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Les orques attaquent-elles les navires au large de l'Espagne par vengeance ?

Publié le 2 août 2023 à 18h03

Source : JT 13h Semaine

Depuis 2020, des orques adoptent un comportement étrange au large de l’Espagne en attaquant des bateaux.
Mais cela n’est probablement pas pour se venger ou par agressivité, notent les spécialistes français et espagnols.

Après les dizaines d’attaques recensées en mer, les marins ne sont plus tranquilles et les scientifiques s’interrogent. Depuis 2020, des orques se sont mises à venir au contact de navires dans le détroit de Gibraltar, au large de l’Espagne, quitte à les endommager gravement. La presse espagnole puis française s’est intéressée au phénomène, cherchant une explication rationnelle à ce comportement singulier. Les notions de vengeance ou d’agressivité ont pu être relayées comme justifiant l’attitude de ces cétacés. Ce qui reste une rumeur infondée à cette heure.

52 interactions en 2020, 197 en 2021

Tout commence donc en 2020, lorsque les premières interactions sont constatées pendant l'été. Elles visent en majorité des voiliers le long de la péninsule de Gibraltar, mais des attaques contre des bateaux de pêche ou des pneumatiques sont également observées. Au total, 52 interactions d’orques avec des navires sont recensées entre juillet et novembre 2020, avant de quadrupler les deux années suivantes : 197 interactions en 2021, 207 interactions en 2022, selon le groupe de travail sur les orques de l’Atlantique (GTOA). Des bateaux ont pu couler pendant des collisions, comme l'année dernière au large du Portugal.

L'équipe espagnole du GTOA, composée d’experts des cétacés de la côte ibérique, a mis au point une carte interactive, permettant d’alerter en cas de rencontre avec une orque et de repérer les derniers endroits où elles ont été vues au large. "Leur secteur géographique est, pour l’instant, face à la côte entre Conil et Tarifa mais il n’est pas impossible que ces individus remontent vers la Galice et le golfe de Gascogne comme l’an passé", note également Pelagis, l’observatoire français des mammifères et oiseaux marins. 

Le groupe de travail sur les orques de l’Atlantique (GTOA) travaille à un recensement des lieux où ont été vues des orques en mer
Le groupe de travail sur les orques de l’Atlantique (GTOA) travaille à un recensement des lieux où ont été vues des orques en mer - GTOA

Mais alors, comment expliquer ces comportements soudains, observés depuis trois ans en mer ? "On est seulement face à des hypothèses, on n’a aucune idée de pourquoi elles font ça", rappelle d’abord Paula Mendez-Fernandez, biologiste et docteure en écologie marine à Pelagis. Qui ne croit pas une seconde à la théorie d’une vengeance et qui voit là simplement une "façon d’humaniser l’animal". 

"La compétition de vitesse avec les bateaux"

Une autre hypothèse a circulé. Celle d’un comportement développé par une orque renommée Gladis, après un incident avec un bateau tandis qu’elle était enceinte. Certains observateurs vont jusqu’à expliquer qu’elle aurait perdu son petit suite à cette collision. "Pour l’instant, personne ne peut démontrer que c’était elle l’initiatrice", temporise la biologistes selon qui une théorie reste à ce jour plus plausible que les autres : un comportement provoqué par le jeu, lancé par l’une et imité ensuite par d’autres. "En l’occurrence, on voit que quand elles cassent les safrans des bateaux, elles jouent avec les résidus, les emportent au fond de l’eau… De toute façon, une orque a forcément commencé puis a transmis le jeu aux autres. Il y a un vrai rituel d’apprentissage chez elles", détaille Paula Mendez-Fernandez.

Des éléments que privilégient ses collègues espagnols depuis un moment. Dans un long rapport sur le sujet, le GTOA déduit en 2021 que "le comportement des orques lorsqu'elles interagissent avec les bateaux n'est pas considéré comme agressif" et que "l'une de leurs principales motivations a été identifiée comme étant la compétition avec les bateaux pour la vitesse". 

Par ailleurs, la collecte de données sur les orques ibériques est conséquente depuis trois ans. Le fruit d’une collaboration soutenue entre différentes équipes de recherche, à commencer par Pelagis et le GTOA. Le ministère de la Transition écologique espagnol a également financé plusieurs projets, comme le marquage satellite de plusieurs orques. L'opération a récemment permis de suivre le voyage d’un cétacé jusqu’en Bretagne. 

Un travail de pédagogie est aussi mené par les scientifiques. Ainsi, Pelagis a constitué un protocole de sécurité à suivre en cas de rencontre fortuite en mer avec une orque. L’observatoire recommande par exemple d’arrêter le navire pour ne pas provoquer l’animal. Un protocole "respectueux pour les animaux comme pour les personnes à bord", souligne Paula Mendez-Fernandez. Qui conclue, rassurante : "Il ne faut pas non plus arrêter d’aller en mer. Les probabilités de rencontrer des orques restent minces".

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Caroline QUEVRAIN

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