hui, extrêmement chaud. Tout cela, cumulé à un vent fort avec la tramontane et le mistral, prévu dans les jours à venir, fait que si nous avons des départs de feux, cela peut donner rapidement lieu à une situation catastrophique.

C’est pourquoi nous appelons les Français à la vigilance et à la bienveillance, et à tenir les bonnes conduites. Il ne faut pas être source d’ignition, ne pas être l’énergie ou la petite étincelle qui peut déclencher un incendie. Toute personne qui se rend en vacances dans le sud de la France doit avoir un comportement citoyen et responsable, parce qu’aujourd’hui, jeter un mégot par sa fenêtre, c'est criminel, c’est une source incandescente qui va tomber dans une végétation prête à s’enflammer. Il faut également éviter les travaux avec des éléments métalliques qui, notamment, en frottant une pierre vont créer des étincelles et sont source de flammes.

Des feux plus nombreux et plus violents

Justement, les grands départs en vacances de ce week-end sont-ils une source d’inquiétude pour vous ?

Il y a deux éléments qui augmentent le risque de départ d’incendie. Le premier, c'est cette sécheresse avec ces mois de mai et de juin les plus chauds jamais enregistrés, alors qu’on part pour un 13 et 14 juillet sous des températures caniculaires. Le second, ce sont les mouvements de population. On sait que 90% des départs de feux sont déclenchés par l’être humain et que 70% sont liés à des accidents, ou en tout cas à des imprudences. L’homme, dans son activité, est générateur de risques pour les feux de forêts, donc la période qui arrive est sensible. Surtout que l’on peut relier la densité de population avec le nombre de départs de feux. Au plus on concentre de personnes, une population, au même endroit, au plus on a des risques. La sécheresse, avec les départs en vacances sur les axes à grande fréquentation, représentent un cocktail explosif.

Nous sommes actuellement dans une situation que l’on observe normalement fin août lors d’années très sèches

Grégory Allione

Depuis le début du mois de juin, les incendies se multiplient et font leur apparition particulièrement tôt dans la saison, est-ce là une manifestation du changement climatique ? 

Il faut désormais se dire que l’expression de "saison des feux de forêt" est obsolète. Aujourd’hui, on a des feux du 1er janvier au 31 décembre, notamment dans les zones les plus touchées comme la Gascogne, la Corse, et plus globalement tout le sud de la France. Mais dorénavant, on a également des incendies dans des zones dans lesquelles on n’avait pas l’habitude d’en avoir, comme le Centre-Val de Loire, la Bretagne, le nord de la France, la Bourgogne-Franche-Comté. Même dans les Vosges, les feux de forêt se déclarent désormais dès les mois de mars ou d'avril, ce que l’on ne connaissait pas auparavant. C’est un phénomène qui touche d’ailleurs toute l’Europe. L’Allemagne a connu des incendies au printemps, nous sommes même partis en renfort en Suède sur des feux. Et ceci est la conséquence directe du réchauffement climatique.

Le changement climatique a rendu les incendies plus agressifs, plus violents et plus virulents avec des "sautes" (déplacement des flammes, ndlr) qui peuvent non seulement se faire d’avant en arrière, mais également de façon latérale, désormais. La végétation est tellement sèche que quand un feu part, il part de manière très violente. Nous sommes aujourd’hui au début du mois de juillet et nous sommes dans une situation que l’on observe normalement fin août lors d’années très sèches. Par ailleurs, les feux peuvent être de plus en plus importants parce qu’aujourd’hui nous manquons de ressources pour notre contrat opérationnel. Nous étions habitués à œuvrer sur des zones géographiques limitées, comme l’arc méditerranéen, la Corse ou en Gascogne, avec un nombre de camions et d’hydravions donnés. Mais actuellement, nous devons œuvrer sur toute la France et cela nous demande plus de moyens. 

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D’autant que, si je lis toutes les données, si je relis le rapport du Giec, il faut s’attendre à ce que ce type d’événements se reproduise chaque année. Mais en tant qu’homme et en tant que sapeur-pompier, je prie pour que ce soit le seul été de ce type que l’on connaisse. Parce que, au-delà des moyens pour lutter contre les incendies, il faut se souvenir que le feu est un ogre qui peut détruire des vies humaines. Quand on lutte contre les flammes, on expose des vies et la population peut être une victime potentielle. Le feu détruit la faune, la flore et des vies humaines, c’est pour cela que les pompiers appellent à la mobilisation de tous pour tenter de limiter les risques.


Propos recueillis par Annick Berger

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