La Commission européenne doit proposer mercredi un texte encourageant l'utilisation des biotechnologies génétiques.
Ces innovations doivent permettre de rendre les semences plus résistantes et durables, dans le contexte du changement climatique dû aux activités humaines.
Mais certains dénoncent en réalité la mise en place d'"OGM cachés".

C'est un sujet hautement délicat en Europe. Mercredi, la Commission européenne doit proposer un texte assouplissant les règles pour utiliser les biotechnologies génétiques, en pleine bataille sur le Pacte vert de l'UE. Des technologies qui doivent, selon leurs défenseurs et l'exécutif européen, apporter aux agriculteurs du Vieux continent de nouveaux outils pour développer des plantes plus durables et plus résistantes, alors que l'Europe est frappée de plein fouet par les conséquences du changement climatique dû aux activités humaines. Les opposants à ces plantes, eux, dénoncent des "OGM cachés".

En quoi consistent les NGT ?

Les biotechnologies génétiques, appelées NBT ou NGT en anglais, regroupent de nombreux outils d'édition génomique. Ils s'appliquent dans plusieurs domaines, de l'agriculture à la biodiversité en passant par le développement de nouveaux pesticides. Concernant les plantes, ils permettent aux scientifiques de modifier le matériel génétique d'une espèce sans ajout extérieur, à la différence des OGM dits "transgéniques" qui introduisent un gène d'une espèce différente dans une plante. 

Toujours dans le domaine de l'agriculture, ces biotechnologies sont également utilisées pour développer une nouvelle génération de pesticides, censés se substituer aux produits chimiques actuels. Parmi eux : les pesticides à ARN interférents (ARNi) conçus pour "bloquer l'expression de certains gènes et inhiber les fonctions vitales" chez les insectes ravageurs de culture. La promesse de ces produits, pour certains déjà testés en plein champ, est d'offrir une plus grande précision et de mieux cibler les insectes qui s'attaquent aux cultures, en épargnant les précieux pollinisateurs. Promesse non tenue selon les ONG qui ont étudié certains de ces pesticides et estiment que 50% provoqueraient des effets mortels sur des pollinisateurs non ciblés.

Autre exemple d'utilisation des biotechnologies génomiques : le projet mené par la Fondation Bill & Melinda Gates qui vise à rendre les moustiques femelles stériles via la technique de forçage génétique consistant à insérer une modification génétique sur les deux allèles d'un chromosome pour s'assurer que la modification soit transmise à l'ensemble des descendants. L'objectif est d'éradiquer le paludisme, dont les moustiques sont le vecteur, en Afrique.

Pourquoi l'Europe veut-elle les développer ?

Le texte présenté par la Commission européenne mercredi vise à assouplir la législation autour des NGT sur les cultures, pour le moment régulées par les règles drastiques encadrant les OGM et qui prévoient de longues procédures d'autorisation et une obligation d'étiquetage et de traçabilité. Une législation "inadaptée", selon Bruxelles qui, dans le projet de texte consulté par l'AFP, veut sortir de ce cadre les semences et les produits NGT présentant des modifications susceptibles de se produire naturellement ou via des croisements traditionnels. 

Sous conditions dépendant du type et du nombre de mutations pratiquées, les cultures pourraient ainsi être considérées comme "équivalentes" aux variétés conventionnelles et enregistrées dans une base publique, avec une obligation d'étiquetage spécifique seulement pour la commercialisation des semences. Pour autant, aucun produit NGT ne pourrait être labellisé "bio", et les variétés aux propriétés herbicides seraient exclues de ce traitement préférentiel. Toutes les autres variétés NGT, jugées non équivalentes aux variétés conventionnelles, resteraient, elles, soumises au régime encadrant les OGM, mais avec des aménagements.

Avec ces aménagements, Bruxelles cherche à répondre à une demande du puissant syndicat agricole Copa-Cogeca. "Le climat change, maladies et champignons évoluent... si on veut nourrir l'Europe et être auto-suffisant, il faut adapter les règles" pour se donner les moyens de développer des variétés plus résistantes, avait ainsi plaidé en avril l'un de ses responsables, Thor Gunnar Kofoed. Selon leurs défenseurs, les biotechnologies génomiques pourraient permettre au milieu agricole d'abandonner plus rapidement les pesticides chimiques tout en s'adaptant au changement climatique, l'Europe se réchauffant deux fois plus vite que le reste de la planète. 

Les plantes développées via ces technologies pourraient ainsi être moins vulnérables aux sécheresses et aux maladies et être moins gourmandes en eau. Le projet est soutenu notamment par la France, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau militant pour une "accélération" des NGT qui "servent la réduction des produits phytosanitaires et permettent de faire face au dérèglement climatique, avec des variétés plus résistantes aux coups de chaleur". Des tests sont d'ailleurs déjà menés dans certains pays, et notamment en France ou en Belgique, sur des cultures de maïs et en Suède sur des cultures de pommes de terre.

Pourquoi elles inquiètent ?

Si la Commissaire européenne à la Santé a estimé que les NGT étaient "la voie à suivre" pour "soutenir la durabilité" de l'agriculture européenne et renforcer sa "compétitivité", ces biotechnologies suscitent la méfiance de nombreuses organisations et pays. Les eurodéputés de gauche, qui demandent une évaluation systématique des risques de ces NGT, craignent des effets inattendus comme la production de toxines ou d'allergènes. En France, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a d'ailleurs rendu un avis consultatif où il plaide pour l'application du "principe de précaution" via de solides garde-fous sanitaires et environnementaux. 

L'Autriche, de son côté, est farouchement opposée au développement des NGT, fustigeant une étude d'impact de la Commission "fondée sur des hypothèses et des conjectures" plus que sur des données scientifiques. La Hongrie, Chypre, l'Allemagne et le Luxembourg ont adopté la même ligne, Berlin demandant  "une approche sociale, socialement acceptée (...) pour préserver principe de précaution, liberté de choix et coexistence de différents systèmes agricoles".

Enfin, les ONG comme Greenpeace s'inquiètent du développement de ce qu'elles qualifient "d'OGM dissimulés sous un autre nom", accusant Bruxelles "de détourner le regard face aux risques". En décembre dernier, plus de 100 scientifiques et experts du monde entier avaient appelé les dirigeants internationaux, en pleine COP15 sur la biodiversité, à interdire la diffusion dans la nature d'organismes modifiés par des biotechnologies génétiques, réclamant le "respect du principe de précaution" face à des biotechnologies qui "pourraient nuire aux populations d'insectes pollinisateurs et précipiter leur déclin" alors même qu'ils sont "essentiels à la biodiversité, aux fonctions écosystémiques, et augmentent le rendement des cultures". 


Annick BERGER avec AFP

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