De très basses températures enregistrées début mai en Antarctique sont présentées comme des records de froid.
On reste toutefois encore loin des plus bas historiques, de l'ordre de - 89 degrés.
Peu surprenant aux yeux des spécialistes, les pics de froids extrêmes pourraient se raréfier à l'avenir en raison du changement climatique.

Si les grandes chaleurs vous effraient, l'Antarctique est sans doute la destination idéale. À en croire des messages postés en ligne, le continent austral a connu en ce mois de mai une température jamais vue... dans le négatif. Une capture d'écran d'un article de presse est relayée, évoquant un froid "record", de "moins 75 degrés". Une température "extrême" qui est décrite comme "inhabituelle", interrogeant sur les conséquences possibles du changement climatique dans cette région du globe.

Moins 89 degrés par le passé au même endroit

Au premier abord, il est possible de douter de ce prétendu record. Lorsqu'on recherche l'article en ligne dont un extrait est relayé, aucun résultat n'apparaît. Et pour cause : l'image diffusée sur les réseaux sociaux est la capture d'écran d'une publication d'un site autrichien, passée au préalable par le filtre d'un outil de traduction. Le titre, toutefois, apparaît quelque peu trompeur, puisqu'il laisse à penser au lecteur qu'une telle température n'a jamais été atteinte en Antarctique. 

Or, ce n'est pas le cas, comme le confirme à TF1info le glaciologue Vincent Favier, membre de l'Institut de géoscience de l’environnement à Grenoble (IGE). "J'ai regardé par curiosité quelles étaient historiquement les températures minimales à Vostok", glisse-t-il, faisant référence à la station météo qui a enregistré ce "record". Par le passé, le mercure le plus bas "s'est établi à moins 89 degrés Celsius", note le spécialiste. S'il est "étonnant d'observer des températures aussi basses dès mai", alors que l'hiver n'a pas encore débuté dans l'hémisphère sud, "moins 75 à Vostok, c’est du déjà vu par le passé". Il n'y voit d'ailleurs pas un phénomène inhabituel : "ce n’est pas parce qu’il y a un changement climatique allant vers un réchauffement global qu’il ne peut pas y avoir des pics de température significatifs."

"Rien n’indique qu’on ne peut pas avoir un événement froid dans une zone comme l’Antarctique", ajoute le glaciologue, a fortiori du côté de la station de Vostok, qui se situe en Antarctique de l'Est. Il s'agit d'une zone "très particulière", confie-t-il, la partie "la plus large, la plus grosse" du continent, "un gigantesque plateau, à très haute altitude et où il fait très froid". À cela s'ajoute un "phénomène de continentalité", une distance très importante avec les océans. Sans oublier la "nuit polaire" qui s'impose à de telles latitudes. "L’hiver, les températures descendent très très bas", constate Vincent Favier.

En résumé, il n'est donc pas très surprenant d'observer un pic de froid intense dans la région, bien que celui-ci arrive plus tôt qu'à l'accoutumée. Alors que les experts du climats prédisent une multiplication des événements climatiques extrêmes à l'avenir, faut-il s'attendre à ce que les records de froid soient plus fréquents, à l'instar des très fortes chaleurs ? "Normalement, ce que nous donnent les modèles, c’est plutôt une diminution des extrêmes froids", note le scientifique. "C'est d'ailleurs assez logique puisque vous avez des moyennes en augmentation". Ce qui est "surtout marquant en Antarctique", tranche Vincent Favier, "c’est que l’on a vu se multiplier les événements chauds, y compris dans cette région de Vostok". Des anomalies "majeures, de l’ordre de 40 degrés" ont été enregistrées l'an passé, que les chercheurs analysent comme une conséquence vraisemblable du changement climatique observé à l'échelle de notre planète. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr. Retrouvez-nous également sur Twitter : notre équipe y est présente derrière le compte @verif_TF1LCI.


Thomas DESZPOT

Tout
TF1 Info