Sans attendre la publication des chiffres officiels, les organisations agricoles majoritaires en France ont dénoncé une sous-évaluation du nombre de loups en France.
Pour justifier leur position, elles affirment que le nombre d'attaques de troupeaux est en hausse de 16% sur un an.
Elles estiment également que les dégâts sur les troupeaux ont augmenté de plus de 20% en 2022.

Pas encore officiellement publié que le chiffre est déjà contesté. Alors que l'Office national de la biodiversité (OFB) doit annoncer, ce lundi, le nombre de loups gris présents sur le territoire français, les principales organisations agricoles du pays ont déjà dénoncé un chiffre "clairement sous-évalué" par les autorités. Une déclaration faite lors d'une réunion du "groupe national loup" autour de la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui coordonne le plan loup 2018-2023. 

Une rencontre qui a tourné court puisque le syndicat majoritaire FNSEA, ses associations spécialisées dans l'élevage d'ovins, bovins et de chevaux (FNO, FNB, FNC), le syndicat allié des Jeunes agriculteurs (JA) et les Chambres d'agriculture - où la FNSEA et les JA sont majoritaires - ont rapidement "claqué la porte". 

Un contexte tendu

Il faut dire que la tension est vive cette année autour de l'estimation du nombre de canidés présents dans l'Hexagone, en pleines négociations autour du plan loup 2024-2029. Si le chiffre n'a pas été confirmé par les autorités, les organisations agricoles ont affirmé dans un communiqué que la préfète leur avait "annoncé une diminution de l'estimation de la population de loups pour 2023" à 906 individus contre 921 en 2022. 

Impossible selon elles, alors que "les attaques de troupeaux" ont augmenté "depuis le début de l'année de 16% par rapport à la même période de 2022" et que "les dégâts sur les troupeaux ont augmenté de plus de 20% en 2022". "Clairement, le nombre de loups est sous-évalué", s'est agacé Bernard Mogenet, président de la FDSEA des Savoie, dénonçant une "mascarade" et un "mépris absolu pour le travail des éleveurs". "Tous les éleveurs vous diront qu'on voit des loups partout", a-t-il déclaré. 

Chaque année, la tension est vive entre organisations agricoles et défenseurs du loup à l'occasion de la publication des chiffres de l'OFB. Le comptage effectué par l'Office n'est en effet qu'une estimation, le canidé étant un animal sauvage vivant sur de grandes étendues, sa population ne peut être déterminée précisément et est donc estimée à partir d'indices (observation visuelle, empreintes, déjections...) à partir desquels l'OFB publie une fourchette d'estimation. Les organisations reprochent cette année à l'Office de s'être fondé sur un nombre d'indices "très en retrait par rapport à l'année précédente : près de 1000 en moins". 

Pas "viable génétiquement"

Le comptage du loup est particulièrement important puisque si l'animal est protégé dans l'Union européenne, des tirs sont prévus à titre dérogatoire, en dernier recours, pour protéger les troupeaux. L'évaluation de l'OFB permet de déterminer, en fonction de la population, le nombre maximum de canidés pouvant être abattus. Cette année, en raison de la baisse de la population, le plafond de tirs devrait être légèrement abaissé.

Le loup a disparu du territoire français dans les années 1930 avant de réapparaître en 1992. Si l'espèce est aujourd'hui considérée comme "viable démographiquement", elle n'est pas encore "viable génétiquement", c'est-à-dire que les loups ne sont pas encore assez nombreux pour écarter tout risque de consanguinité pouvant fragiliser l'espèce. C'est pour cette raison que l'animal reste officiellement sur la liste rouge des espèces "menacées" en France, dressée par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Pour qu'il sorte de cette liste, il faudrait que la population de loups dépasse les 1000 individus durant plusieurs années de suite.


Annick BERGER avec AFP

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