L'ouragan Danielle, qui évolue dans l'Atlantique Nord, devrait perdre en intensité dans les jours à venir, mais sa trajectoire repose seulement sur des probabilités.
L'évolution, l'intensité et le mouvement des cyclones sont difficiles à prévoir pour les météorologues, faute de vision précise de l'environnement des ouragans.

Si les prévisionnistes s'accordent à dire que l'ouragan Danielle, formé le 2 septembre dans l'Atlantique Nord, devrait perdre en intensité au fil de son évolution, sa trajectoire exacte reste difficile à anticiper pour les spécialistes.  "Lorsqu'on évalue un risque cyclonique, par définition, on travaille sur une probabilité. Nous avons très vite conscience des limites de nos prévisions. En fonction de la trajectoire et de l'intensité du cyclone, cela peut changer du tout au tout", explique à TF1info Jean-Noël Degrace, météorologue de Météo France Martinique et spécialiste du risque cyclonique aux Antilles et en Guyane. 

Sur ces territoires, à quatre ou cinq jours d'avance sur le passage d'un cyclone, "des erreurs de prévision sur la trajectoire attendue sont possibles, de 200 à 300 km d'écart", illustre le spécialiste. "Quant à l'intensité, on peut projeter une dépression tropicale avec des vents de 50 à 60 km/h, et finalement observer un ouragan aux bourrasques de 150 km/h", ajoute-t-il. Mais comment expliquer ces incertitudes ? 

Des paramètres délicats à jauger

Il est en fait difficile de maîtriser tous les paramètres de l'environnement d'un ouragan, qui peuvent d'ailleurs rapidement évoluer : malgré l'utilisation de satellites, de radars ou encore de bouées, "tout cela reste imparfait et on ne connait pas bien l’instant initial de l’atmosphère", c'est-à-dire le point de départ de la prévision, explique Jean-Noël Degrace. 

Parmi ces paramètres difficiles à anticiper, l'intensité des vents, les précipitations, mais aussi les échanges avec l'océan : l'ouragan ne vit que sur celui-ci, car il tire son énergie de la chaleur de l'eau, par un mécanisme d'évaporation et de condensation. Dans le cas de l'ouragan Danielle par exemple, la prévision est rendue encore plus compliquée puisque le phénomène tropical pourrait arriver en eaux plus froides et rencontrer une structure d'atmosphère de région tempérée, deux paramètres qui viendraient lui faire perdre son énergie et donc son intensité. 

Ces prévisions sont d'autant plus délicates que les évènements météorologiques extrêmes concentrent une forte intensité sur une surface réduite. La tornade, le phénomène le plus violent, peut s'étendre tout au plus sur quelques dizaines ou centaines de mètres, et le cyclone sur des dizaines de kilomètres, contre plusieurs milliers de kilomètres pour les tempêtes. "Les cyclones sont une machine énergétique incroyable, qui dépend de petits paramètres sur des domaines géographiques très restreints", résume le prévisionniste. 

Croiser les modèles et les scénarios

Pour évaluer leurs trajectoires, les spécialistes multiplient donc les projections, en modulant légèrement les paramètres, en particulier dans les zones tropicales, les plus propices aux phénomènes les plus petits et intenses. Mais ces derniers peuvent aussi survenir en Europe, comme l'a montré la violente tempête qui a surpris la Corse le mois dernier. "Puisqu'il est difficile d'évaluer l'état initial, il faut créer une cinquantaine d'états initiaux un petit peu différents, puis regarder leur évolution et faire des probabilités", poursuit Jean-Noël Degrace. "Avec cette méthode de prévision d'ensemble, on obtient une sorte d'enveloppe de scénarios possibles."

Dans le détail, les centres régionaux pour la prévision cyclonique, répartis dans le monde et travaillant sous l'égide de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), offrent un "cadrage régional de la prévision", qui est ensuite adaptée par chaque pays "en fonction de la vulnérabilité de son territoire", sous la forme d'un "système en cascade"

Mais la tâche n'est pas aisée. C'est le National Hurricane Center (NHC), un centre de prévisions spécialisé dans les ouragans et basé à Miami, en Floride, qui se penche sur l'ouragan Danielle, notamment grâce à des modèles numériques globaux qui simulent des programmes d’évolution de l’atmosphère à l'échelle de la planète. "Le centre tient compte de différents modèles qui ne sont pas forcément en accord les uns avec les autres. Quand il produit des cartes de trajectoires, il y a toujours un grand cône d'incertitude", relève Jean-Noël Degrace. Si des modèles spécifiques existent pour les ouragans, sur des zones plus limitées, les modèles globaux restent nécessaires pour évaluer les alentours du phénomène. La prudence est donc toujours de mise, insiste le spécialiste  : "Il y a toujours un travail de consensus et de probabilité à faire"


Maëlane LOAËC

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