Face à l'afflux de visiteurs, des sites naturels très fréquentés instaurent un système de réservation obligatoire.
À la clé, des retombées positives pour la biodiversité locale et le confort des promeneurs.
Le Colorado Provençal, dans le Vaucluse, vient à son tour de passer le pas.

C’est désormais un passage obligé : il faut maintenant présenter un QR code pour entrer le parking du Colorado Provençal, au cœur du parc naturel du Luberon. Ses falaises d'ocre, visitées par plusieurs centaines de milliers de touristes l'été, sont à présent accessibles uniquement sur réservation. "Cela permet d’améliorer le quotidien de nos visiteurs", explique dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus Anne-Marie Loison, adjointe à la mairie de la commune de Rustrel. "Avant, les voitures se mettaient les unes derrières les autres, on a eu des petits accrochages aussi", relève-t-elle.

Depuis quelques jours et jusqu'au mois d'octobre, les touristes doivent prendre leurs billets en réservant un créneau sur un site Internet, la veille pour le lendemain. Il y a encore deux ans, certains jours d’été, plus de 4000 personnes arpentaient ces anciennes carrières d’ocres, fragilisant les falaises, certains visiteurs allant même jusqu’à graver des inscriptions sur l'argile. 

Aujourd'hui, le quota maximum de fréquentation a été réduit de 1000 places : seules 3000 personnes sont autorisées chaque jour à se promener à travers ce paysage de canyon, avec désormais l’interdiction de marcher sur les dunes. "Nous avons besoin de protéger le site, et il faut en même temps que les gens suivent les sentiers et se mettent en sécurité sur les zones où des éboulements peuvent avoir lieu", appuie Chantal Pontet, présidente de l'Association du Colorado Provençal de Rustrel. Face au fléau de la surfréquentation, ce site n'est pas le seul à tenter de réguler le ballet des touristes.

Le succès des quotas dans la calanque de Sugiton

À une centaine de kilomètres plus au sud, à la calanque de Sugiton, l'accès à la plage sera de nouveau limité dès le mois de juin, comme l'été dernier. Une solution plébiscitée par plusieurs promeneurs, qui l’attendent même avec impatience. "C’est une bonne chose puisqu’aujourd’hui, c’est déjà blindé de monde", plaide l'un d'entre eux. "L’avantage, c’est de ne plus faire deux heures de route pour se retrouver à être un million sur la plage, et ne pas profiter du lieu", souligne un autre. 

Surfréquentée pendant des années, cette calanque s’érodait et sa biodiversité était menacée par la présence des touristes. Jusqu’à 2500 personnes y descendaient chaque jour en plein été, pour s’agglutiner sur la plage étroite. "La calanque était en extrême danger, puisqu’il y avait une érosion des sols, des déracinements d’arbres, des piétinements de plantes qui sont uniques au monde", expliquait Didier Réault, le président du Parc national des Calanques de Marseille, dans le reportage du 20H ci-dessous, tourné lors du lancement du système de réservation, en juin 2022. "Nous ne pouvons plus continuer à restaurer la nature, la préserver, et en même temps admettre ce qui la détruit, c’est-à-dire la surfréquentation", plaidait-il alors. 

Bain de soleil sur réservation dans les Calanques de MarseilleSource : JT 20h WE

Une jauge à 400 personnes par jour a donc été décrétée, tout comme à la calanque des Pierres Tombées. Quelques mois plus tard, cette première expérimentation semble avoir porté ses fruits. L’érosion des zones fragilisées "est maintenant arrêtée", "la terre ne part plus en direction de la mer, elle reste en place", se félicite Jérémy Boisseau, garde moniteur du Parc national des Calanques. "Les gens ne passent plus à travers, cela permet à la végétation de reprendre son cycle normal." 

Ces restrictions d’accès permettent aussi de prévenir un autre risque dans le sud de la France : celui des incendies, alors que des brasiers ont déjà ravagé près de 1000 hectares en avril dans les Pyrénées-Orientales, le pourtour méditerranéen étant frappé par une sécheresse précoce.

En Corse, trois sites prisés des touristes ont également mis en place en 2022 des quotas, grâce à la réservation. Du côté de l’île de Porquerolles, rattachée à la commune de Hyères, dans le Var, les autorités ont décidé de limiter dès l’été 2021 le nombre de passagers empruntant les navettes maritimes pour rejoindre le site paradisiaque. Jusqu'alors, des pics à près de 12.000 visiteurs par jour avaient été enregistrés sur cette petite île de 12,54 kilomètres carrés, soit près de 1000 personnes au kilomètre carré, selon France 3 Régions. La jauge a donc été fixée à 6000 passagers, toutes compagnies confondues, en juillet et août. 

Un objectif atteint, selon le bilan de la saison estivale 2021 dressé par la Métropole Toulon Provence Méditerranée : la fréquentation a baissé de 20.000 voyageurs, soit 6% par rapport à l’année précédente. Encouragés à réserver, les voyageurs ont été jusqu'à 90% à le faire pour la compagnie TLV-TVM, sur certains jours de pics de fréquentation. Un arrêté municipal a aussi interdit aux bateaux d’aborder sur les plages de l’île en dehors des zones autorisées.

Des solutions à l'étude au Mont-Saint-Michel et à Étretat

Ces dispositifs pourraient inspirer d'autres sites touristiques plus au nord, qui ne sont pas non plus en reste face au tourisme de masse. En Normandie, au Mont-Saint-Michel, qui a enregistré près de 2,8 millions de visiteurs en 2022, l'Établissement public réfléchit à réguler dès cet été les navettes pour se rendre sur l'îlot, selon Ouest-France. Il prévoit aussi de calculer en temps réel l'affluence sur le site, pour inciter les visiteurs à venir sur les heures les moins fréquentées, et plus largement d'encourager le tourisme en basse saison, par exemple avec des tarifs de parking avantageux. 

Du côté des falaises d'Étretat, le Réseau des Grands Sites de France communique également sur le "hors-saison" pour tenter d'étaler la fréquentation. La mairie se penche aussi sur la possibilité d'une réservation en ligne avec jauge, mais elle ne fait pas encore consensus auprès de tous les acteurs politiques locaux, d'après Le Monde

Étretat croule sous les touristes : "Le village va mourir"Source : JT 20h WE

En attendant, le village de quatre kilomètres carrés continue d'étouffer sous l'affluence de visiteurs. Lui qui compte 1200 habitants à l'année seulement connaît des pics à plus de 7000 touristes par jour pendant l'été. "Les commerces de bouche sont en train de fermer parce que leurs clients ne peuvent plus se garer. Les jeunes ne peuvent plus s'installer, le village va mourir, on va devenir une carte postale sans intérêt", s'inquiétait une résidente dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus.


Maëlane LOAËC | Reportage TF1 Pauline Lefrançois et Philippe Fontalba

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