Des dizaines de chercheurs renommés ont alerté, mercredi, sur le "rythme sans précédent" du réchauffement climatique.
Ils pointent que si la hausse des températures est avant tout le fruit des émissions de gaz à effet de serre, la baisse de la pollution a pu aussi jouer un rôle.
Car les particules polluantes dans l'air réfléchissent le soleil et impactent la formation des nuages.

La lutte contre la pollution aux particules fines amplifie-t-elle la hausse des températures ? La réponse à cette question, a priori contre-intuitive, est pourtant oui. Mercredi 5 juin, des dizaines de chercheurs renommés ont alerté sur le "rythme sans précédent" atteint par le changement climatique ces dernières années. Selon eux," le réchauffement causé par l'homme a augmenté à un rythme sans précédent dans les mesures instrumentales, atteignant 0,26°C par décennie en 2014 et 2023"

Si les gaz à effet de serre sont la cause de cette hausse des températures - des émissions majoritairement dues à l'utilisation massive des énergies fossiles - un autre effet pourrait avoir amplifié ce réchauffement. Car ces dernières années, les efforts pour limiter les émissions de particules polluantes dans l'air, néfastes pour la santé et l'environnement, se sont amplifiés. Problème : ces particules réfléchissent le soleil, permettent la formation de certains nuages avec un certain effet "rafraîchissant" pour la planète. Explications.

Météo-France

La "peine climatique"

Le lien entre la baisse de la pollution aux particules fines et la hausse des températures est débattu depuis des années par les scientifiques, qui qualifient cette donnée de "climate penalty" ou "peine climatique". "On sait depuis longtemps que les aérosols - qui regroupent les particules fines de voitures notamment, mais aussi celles générées par la combustion des énergies fossiles et en particulier le charbon -, ont un effet sur les températures", pointe à TF1info Aurélien Ribes, chercheur pour Météo-France au centre National de recherche Météorologique. Une étude parue dans la très sérieuse revue Nature, en avril dernier, confirme d'ailleurs que la réduction des aérosols dans l'atmosphère a accentué le déséquilibre dans la balance énergétique de la Terre ces dernières années.

La raison ? Les aérosols, comme le sulfate, l'oxyde de soufre, les particules de carbone-suie ou les nitrates, réfléchissent le rayonnement solaire, empêchant ainsi notre étoile de réchauffer la Terre. Ces particules de moins de 2,5 µm, solides ou liquides, impactent également la formation de nuages hauts et clairs, qui jouent, eux aussi, un rôle de "parasols" contre les rayons du soleil. "Aujourd'hui les quantités de ces particules dans l'atmosphère diminuent, ce qui entraîne une diminution de leur effet masquant sur le réchauffement climatique, c'est-à-dire un réchauffement additionnel", explique Aurélien Ribes.

Un constat confirmé par une étude publiée en mai dans la revue Communication Earth & Environment qui pointe le rôle de la dépollution de carburant des navires dans l'accélération du réchauffement climatique. Selon les chercheurs, la mise en place d'une réglementation de l'Organisation maritime mondiale (OMI) abaissant fortement la teneur en soufre du fioul des navires au 1er janvier 2020, a "contribué au réchauffement anormal que nous avons connu en 2023 et 2024". 

L'effet aurait été particulièrement marqué dans l'Atlantique Nord qui a enregistré, en 2023, des canicules marines inédites. Selon l'étude publiée en mai, la réglementation de l'OMI aurait ainsi réduit de 80% les émissions de soufre du transport maritime depuis 2020, mais pourrait provoquer une hausse de la température mondiale de 0,16°C sur sept ans. Des observations confirmées notamment dans une analyse de Carbon-Brief qui a évalué que "l'effet probable des régulations de 2020 de réduire la pollution de l'air du trafic maritime pourrait entraîner une hausse des températures d'environ 0,05°C d'ici 2050. Cela équivaut à environ deux années supplémentaires d'émissions".

Une double lutte indispensable

Les conclusions de cette étude restent toutefois discutées, même si elle est jugée solide par les scientifiques. "On estime que la réglementation sur le transport maritime a entraîné une hausse de la température de 0,02°C pour 2023, à comparer aux +1,3°C dont sont responsables les activités humaines l'an passé", nuance Aurélien Ribes, qui précise toutefois que les études sur le sujet restent très limitées. 

Pour Edward Gryspeerdt, chercheur à l'Imperial College de Londres et interrogé par le Science Media Centre britannique, "il y a peu de débat sur le fait que les aérosols refroidissent le climat, mais il y a beaucoup d’incertitudes sur l'ampleur de cet effet refroidissant". "L'histoire nous a montré que des variabilités naturelles ont été surinterprétées dans le passé", a de son côté précisé Jean-Louis Dufresne, climatologue, directeur de recherche au CNRS, qui estime "compliqué" d'analyser "de petites perturbations sur des courtes périodes de temps". D'autant que, si les aérosols amplifient la hausse des températures, il n'est pas question d'abandonner la lutte pour réduire cette pollution. Tout d'abord parce que leur pouvoir refroidissement ne pourra jamais compenser le pouvoir réchauffant des gaz à effet de serre comme le CO2 et le méthane. Ensuite, car ces aérosols sont particulièrement néfastes pour la santé. 


Annick BERGER

Tout
TF1 Info