Du 1er au 2 mars, se tiendra un sommet centré sur la protection des forêts tropicales à Libreville, au Gabon, auquel participera Emmanuel Macron.
Une rencontre internationale qui fait suite à plusieurs autres sommets ces derniers mois.
Si bien que certains s'interrogent sur l'utilité de tels échanges.

Après les One Planet Summit, dont l'un consacré à la biodiversité en 2021, le One Ocean Summit organisé à Brest en 2022, le One Forest Summit se tiendra du 1er au 2 mars à Libreville au Gabon. Une rencontre internationale qui sera consacrée à la préservation et la valorisation des forêts tropicales, alors que le bassin du Congo, qui s'étend à travers plusieurs pays dont le Gabon, représente le deuxième massif forestier et le deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie.

Des sommets qui se distinguent des COP

Ces événements, soutenus par les Nations unies et la Banque mondiale, ont été lancés par Emmanuel Macron et sont à l'initiative de la présidence française depuis 2017. Contrairement aux COP qui sont des événements inter-étatiques, les "One Planet Summit" réunissent des gouvernements, mais aussi des ONG ou des entreprises, afin d'obtenir des engagements sur des mesures concrètes. 

Ce sommet plus spécifiquement doit mettre en avant la place essentielle qu'occupent les forêts équatoriales que sont l'Amazonie, le bassin du Congo ou celui d'Asie du sud-est, dans le climat mondial et obtenir des accords pour leur protection. De l'Afrique au Brésil en passant par l'Asie du Sud-est, ces forêts sont effectivement menacées par la surexploitation agricole et industrielle et dans certains cas la production pétrolière.

Or, comme le rappelle l'écologue au CNRS Jonathan Lenoir, "à réchauffement égal, les massifs forestiers de la zone intertropicale vont donc connaître des changements plus rapides que ceux des zones tempérées et boréales où les espèces animales et végétales disposent d’une marge de sécurité plus importante". Ces écosystèmes sont par conséquent particulièrement menacés.

"On n'attend pas grand-chose de ce sommet"

Pour autant, l'organisation d'un nouveau sommet est vue avec scepticisme du côté de certaines ONG. Si Eric Moranval reconnaît qu'il est important de traiter de ces sujets "de manière internationale", ce chargé de campagne sur la question de la déforestation pour Greenpeace s'interroge sur la place donnée aux entreprises lors de tels événements. Emmanuel Macron se rendra au sommet dont il est à l'initiative aux côtés du président gabonais. L'Élysée a fait savoir qu'une "délégation robuste d'entreprises françaises" l'accompagnerait.

"Nous, on est très réticents à mettre en avant l'action des entreprises privées comme des exemples à suivre pour lutter contre la déforestation. Parce qu'on sait que les multinationales ont aujourd'hui un rôle très important dans l'aggravation du changement climatique", indique-t-il, estimant par ailleurs que la mise en avant des initiatives privées permet en partie aux États de se déresponsabiliser. "On n'attend pas grand-chose de ce sommet", juge-t-il.

Du côté du WWF, le directeur du plaidoyer Pierre Cannet a plus d'attentes, soulignant que le sommet peut permettre d'impliquer les entreprises dans la protection de ces écosystèmes. "C'est une double responsabilité, je contribue financièrement parlant à protéger la biodiversité et dans le même temps, j'interroge mon modèle de production pour réduire mes pressions sur ces écosystèmes", explique-t-il auprès de TF1info. "On ne peut pas être optimiste au vu de la situation, mais on doit être mobilisé. Donc notre rôle, c'est d'explorer toutes les voies pour faire avancer ce sujet de la déforestation et décrocher de nouveaux engagements", précise-t-il encore, "il faut activement pousser ces pays, ces entreprises à agir".

Ainsi, les sommets sont présentés comme des moments permettant de donner une impulsion à certaines décisions. Cela avait été le cas notamment lors du "One Ocean Summit" par exemple. Lors de cette rencontre, plusieurs gouvernements s'étaient engagés à mieux protéger les océans et la question de la suppression des subventions publiques encourageants la surpêche et la pêche illicite avait été soulevée. Quelques mois plus tard, ce sont les 164 membres de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui avaient réussi à s'accorder sur un paquet de mesures incluant la suppression de subventions à la pêche. Un résultat jugé alors "sans précédent" par l'OMC.

Semblant devancer les critiques, le site du "One Forest Summit" promet de son côté qu'il "ne sera pas un sommet de plus. Il sera un sommet utile pour l’action, la mise en application à grande échelle de certaines décisions vitales pour l’avenir de notre planète". Mais à l'Élysée, on se montre prudent sur les réalisations à venir. "La différence entre ce sommet et les autres, on la donnera à la fin du sommet, en fonction des résultats", estime-t-on dans l'entourage du président, se félicitant néanmoins sur le fait qu'il s'agit du "premier sommet qui pose la question de la manière de donner de la valeur au capital naturel des pays forestiers". Au-delà de grandes annonces, ce sont des "solutions opérationnelles" qui sont par conséquent espérées.


Aurélie LOEK

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