Non, la FDJ ne récolte pas l'essentiel de l'argent du Loto de la biodiversité

Publié le 24 octobre 2023 à 12h44, mis à jour le 24 octobre 2023 à 13h44

Source : JT 20h Semaine

France Nature Environnement, qui fédère plus de 6000 associations en France, a critiqué le loto lancé par le gouvernement pour financer des projets en faveur de la nature.
Selon la structure nationale, l'essentiel de l'argent irait à la Française des Jeux. Ce n'est pourtant pas le cas, selon la répartition indiquée au dos des tickets.
Il est en revanche vrai que la somme finale pour les projets est faible : 6 millions d'euros ; à comparer aux 10 milliards d'euros de subventions néfastes à l'environnement.

"43 centimes, c'est la part du billet à trois euros qui financerait réellement la protection de la biodiversité. Tout le reste va dans les caisses de la Française des Jeux." C'est ce qu'on peut lire sur le site de France Nature Environnement (FNE), une structure qui regroupe plus de 6000 associations sur le territoire, sous le titre : "Loto Mission nature : attention arnaque à la biodiversité". 

Au niveau national, l'organisation critique le Loto pour la biodiversité, dévoilé la semaine dernière par la secrétaire d'État Sarah el-Haïry. Il s'agit de financer 20 projets, via un ticket de jeu à gratter, sur le modèle du Loto du patrimoine.

Où va l'argent ? La répartition est clairement indiquée au dos du ticket : 66% sont redistribués aux joueurs sous forme de gains, 14,3% à l’Office français de la biodiversité, 7,1% sont des taxes, 6,6% sont reversés à la Française des Jeux (FDJ) et 6% aux détaillants. Soit, sur trois euros : 1,98 euro pour les joueurs (jusqu'à 30.000 euros de gains ; certes collectés par la Française des jeux, mais ensuite reversés aux joueurs), 43 centimes pour l'OFB qui va financer les projets, 21 centimes de taxes (dans la poche de l'État), 20 centimes pour la FDJ et 18 centimes pour les détaillants.

Même polémique pour les débuts du Loto du patrimoine

La répartition est légèrement différente de celle retenue pour le Loto du patrimoine, pour lequel les gagnants empochaient davantage, et la Fondation du patrimoine moins. D'ailleurs, à l'époque du lancement en 2018, celle-ci avait aussi fait polémique. Sur 15 euros pour chaque ticket "patrimoine" : 72% va aux gagnants (10,8 euros), 10% à la Fondation du patrimoine (1,52 euro), 7% pour l'État via les taxes (1,04 euro), 6% pour la Française des jeux (0,86 euro) et 5% pour les détaillants (0,78 euro).

Du côté du gouvernement, on rappelle que trois projets liés à France Nature Environnement sont dans la liste des 20 sélectionnés : un site en Auvergne-Rhône-Alpes, un autre à Mayotte et enfin, un projet dans l'Indre. "FNE est une fédération d'associations, chacun décide de façon autonome", justifie Jean-David Abel, pilote du réseau Biodiversité au sein de la structure, qui soutient par ailleurs tous les projets concernés.

On est dans une opération de communication qui relève du gadget
France Nature Environnement

"Ce loto est une tromperie car cela fait croire aux gens que l'Office français de la biodiversité va avoir de l'argent, alors qu'il manque des centaines de millions d'euros dans les caisses et que l'OFB manque d'agents", ajoute-t-il. En creux, ce que reproche FNE au jeu, c'est la faible somme accordée aux projets : 6 millions d'euros, quand la France dépense 10 milliards d'euros chaque année en subventions néfastes à la nature. "On est dans une opération de communication qui relève du gadget car on n'agit pas à la hauteur de ce qu'il faudra faire. Ce ne sont pas des jeux de hasard qui doivent financer une politique pour la biodiversité."

À cette critique, le secrétariat d'État à la Biodiversité répond par un chiffre : un milliard d'euros consacrés à la nature dans le PFL2024. Une somme qu'il faut toutefois manier avec prudence, comme le rappelle Jean-David Abel : "Ce n'est pas un milliard pour la biodiversité. On a par exemple 200 millions d'euros pour l'assainissement en Outre-Mer, ou des financements pour la forêt qui incluent des autorisations de coupe et des plantations mono-spécifiques de résineux qui sont mauvaises pour la biodiversité."

Une autre critique émane cette fois de l'Autorité nationale des jeux, qui juge ce jeu "trop addictif pour les jeunes", qui, plus sensibles aux enjeux écologiques, pourraient être tentés d'acheter de nombreux tickets. Pour Sarah el-Haïry, l'opération vise au contraire à "sensibiliser le grand public sur la préservation de la biodiversité".

Le principe de ce loto avait été inscrit dans la Loi de finances 2023 après l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution.


Marianne ENAULT

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