La transition écologique, un leurre doublé d’une chimère !

par Fabrice BONNIFET Fabrice Bonnifet
Publié le 2 janvier 2023 à 14h33

Source : Sujet TF1 Info

Lors de ses vœux du Nouvel An, Emmanuel Macron a martelé que la France devait gagner la "bataille" de la transition écologique.
On en est très loin, pointe Fabrice Bonnifet, membre du groupe Bouygues et président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, qui nous livre son nouvel édito.

Comme d’habitude en décembre, le CITEPA, l’association qui évalue l’impact des activités humaines sur le climat et la pollution atmosphérique en vue de guider les décisions publiques et privées, a dressé l’inventaire national des émissions de gaz à effet de serre, et le résultat 2022 est catastrophique : aucune baisse notable n’est constatée par rapport à l’année précédente. Bien entendu, quand bien même elle adviendrait, une réduction récurrente et significative de l’empreinte carbone de la France seule ne suffirait pas à stopper le réchauffement climatique. Mais avec de tels résultats, à rebours des engagements, comment être crédible vis-à-vis de toutes les nations, lorsqu’on n’arrive même pas à démontrer la moindre inflexion dans notre propre trajectoire de décarbonation ? 

C’est à ce moment que les excuses fusent : cette année, nous dit-on, c’est essentiellement l’arrêt pour raison de maintenance de 16 de nos réacteurs nucléaires, qui a été compensé par une plus grande utilisation de gaz et même de charbon, avec la remise en service de la centrale thermique de Saint Avold. Cependant, en France, comme partout sur la planète, qui peut croire qu’il n’y aura pas chaque année, comme depuis le début de la fausse prise de conscience de l’urgence climatique, un ou plusieurs événements "inattendus" qui serviront d’alibis à l’inaction ? La transition n’aura jamais lieu tant que nous n’accepterons pas de faire le deuil d’une économie ultra-financiarisée et mondialisée, qui refuse par essence de choisir entre l’essentiel et l’accessoire.

Ce qui nous manque le plus pour agir vraiment, ce ne sont pas les solutions pour faire autrement, mais du courage pour arrêter de faire semblant.
Fabrice Bonnifet

En outre, on entend que la sobriété, c’est consommer mieux, comme si nous avions peur de dire qu’il nous faut désormais consommer moins, comme l’implorent tous les rapports du Giec. On nous raconte que les énergies renouvelables (ENR) peuvent remplacer les énergies fossiles. Mais ouvrons les yeux ! Le mix énergétique mondial est encore aujourd’hui à 83% carboné, et depuis toujours, les différentes sources d’énergie ne se sont jamais substituées, mais se sont empilées. Dès lors, qui peut affirmer que nous allons pouvoir atteindre la neutralité carbone planétaire dans seulement 27 ans, grâce au remplacement de la totalité de la capacité de production thermique par son équivalent à base d’ENR ? Qui peut juste imaginer que les principaux systèmes de production ENR (éoliennes, panneaux photovoltaïques) pourront à la fois répondre à une croissance de la demande énergétique, mais également produire suffisamment d’énergie pour s’auto-remplacer tous les 20 à 30 ans, car aucun équipement ENR n’est éternel ?

Nous aimons croire ce qui est doux à nos oreilles. Mais rouler "propre" ou produire de l’énergie sans émettre de CO2 ne signifie en aucun cas que sur le cycle de vie de tout équipement de production d’électricité d’origine renouvelable ou encore de batterie pour véhicule électrique (entre autres), il n’y ait eu aucune énergie grise d’origine fossile consommée. En réalité, les ENR produisent leur puissance au feu des "fossiles", car pour fabriquer ces équipements, on a besoin de ressources minérales (acier, cuivre, béton…) dont la production est encore quasi exclusivement issue des énergies fossiles.

Grande surprise de 2022 : le livre le plus vendu en France a été Le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain (plus de 700.000 exemplaires). Cet opus ne dit rien d’autre qu’il est urgent d’arrêter de mentir sur une pseudo transition qui factuellement n'existe pas, d’accepter enfin la réalité de la finitude du monde, d’avoir la lucidité de regarder l’implacabilité des faits avant d’émettre des opinions. Bref, la sagesse d’une véritable transition juste nous imposerait d’engager immédiatement une réduction planifiée et démocratique de la production et de la consommation dans les pays riches, pour réduire les pressions environnementales et les inégalités, tout en améliorant la qualité de vie de tous les citoyens du monde. Mais l'humanité ne fera pas cela, car ce qui nous manque le plus pour agir vraiment, ce ne sont pas les solutions pour faire autrement, mais c’est du courage pour arrêter de faire semblant.


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