Un glacier s'effondre dans les Alpes italiennes : au moins six morts

Glacier effondré en Italie : "On ne peut pas imaginer contrecarrer ce type d’écroulement"

Maxence GEVIN
Publié le 4 juillet 2022 à 21h39, mis à jour le 4 juillet 2022 à 22h10
JT Perso

Source : JT 20h WE

Un énorme bloc s'est détaché dimanche d'un glacier de la Marmolada dans les Dolomites, en Italie.
Au moins six personnes sont mortes et huit autres blessées lors de cette catastrophe.
Du fait du réchauffement climatique, de tels phénomènes pourraient se multiplier dans les années à venir, souligne Antoine Rabatel, glaciologue à l’université de Grenoble-Alpes

Une tragédie. Au lendemain d'un record de température au sommet de la Marmolada, une partie d'un glacier s'est effondrée dimanche. Au moins six personnes ont succombé dans cet impressionnant éboulement. Huit autres ont également été blessées. Ce bilan pourrait encore s'alourdir, des individus demeurant toujours disparus. 

S'il explique que les causes l'incident ne sont pas encore connues, Antoine Rabatel explique à TF1info que la chaleur pourrait avoir joué un rôle clé. Avec le réchauffement climatique, ce genre de catastrophes pourraient même devenir de plus en plus fréquents dans les prochaines années, alerte le glaciologue de l’université de Grenoble-Alpes.

Comment expliquer ce qu'il s'est passé dimanche dans les Alpes italiennes ? 

Pour le moment, on ne sait pas grand-chose avec certitude. On peut faire des hypothèses. Pour en parler, il faut remettre les choses dans leur contexte. Le sommet de la Marmolada est situé sur un versant orienté au nord. C’est un petit appareil glaciaire qui se trouve à des altitudes relativement élevées (3100-3300 m), qui font office de zones d’accumulation des glaciers. À cet endroit, la neige qui tombe pendant l’hiver ne fond pas intégralement l’été suivant. La glace peut donc s'y former. Conséquence directe : en théorie, il y a peu de fonte. 

Par ailleurs, la glace peut avoir plusieurs températures. Lorsqu'elle est à 0°C, on dit qu'elle est tempérée. Plus on monte à des attitudes élevées, plus elle a tendance à être froide (entre -15 et -18°C au sommet du Mont Blanc par exemple). 

Au cours des dernières semaines – et plus généralement au cours des dernières années – on observe de la fonte à des altitudes de plus en plus élevées. Les zones d’accumulation des glaciers se réduisent. Avec le réchauffement climatique, il y a tendance à avoir de plus en plus de fontes, là où 30 ou 40 ans plus tôt elle n'était que très épisodiques. L'eau de fonte peut s'infiltrer à l’intérieur des glaciers, surtout via des réseaux de crevasses. Pas supposée se trouver là, elle a alors un impact sur la déformation de la glace et l’écoulement du glacier. 

De même, ce réchauffement peut faire passer d'un régime de glace froide à une glace tempérée. Le cas échéant, cela a aussi une influence sur le comportement du glacier. La glace froide est collée au lit rocheux sous-jacent et l’écoulement se fait uniquement par la déformation du matériau. En revanche, avec de la glace tempérée, le glacier s'écoule aussi par glissement. Or, celui-ci est amplifié par la présence d'eau à la base de celui-ci. 

La catastrophe de dimanche a probablement été causée par une conjonction de tous ces facteurs. En d'autres termes, c'est un enchaînement de plusieurs phénomènes qui pourraient en être à l’origine. À commencer par des vagues successives de fortes températures (mi-juin, on a par exemple enregistré 12°C au sommet du Mont-Blanc, à plus de 4700 m d'attitude) qui ont entraîné une fonte inhabituellement importante à ces altitudes élevées. 

Tête Rousse et Taconnaz sous haute surveillance

Existe-t-il des zones sensibles similaires, déjà ciblées, en France ? 

En France, une vingtaine de sommets sont sous surveillance. Pour ce qui est des Alpes françaises, il y a le glacier Tête Rousse, près de Saint-Gervais. Il est très suivi depuis un peu plus d’une dizaine d’années. Une poche d’eau, qui s’y est formée, a été détectée au début des années 2000. Tout un ensemble de travaux ont été effectués pour la vidanger artificiellement et minimiser le risque de rupture. 

De même, le glacier de Taconnaz, situé sur le versant nord du Mont Blanc, est aussi dans le viseur. Il se termine par une falaise de glace, surplombant une paroi rocheuse verticale. La glace qui la recouvre est légèrement froide (tout juste inférieure à 0°C). Néanmoins, on craint, qu’avec un réchauffement des températures, que ce régime thermique change. Si cela se produisait, une partie du glacier pourrait être ébranlée, comme à la Marmolada. En prévention, un bassin de rétention a été construit en contrebas.

En France, nos glaciers sous surveillanceSource : JT 13h Semaine
JT Perso

Aujourd’hui, c’est très difficile de dire si cela pourrait se produire à une échéance de 5, 10 ou 15 ans car ces phénomènes dépendent d’une multitude de paramètres (températures, de la pente, de l’orientation, etc.). 

Limiter et mieux documenter les risques

Quelles solutions peuvent être envisagées pour minimiser les risques ? 

Des observations sont réalisées sur certains glaciers depuis près d'un siècle. Des capteurs de températures sont installés à intervalle régulier dans des forages. Cela permet de surveiller l’évolution du mercure à l'intérieur des glaciers. Depuis une dizaine d’années, elles tendent à augmenter. La crainte est que l’on passe d'un régime froid à un régime tempéré, ce qui déstabiliserait les glaciers. Il n'y a pas grand-chose à faire pour éviter une telle transition. Toutefois, ces recherches doivent préciser les zones qui pourraient être affectées par ces changements et donc de mieux documenter les risques qui en découlent. 

En outre, s’il y a la formation d’un lac glaciaire ou d’une poche d’eau, il est possible d’essayer de le/la vidanger. Dans le cadre d’un lac qui se formerait au front d’un glacier, un système de pompage ou des tranchées, pour empêcher qu’il atteigne un volume trop important, peuvent aussi être mis en place. Dans les cas les plus urgents, les populations peuvent être évacuées. De préférence, ce type de mesures ne doit être déployé qu’en dernière extrémité. Si les locaux sont évacués à tort, à plusieurs reprises, ils pourraient devenir moins réceptifs aux prochains avertissements. 

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Quoi qu'il en soit, les réactions sont très différentes en fonction du type d’aléa. Mais une chose est sûre, quand une avalanche de glace – très difficile à prévoir – se met en œuvre, il n’y a plus rien à faire. On ne peut pas imaginer contrecarrer ce type d’écroulement. Dans la mesure du possible, il faut essayer d’anticiper. Mais c’est extrêmement complexe d’avoir des estimations, même à l’année près, pour savoir quand cela va se produire. 


Maxence GEVIN

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