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Énergies renouvelables : la France est-elle le seul pays de l'UE à ne pas avoir respecté ses engagements ?

Thomas Deszpot
Publié le 18 mai 2022 à 18h25
JT Perso

Source : TF1 Info

Le député LFI Adrien Quatennens juge médiocre le bilan d'Elisabeth Borne en matière d'écologie.
Il déplore notamment que la France n'ait pas atteint ses objectifs en matière de développement des énergies renouvelables.
Il a raison en affirmant que notre pays est le seul de l'UE à ne pas y être parvenu, même si certains de nos voisins ont usé de stratagèmes pour combler leurs lacunes.

Candidat à sa réélection dans la 1ʳᵉ circonscription du Nord et figure de la France insoumise, Adrien Quatennens a été invité à réagir à la nomination d'Elisabeth Borne à Matignon. S'il voit plutôt d'un bon œil la nomination d'une femme à ce poste, il invite surtout à se pencher sur son bilan, qu'il ne manque par d'écorner. 

Dans le domaine de l'écologie notamment, l'élu estime que la nouvelle Première ministre affiche des résultats insuffisants. Et ce alors même qu'elle a occupé entre juillet 2019 et juillet 2020 le poste de ministre de la Transition écologique et solidaire. "La France est le seul pays de l'Union européenne qui ne respecte pas ses engagements en matière d'énergies renouvelables", a-t-il lancé au micro de France Info mardi matin. C'est vrai.

Des mécanismes de compensation

À quoi fait référence le député LFI lorsqu'il parle des engagements de la France en la matière ? Au "paquet énergie-climat 2020", adopté par l'UE en 2008 et qui fixait une série d'objectifs à atteindre à l'échelle des 27 afin de lutter contre le changement climatique. Réduction des émissions de gaz à effet de serre, baisse de la consommation énergétique et augmentation de la part du renouvelable dans le mix énergétique étaient ainsi fixés comme des priorités. "Le premier objectif (atténuation) et le troisième (énergies renouvelables) sont juridiquement contraignants en particulier au travers d'objectifs assignés à chaque pays", résume le site du ministère de la Transition écologique.

En pratique, chaque pays a présenté en 2008 un objectif chiffré à atteindre à l'horizon 2020. Des différences entre les membres de l'UE qui s'expliquent entre autres par le degré d'avancement de chacun à l'époque, et qui prévoyaient une place du renouvelable dans le mix énergétique allant de 10% à Malte, à 49% en Suède. La France, pour sa part, s'engageait à produire 23% de son énergie via le renouvelable en 2020 (contre 10,3 en 2005).

Douze ans après le vote de ce "paquet énergie-climat", l'heure du bilan est venu. Il a fallu attendre début 2022 pour connaître les résultats affichés par les différents pays de l'UE en 2020, et juger ainsi de leur capacité à tenir leurs engagements. Il apparaît que 23 des 27 États-membres ont dépassé les objectifs définis en 2008, quand 3 de nos partenaires européens parvenaient tout juste à les atteindre. La France, en revanche, a présenté une part du renouvelable dans son mix de 19,1%, soit 4 points de moins qu'annoncé. Elle est le seul pays dans cette situation, comme l'a indiqué à raison Adrien Quatennens. Notons qu'à l'échelle de l'UE, l'objectif global a été atteint, avec 22,1% de l'énergie produite issue du renouvelable.

Le ministère, pour sa défense, plaide sa cause en évoquant un "rattrapage" déjà en cours, incriminant au passage le retard accumulé lors du précédent quinquennat (sous la mandature de François Hollande). Et de glisser au Monde que "la puissance publique investit des milliards d’euros par an dans le secteur des énergies renouvelables, principalement pour des tarifs d’achat garantis". Les délais nécessaires à la mise en œuvre des nouveaux projets (dans le solaire ou l'éolien par exemple) sont par ailleurs souvent mis en avant par les spécialistes du secteur pour expliquer les résultats médiocres de la France. 

Notons toutefois que certains résultats affichés par nos voisins apparaissent en trompe-l'œil. En effet, plusieurs États-membres n'ont atteint leur objectifs qu'à la faveur de "transferts de données statistiques". À défaut de parvenir à produire suffisamment d'énergie via le renouvelable sur les sol, ils ont fait le choix "d'acheter" à des pays excédentaires une partie de leur production renouvelable. Les Pays-Bas ou la Belgique ont ainsi compensé une production trop faible à l'intérieur de leur territoire par ce biais. 

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