Le mont Blanc mesure désormais 4805,59 mètres, soit environ deux mètres de perdus en deux ans

par M.L avec Sylvain Millanvoye
Publié le 5 octobre 2023 à 10h57, mis à jour le 5 octobre 2023 à 14h11

Source : JT 13h Semaine

Une équipe de géomètres-experts gravit tous les deux ans le toit des Alpes pour le mesurer.
Selon le relevé de cette année, le sommet du mont Blanc culmine désormais à 4805,59 mètres, soit 2,22 mètres de perdus par rapport au précédent relevé.
L'altitude du sommet varie d'année en année en fonction des conditions météorologiques.
Mais l'influence de la sécheresse, accentuée par le changement climatique, rentre en ligne de compte.

Le plus haut sommet d'Europe occidentale perd encore un peu d'altitude. Tous les deux ans, une équipe de géomètres-experts gravit le mont Blanc pour le mesurer, à l'aide d'outils de pointe. Selon leurs tout derniers relevés, dévoilés ce jeudi 5 octobre, le sommet mesure désormais 4805,59 mètres, soit 2,22 mètres de perdus en deux ans à peine. Ce qui fait de 2023 "une année un peu exceptionnelle", a commenté auprès de TF1 Denis Borrel, géomètre-expert en Haute-Savoie, qui a participé à la mesure. Cette altitude officielle est la plus basse enregistrée depuis le début de cette expédition scientifique, en 2001.

D'après lui, l'équipe a relevé "3500 mètres cube de glace et de neige en moins par rapport au volume mesuré en 2021, ce qui représente à peu près une piscine olympique". Une perte "assez considérable par rapport aux mesures des époques précédentes", signale-t-il. En 2021, le toit des Alpes avait été mesuré à 4807,81 m, soit près d'un mètre en moins par rapport à la mesure réalisée en 2017. Celle de 2019, très basse, avait été jugée peu représentative de l'évolution du sommet. À l'inverse, c'est en 2007 qu'avait été relevée l'altitude la plus élevée (4810,90 m), comme le montre le graphique ci-dessous.

Document de l'équipe de géomètres-experts de la Haute-Savoie mesurant le mont Blanc

Équipées d'outils de haute précision ainsi que d'un drone, pour la première fois, une vingtaine de personnes réparties en huit cordées avaient gravi à la mi-septembre le sommet de l'Europe occidentale pour y réaliser pendant plusieurs jours durant des relevés point par point, au sommet du géant blanc. Il s'agit de la 12e édition de cette opération qui vise notamment à modéliser la calotte glaciaire et à collecter des données scientifiques sur l'impact des évolutions climatiques sur les montagnes alpines, qui seront analysées par des glaciologues et climatologues. L'initiative avait été lancée en 2001 par la Chambre départementale des géomètres-experts de la Haute-Savoie, et regroupe aujourd'hui plusieurs partenaires.

L'influence du changement climatique en question

Selon les spécialistes, ces variations n'ont rien de surprenant, puisque l'altitude du sommet oscille en permanence. "Même si on s'aperçoit qu'il y a une légère tendance à la baisse de ce sommet neigeux du mont Blanc, à savoir environ 15 à 20 cm depuis les années 2001, les climatologues et glaciologues nous disent qu'il faut à peu près 50 années de mesure pour pouvoir tirer des conclusions sur un réchauffement climatique éventuel à cette altitude de 4800 mètres", explique Denis Borrel. 

"En une nuit, il peut tomber 1,5 mètre de neige au sommet, ce qui va complètement changer la donne au niveau de la réflexion", appuie-t-il. En 2021, les géomètres expliquaient déjà que l'épaisseur de la couche de "neiges éternelles" qui recouvrent le sommet "rocheux" de la montagne, qui culmine à 4792 mètres, variait au fil des années, "en fonction des vents d'altitude et des précipitations"

Les spécialistes appellent donc à la prudence dans l'interprétation de ces résultats, réservés sur le lien avec le réchauffement climatique. "Ce n'est pas représentatif du réchauffement du climat global, parce que les conditions climatiques au sommet du mont blanc sont plutôt polaires", explique aussi à TF1 Luc Moreau, glaciologue de Chamonix. L'influence des saisons entre avant tout en ligne de compte : "Ce sont surtout le vent et la neige qui vont influer sur l'altitude du sommet. Le vent va enlever la neige ou pas." Le mont Blanc est un "complexe dunaire" et le vent, plus violent en hiver, rabote en effet davantage la neige qu'en été.

Pour autant, cette diminution est "notable", selon l'expert, car elle est "en phase avec la sécheresse" que subit la France depuis deux ans, qui est quant à elle en lien direct avec le changement climatique. "Cela se répercute aussi au sommet du mont Blanc", insiste-t-il. "Je ne crois pas que cette perte de volume au sommet soit inquiétante, mais ce qui sera le plus inquiétant dans les années qui viennent, c'est plutôt la température du sommet qui va augmenter", alerte aussi le spécialiste. "Le sommet du mont Blanc, dans quelques dizaines d'années, ne sera plus trop froid, voire même tempéré, très proche du zéro degré. On ne pourra plus retrouver l'archivage des couches de neige et de glace, y compris sur les sommets polaires, les calottes glaciaires."

Les glaciers européens, particulièrement vulnérables à la hausse des températures en raison de leur altitude relativement basse, ont perdu environ un tiers de leur volume entre 2000 et 2020, selon des données compilées par des scientifiques. La fonte subie par les glaciers des Alpes françaises durant l'été 2022 a été décrite comme "exceptionnelle", représentant environ 5 à 7% de la masse glaciaire restante selon des glaciologues.


M.L avec Sylvain Millanvoye

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