Le maire du Nice a assuré sur LCI que la pollution engendrée par la flotte de croisière était trois fois plus importante que l’aérien.
Une comparaison difficile à établir pour les spécialistes, qui visent à la fois les émissions de CO2 et les polluants atmosphériques.

Autour de Nice, les immenses paquebots flottant sur l’eau pourraient être interdits. C’est en tout cas le vœu émis par le maire Christian Estrosi, dans les eaux limitrophes de la ville. "Toute la flotte de croisière en Méditerranée est la plus grosse source de pollution, trois fois plus que l’avion", a-t-il souligné le 27 juin sur LCI. Conclusion de l’édile : "Avant de parler de l’avion, parlons d’abord du bateau". 

2,4 fois plus que l'avion, selon Greenpeace

Alors, les bateaux de croisière polluent-ils trois fois plus que les avions ? Une comparaison similaire se retrouve en tout cas citée par Greenpeace France. Sur un site dédié aux voyages écologiques, l’ONG se penche sur le cas des paquebots et rappelle qu’ils "contribuent fortement au changement climatique : les émissions / km / passager sont en moyenne d’environ 390g de CO₂ /km selon une étude néozélandaise, soit 6 fois plus que le ferry, et 2,4 fois plus que l’avion, si on se base sur les chiffres de l’agence européenne de l’environnement". 

Une telle comparaison, rapportée aujourd’hui à la mer Méditerranée, comporte des limites. En effet, l’ONG s’appuie sur une étude néozélandaise datant de 2010 et qui évalue les "émissions de carbone des voyages des passagers des navires de croisière internationaux à destination et en provenance de la Nouvelle-Zélande". Du côté de l’Agence européenne de l’environnement, prise en exemple par Greenpeace, une comparaison est faite entre les émissions de CO2 générées par les vols, les voitures, ou encore les ferries, mais pas les bateaux de croisière. 

Le cabinet du maire de Nice confirme à TF1info s’être fondé sur les chiffres donnés par Greenpeace, ainsi que sur les travaux de l’ONG Transport & Environnement, pour produire ses conclusions. Les spécialistes interrogés, à commencer par ceux de Transport & Environnement, se montrent plus sceptiques sur la possibilité de comparer les pollutions engendrées par l’un et l’autre. Un exercice qui exige une certaine prudence, selon Constance Dijkstra, chargée de campagne GNL et maritime pour l'ONG européenne : "C’est le grand drame du maritime : on nous demande des comparaisons, mais on ne peut pas donner d’ordre de priorité entre le maritime et l’aérien. Ce que l’on sait, c’est que les pollutions engendrées par ces deux types de transport sont à peu près au même niveau, de l’ordre de 3% des émissions mondiales". 

Le dioxyde de soufre, visé par les élus locaux

Daniel Piga, directeur des relations extérieures chez AtmoSud, organisme de surveillance de la qualité de l’air dans la région, pointe aussi la "complexité de sujet" lorsque l’on évoque la pollution, "qui est multiple" par nature. AtmoSud tient une plateforme publique pour évaluer le poids des différentes sources de pollution selon les types de transports et selon les métropoles. Mais pour le maritime, la distinction n’est pas faite entre le fret et le transport de passagers. Des données manquantes sur les bateaux de croisière et que l’observatoire cherche aujourd’hui à consolider. Une chose est sûre, "on sait que les navires de croisière en escale dans les ports vont être des gros consommateurs d’énergie avec des groupes électrogènes, et donc de carburants et de fioul lourd. Les rejets vers l’atmosphère ne sont pas filtrés par les navires eux-mêmes", souligne Daniel Piga. 

Le cabinet de Christian Estrosi précise également que le maire vise aussi bien les émissions de CO2, qui contribuent au réchauffement climatique, que les différents polluants rejetés dans l’atmosphère et ayant des conséquences sur la santé humaine. Comme le dioxyde de soufre, régulièrement mentionné dans le dossier des paquebots. Ainsi, certains maires locaux, comme Benoit Payan à Marseille, cherchent à créer des zones à faibles émissions dans les ports et interdire ces bateaux lors des pics de pollution.  

C’est que Marseille fait partie des ports les plus pollués d’Europe, selon un récent rapport de Transport & Environnement. Dans la ville, "les 75 bateaux de croisière qui ont accosté en 2022 ont émis deux fois plus de SOx (oxydes de soufre, ndlr) que l’ensemble des voitures immatriculées dans la ville", relève l’ONG. De manière plus large, "les 218 navires de croisière situés en Europe ont émis autant d’oxydes de soufre qu’un milliard de véhicules" l’an dernier. En termes de pollution atmosphérique, le parallèle n’est pas fait non plus dans ces travaux entre la croisière et l’avion. "Je pencherai plus pour une comparaison des émissions de CO2. Par exemple, combien de vols les émissions de CO2 des navires de croisières représentent", suggère Constance Dijkstra. Selon les conclusions de l’ONG, ces 218 paquebots ont émis 8 millions de tonnes CO2 en 2022, l'équivalent de 50.000 vols entre Paris et New-York.

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Caroline QUEVRAIN

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