Les pneus de voiture, cette autre menace qui pèse sur la vie marine

Annick Berger avec AFP
Publié le 4 août 2022 à 21h07
JT Perso

Source : JT 20h WE

La vie marine est altérée par les additifs chimiques contenus dans les plastiques, notamment ceux des pneus et autre caoutchouc.
Ce sont les conclusions d'une étude menée par l'Ifremer.
Le rapport met en évidence leur impact négatif sur la croissance des huîtres.

C'est un nouveau danger qui pourrait largement altérer la vie des animaux et plantes marins. Selon une étude de l'Ifremer, les additifs chimiques contenus dans les plastiques, en particulier ceux des pneus et des caoutchoucs, représentent une importante menace pour la vie marine, déjà menacée par l'ingestion de microplastique. Le rapport pointe notamment l'impact négatif de ces substances sur la croissance des huîtres. 

En effet, en moyenne, une voiture produit plus de deux grammes quotidiennement de matières particulaires qui se désagrègent des pneus. Ce sont près de 500.000 tonnes de microplastiques qui sont ainsi rejetées chaque année en Europe qui se retrouvent ensuite dans l'eau, la nourriture et l'air que l'on respire. 

50% de plastique dans les pneus

Pour évaluer l'impact de ces rejets sur la vie marine, des scientifiques de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) "ont fait grandir en laboratoire des huîtres creuses -- Crassostrea giga --, en présence d'un cocktail de composés chimiques (hydrocarbures et contaminants minéraux) issus de la poussière d'usure des pneus". "Ces contaminants diminuent le taux de survie des embryons et impactent lourdement la reproduction de ces huîtres", concluent les chercheurs. "Dans les concentrations les plus fortes, cette toxicité peut même conduire à la mort de la totalité des larves".

"En présence des produits chimiques issus de pneus, la capacité respiratoire des huîtres a été réduite de 16%, et leur capacité à s'alimenter diminuée de moitié", explique Kévin Tallec, écotoxicologue qui a conduit cette étude, dans un communiqué. "Elles ont alors moins d'énergie pour se consacrer à des fonctions essentielles, comme leur croissance, ou même pour résister aux maladies et autres agressions extérieures", ajoute-t-il.

Les huitres, capables de filtrer des dizaines de litres d'eau par jour, sont un outil idéal pour étudier l'impact de la pollution des mers dans lesquels se déversent des millions de tonnes de plastique chaque année. Or, les additifs chimiques représentent environ 7% de la masse des plastiques, une proportion qui monte jusqu'à 50% dans le caoutchouc des pneus, un temps utilisés en masse en France pour former des récifs artificiels.

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"La prochaine étape, c'est d'évaluer et comparer la toxicité des différents caoutchoucs que l'on fabrique, pour la biodiversité et pour l'Homme, afin de développer des produits plus sûrs", commente Arnaud Huvet, biologiste à l'Ifremer, qui poursuit la recherche sur "d'autres types de plastiques de notre quotidien sur la vie marine, comme les microfibres textiles". Les effets de cette pollution s'ajoutent à ceux, mieux documentés, de la dégradation des déchets plastiques de grande taille. Ces derniers se fragmentent en microplastiques et sont ingérés par les moules et autres organismes marins à cause de leur taille proche de celle du plancton. 


Annick Berger avec AFP

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